Ahmed Ouyahia a supervisé, durant toute la journée de jeudi, l'opération électorale de son bureau au siège national du parti. Le rassemblement a amélioré, selon les résultats fournis par le ministre de l'Intérieur, son score de 2002 en obtenant 61 sièges à l'Assemblée nationale. Une ambiance plutôt calme régnait au siège national du RND, à Ben Aknoun, tout au long de la journée des élections pour le renouvellement de la composante de l'Assemblée populaire nationale. Le secrétaire général du parti, Ahmed Ouyahia, s'est rendu, à 9h45, au bureau de vote de l'école primaire située à l'avenue Pasteur — où il est inscrit depuis l'époque où il a été nommé une première fois chef de gouvernement en 1996 — pour accomplir son droit à exprimer un choix sur les listes des candidats en lice pour les législatives. Naturellement, sa voix a conforté les suffrages obtenus par Abdelkrim Harchaoui et ses colistiers à Alger. Au final, le Rassemblement n'a pas été particulièrement gâté dans la capitale, où il n'a réussi à arracher, en attendant la confirmation de ces résultats par le Conseil constitutionnel, que 4 sièges sur les 32 à pourvoir. Ainsi, l'ancien ministre des Finances a été élu, en compagnie de Seddik Chiheb (ex-sénateur), Salah Djenouhat (secrétaire national de l'UGTA) et Mustapha Berraf (député sortant et président du Comité olympique algérien). Au sortir de l'isoloir, Ahmed Ouyahia a fait une succincte déclaration aux représentants de la presse nationale et étrangère, pour inciter, une dernière fois, les électeurs à se rendre aux urnes. “Voter, c'est donner une gifle aux terroristes”, a-t-il lancé, dans une tentative de convaincre par les sentiments. Il s'est dirigé, ensuite, au siège de son parti, qu'il n'a plus quitté jusque tard dans la soirée du 17 mai. Enfermé dans son bureau, il coordonnait, personnellement avec les correspondants au niveau des circonscriptions électorales, le déroulement du scrutin, selon son chef de cabinet Abdesslem Bouchouareb. Ahmed Ouyahia n'a consenti que de brèves interventions sur les trois chaînes de la radio nationale, préférant apporter ses appréciations sur les élections législatives lors de la conférence de presse qu'il animera aujourd'hui au Centre international de presse. C'est finalement son homme de main, A. Bouchouareb, qui se charge de pourvoir les nombreux journalistes affectés à la permanence électorale du Rassemblement de bribes d'information sur les évènements de la journée. “Le FLN a verrouillé le jeu. La loi électorale a nettement limité les risques de fraude. Mais les failles restantes ont été utilisées de manière outrancière”, nous a-t-il déclaré. Il a alors montré la correspondance adressée par le président de la Commission politique nationale de contrôle des élections législatives au président de la République. Dans ce document, Saïd Bouchaïr relève de nombreuses irrégularités qu'il impute nommément au FLN. M. Bouchouareb ne dit rien sur l'action que mènera éventuellement le RND s'il s'avérait, à l'issue de l'opération de dépouillement, qu'il a été spolié de ses voix. “Nous menons encore une bataille. Nous attendrons le temps de la victoire ou de la défaite pour faire des commentaires sur les coups que nous aurions reçus.” En dépit de la tournure prise par les élections, le responsable du RND gardait bon espoir d'enregistrer un meilleur score que celui obtenu aux législatives du 30 mai 2002. “Le RND récupère, à chaque échéance, des voix qu'il transforme en sièges supplémentaires dans les institutions de l'Etat.” Il a cité alors l'exemple des sénatoriales de 2003 et de 2006, où il a remporté environ 25% des sièges laissés vacants par les parlementaires en fin de mandat, alors qu'il ne disposait pas d'un nombre élevé d'élus locaux, comparativement à son principal rival, le FLN en l'occurrence. S'il n'a pas réalisé les résultats qu'il escomptait (entre 85 et 95 députés dans la nouvelle APN), le RND a quand même réussi à renforcer sa présence dans la chambre basse du Parlement en s'adjugeant 13 sièges en sus de ceux qu'il occupait lors de la législature finissante (61 nouveaux élus contre 48 députés sortants, selon les statistiques présentées hier par le ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales, et ce en attendant leur validation par le Conseil constitutionnel). Il conserve ainsi la seconde place à l'APN, après le FLN et juste avant le troisième partenaire de l'Alliance présidentielle, le MSP. Abdesslem Bouchouareb a évoqué, jeudi, la tendance à l'abstention, qui se confirmait au fur et à mesure que l'heure de la fermeture des bureaux de vote approchait. “Le faible taux de participation est pour nous une source d'inquiétude”, a souligné notre interlocuteur, en se référant au pourcentage donné à 17h. Le nombre de votants, à l'échelle nationale, était alors de l'ordre de 28% du nombre global des électeurs inscrits sur les fichiers électoraux. À 21h, le siège national du RND ne connaissait toujours pas l'effervescence des grandes soirées électorales. Ahmed Ouyahia restait confiné dans son bureau. Quelques cadres du parti, dont le ministre des Transports Mohamed Maghlaoui, sont présents sur les lieux. “Tout le monde est mobilisé au niveau des bureaux de vote et des permanences électorales régionales”, nous explique-t-on. Une dizaine de militants recevaient, dans une salle au 8e étage, aménagée également pour les journalistes, des informations, par téléphone, sur le taux de participation et les résultats préliminaires du dépouillement wilaya par wilaya, qu'ils transcrivaient sur des tableaux. Souhila H.