Je ne sais pas pourquoi l'Algérie dément “l'information publiée par l'agence de presse chinoise Xinhua citant le journal koweïtien El Anba'” au lieu de démentir directement le journal El Anba', au sujet de la venue des vice-président et ministre de l'Information irakiens en Algérie ? Je ne sais pas non plus pourquoi c'est une source “officielle” anonyme qui est citée par l'agence publique APS au lieu d'une instance identifiée. En tout état de cause, on voit mal ce qui aurait motivé l'ex-vice-président Taha Yacine Ramadhan dans le choix de notre pays pour en faire son refuge. Le temps est passé où Bouteflika était ministre des Affaires étrangères de La Mecque des révolutionnaires et de l'anti-impérialisme : on reçoit plus souvent Dick Cheney que n'importe quel réfugié du tiers-monde. Par contre, à voir l'état de la communication nationale, on peut bien concevoir que Mohamed Saïd Essahaf pense à se recycler chez nous. Il cultive au plus haut point, et avec un aplomb à faire rougir nos meilleurs experts en langue de bois, l'art de l'antinomie. Il ajoutera au dilettantisme de notre communication son toupet désormais entré dans la légende. Les journaux des émirs bouffeurs de foie d'outarde veulent orienter les foudres de Bush sur nous ! Ah ! La fraternité arabe. Il suffit que l'occasion se présente pour qu'elle s'emballe : de Touggourt, où une petite communauté de travailleurs égyptiens égarée dans notre désert est collectivement et violemment prise à partie, à Bagdad où les Irakiens résistent encore en rivalisant dans la délation et en sous-traitant à l'occupant la chasse à l'homme contre les anciens notables du régime. La Syrie vient d'instituer le visa aux ressortissants d'Irak, un pays “frère” auquel la lie un pacte de défense commune… non encore dénoncé. La détermination américaine dans la mise en œuvre de son projet de maîtriser l'espace arabo-musulman et pétrolier et de sécuriser l'environnement israélien a mis en déroute l'entité arabe, somme toute politiquement virtuelle — sinon les Palestiniens n'en seraient pas réduits à une si terrible question d'existence. Dans une indécente débandade, chacun tente de tirer son épingle du jeu, subitement devenu sérieux. Il y a finalement si peu de disponibilité solidaire dans ce puzzle politico-idéologique dont on nous rabâche les oreilles depuis la Nahda et qu'on n'a toujours pas monté. Tous se résolvent et enfin “coopèrent”, selon le terme usité par la diplomatie américaine, après des décennies de ligue qui n'aura servi que la solidarité des régimes contre leurs peuples respectifs. A l'heure de vérité, même cet esprit de congrégation de despotes disparut et ne restèrent que les atavismes, spectaculairement concentrés dans et autour de Bagdad, que se partagent encore monarques, potentats et tribus : désertion, perfidie, égoïsme, vandalisme… Où sont les “fous” de l'unité et de la Oumma passés ? M. H.