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Quel avenir pour Abdelkader Messahel ?
Après ses déclarations fracassantes devant les membres du FCE
Publié dans Liberté le 23 - 10 - 2017

De quelle crédibilité peut encore se prévaloir notre ministre des Affaires étrangères après sa sortie malheureuse et le flot de quolibets qui s'en est suivi, notamment dans les médias marocains ?
Les propos surprenants du chef de la diplomatie algérienne, Abdelkader Messahel, tenus lors de l'université d'été du Forum des chefs d'entreprise (FCE), ne passent pas. Et pour cause, en estimant que l'Algérie est le seul pays "stable" en Afrique du Nord, notre ministre des Affaires étrangères a nettement froissé les Etats voisins en leur jetant ainsi l'anathème.
Cette bourde diplomatique est d'autant plus inexcusable qu'elle émane d'un ancien ministre des Affaires maghrébines et africaines et de la Ligue arabe dont il était attendu précisément un rapprochement, voire un dialogue, avec les pays voisins. Quelles seront à l'avenir ses relations avec ses homologues maghrébins ? De quelle crédibilité peut-il encore se prévaloir après cette sortie malheureuse et le flot de quolibets qui s'en est suivi, notamment dans les médias marocains ? En s'en prenant d'une manière pour le moins virulente, sinon déplacée, au Maroc, il aura ouvert, là-aussi, une brèche pour nombre de détracteurs de l'Algérie en leur donnant, pour longtemps, du grain à moudre. "Les investissements marocains en Afrique ne sont rien d'autre que le blanchiment de l'argent du haschich", a-t-il laissé entendre, pour rappel, devant les hommes d'affaires du FCE. "Cela, ce sont des chefs d'Etat africains qui me le disent", a-t-il même confié, révélant, du coup, la teneur des rares entretiens qu'il a eus avec certains présidents du continent.
Inutile de préciser que sous d'autres cieux, son sort aurait été vite scellé par un limogeage illico presto. À tout le moins, il aurait fait l'objet d'un rappel à l'ordre. Or, rien de tel n'est encore arrivé. Messahel continue à vaquer normalement à ses occupations de ministre de souveraineté. N'étant pas soumis à l'obligation de résultat, il peut, dès lors, toujours se satisfaire d'être à un poste sensible auquel il n'aurait jamais pu accéder si ce ne sont certaines accointances qui lui ont permis de renforcer sa présence au gouvernement. On s'en souvient, Messahel avait même réussi l'exploit d'être reçu "intuitu personae" par le chef de l'Etat, Abdelaziz Bouteflika, alors que celui-ci n'accorde que très rarement des audiences à ses ministres en raison de son état de santé. Un privilège auquel n'ont pu accéder, faut-il rappeler, plusieurs chefs d'Etat étrangers. Cela dit, on semble, tout de même, prendre conscience dans les hautes sphères de l'Etat du "dérapage incontrôlé" du chef de la diplomatie algérienne.
En effet, les autorités du pays ont adopté à la suite de cette bévue un profil bas en faisant notamment l'impasse sur les derniers développements comme le rappel pour consultation de l'ambassadeur du Maroc en Algérie ou encore la convocation du chargé d'affaires algérien à Rabat. Bizarrement, il n'y a aucune trace dans les médias publics algériens sur cette affaire qui, ailleurs, défraye la chronique et alimente le "buzz". Face à l'impunité dont semble jouir ce membre du gouvernement et à défaut d'un sévère recadrage devant ce qui tient lieu de dysfonctionnement de la part d'un diplomate, astreint à la réserve, et dont la parole est officielle, il y a lieu de s'inquiéter, aujourd'hui, sur l'évolution de nos relations avec l'extérieur. Une éventuelle récidive — qui n'est pas à exclure — ternirait alors définitivement l'image de la diplomatie algérienne, patiemment forgée par nos valeureux aînés.
Mohamed-Chérif Lachichi


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