Une résidence de théâtre de création, Ecriture & Mise en scène, a été organisée dans le cadre d'une aventure théâtrale algéro-française. Cet échange artistique a réuni Abdelaziz Hammachi, Stéphane David, metteurs en scène, et Smaïl Soufit, chargé de l'adaptation du texte de Slawomir Mrozek. La station balnéaire de Tichy a abrité, du 1er au 15 janvier passé, une résidence de théâtre de création, Ecriture & Mise en scène. Organisée dans le cadre d'une aventure théâtrale algéro-française, cette résidence artistique a réuni Abdelaziz Hammachi, Stéphane David, metteurs en scène, Smaïl Soufit, chargé de l'adaptation du texte de Slawomir Mrozek. Mais aussi Belkacem Kaouane, Boualem Zeblah et Mohamed Lefkir, comédiens. Ils ont accompagné cette résidence, qui a permis de réunir une partie de l'équipe algéro-française, qui développe ce projet de coopération, transculturel et multisectoriel. Et surtout à l'origine du rapprochement entre Béjaïa et La Rochelle. Tout commence en 2003, Année de l'Algérie en France. Une rencontre, qui a été réciproquement bénéfique pour les deux artistes, Aziz Hammachi et Stéphane David, qui deviendront des amis. Ils jouent dans "El-Ajouad" (Les Généreux) d'Abdelkader Alloula, une coproduction du théâtre "Toujours à l'Horizon", du théâtre régional d'Oran et du théâtre régional de Béjaïa. Ils se quittent en se faisant une promesse : "Se retrouver, un jour, pour mettre en œuvre un projet commun..." Le fil conducteur du projet en cours : les frontières ; un sujet d'actualité s'il en est. Ces frontières séparent physiquement les deux hommes mais elles séparent d'une manière générale les hommes, les peuples... L'idée étant de rencontrer l'autre et dans ce cas précis, retrouver l'autre. "Géographiques ou psychologiques, les frontières nous cernent. Les plaçant au cœur de l'actualité, de gigantesques mutations géopolitiques, sociologiques, démographiques troublent le monde." Métaphore pertinente, La maison frontière", pièce radiophonique de Slawomir Mrozek. Tout le monde se souvient de Sinn ni, la pièce adaptée par Mohia et montée par Fellag alors directeur du TR de Béjaïa, qui avait réuni sur scène Zahir Benbara et Mouhoub Latrèche. Mrozek était un dessinateur satirique, écrivain et dramaturge polono-français — il obtient la nationalité française en 1978. Né le 29 juin 1930 à Borzęcin, près de Cracovie en Petite-Pologne, le dramaturge meurt le 15 août 2013 à Nice en France. Dans la nouvelle adaptation de Mrozek, la pièce, explique-t-on, "ouvre un chemin ad hoc pour aborder les nombreux aspects de la question. Franchir le cap du ‘vous' et du ‘nous' en reliant deux rives par un spectacle en langue française, écrit par un auteur polonais, adapté par un auteur algérien, mis en scène par un Algérien et un Français, joué par des comédiens de deux continents, est, en soi, une expérience symbolique". La création artistique, par la recherche de la spiritualité, au-delà du divertissement, permet de réfléchir, ont expliqué les porteurs de projets. Lesquels conçoivent l'œuvre théâtrale comme un outil. "Il s'agit de lutter contre les préjugés, les stéréotypes, les discriminations, de partager et transmettre des valeurs essentielles, et de parler à tous et avec tous." Surtout avec ceux que l'existence de frontières, quelles qu'elles soient, a rejeté loin. Loin du théâtre, de l'art et de la culture, loin du monde et de la vie. Pour l'heure, la fusion d'énergies positives a permis de créer des passerelles. En témoigne l'évolution de ce projet que rien ne semble figer, bien au contraire. Puisque l'on annonce que d'autres sont à construire... La magie du théâtre a marché dans la mesure où les artistes des deux côtés, qui ont l'amour du théâtre et de l'art en général en partage, font état de "perspectives insoupçonnées. Au-delà de toutes frontières..." Ils adoptent la citation de Victor Hugo : "Le théâtre est un point d'optique. Tout ce qui existe dans le monde, dans l'histoire, dans la vie, dans l'homme, tout doit et peut s'y réfléchir, mais sous la baguette magique de l'art." M. Ouyougoute