Depuis quelques jours, les médias lourds, et principalement la chaîne de télévision nationale, sont curieusement orphelins de cette fièvre qui s'était emparée de partis politiques et d'associations de tous horizons appelant Abdelaziz Bouteflika à réviser la Constitution et à se présenter pour un troisième mandat présidentiel. En effet, ayant meublé d'une manière ostentatoire une actualité orientée toutes voiles dehors sur la personne du président de la République, les séquences qui mettaient en apothéose les discours dithyrambiques sur les acquis de deux mandats, ponctués par des appels pressants devenus presque familiers et s'accommodant de la banalité ont subrepticement disparu des rendez-vous d'information de l'ENTV. Même la presse publique a mis le bémol comme si la révision de la loi fondamentale du pays n'est plus une priorité. Pourtant, ce ne sont pas les occasions qui ont manqué la semaine passée et plus particulièrement l'occasion, celle de la Journée de la femme qui devait, selon toute vraisemblance, constituer chez la femme algérienne, le sacre d'un troisième mandat pour Bouteflika. Du moins le supposons-nous, dans la trajectoire infléchie par les médias lourds à une campagne en faveur du président de la République qui est monté crescendo pour mettre à contribution tout ce que compte le pays en organisations. Ces trois derniers jours, la Télévision algérienne a consacré une large part à la célébration du 8 Mars. Mais voilà, elle est restée désespérément muette sur ce qui est devenue l'actualité de l'Algérie de cette année 2008. Omniprésent sur le petit écran, le principal animateur de la campagne pour “el-ouhda taletha”, le secrétaire général du FLN et non moins Chef du gouvernement, Abdelaziz Belkhadem, en l'occurrence, a dérogé lors de ses sorties médiatisées au rituel qui lui colle désormais à la peau. On peut dire d'ailleurs autant de certaines organisations satellitaires du FLN qui n'éprouvent plus la nécessité d'évoquer la question lors des regroupements qui avaient été couverts par la Télévision nationale ces derniers jours. La question coule de source. Qu'est-ce qui a provoqué ce changement aussi soudain qu'inattendu ? D'autant plus qu'il s'agit d'un silence radio quasi général. Celui-ci suppose des directives précises qui dépassent les médias lourds et même le Chef du gouvernement lui-même. Et à supposer encore que ces directives émanent de la première institution de l'Etat, on peut s'interroger légitimement sur ce qui a pu les motiver ? N'est-ce pas qu'on a l'embarras du choix dans l'exploration des motifs qui auraient donné le coup d'arrêt à cette campagne pour la révision constitutionnelle et le troisième mandat pour Bouteflika ? En tout cas, une chose est sûre, quelque part en haut lieu, on a conclu que cette campagne de la manière dont elle a été menée est devenue contre-productive et qu'il fallait peut-être opter pour plus de discrétion et de méthodes de communication plus efficaces. Un changement de fusil d'épaule ? Il y a tout lieu de le penser car paradoxalement cette “campagne” commence à faire beaucoup de gorges chaudes, voire une unanimité contre elle. D'abord, et avant tout, il y a cette image de l'Algérie que renvoie à la communauté internationale une campagne qui pèche par trop d'unanimisme écorchant ainsi l'onction démocratique que voudrait peut-être faire valoir le président de la République pour sa réélection. peut-être là une des raisons pour laquelle des chancelleries occidentales avaient cherché à mieux s'informer sur les réelles dispositions de certains partis politiques et d'organisations à soutenir cette campagne en faveur de Bouteflika. Les ambassadeurs des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne ne se sont pas empêchés dans leur intrusion publique dans le débat politique interne de donner des conseils à l'Algérie sur la conduite du débat autour de certaines questions cruciales. Hendrew Henderson, l'ambassadeur britannique, déclarait que “sur le plan politique, il me paraît qu'en ce moment, le processus est bloqué. En Algérie, tout le monde est focalisé sur la révision de la Constitution et le troisième mandat du Président. Il faut déterminer si oui ou non, cette option est retenue. Ce manque de vision sur l'avenir inquiète la communauté internationale”. Et il est fort à penser que d'autres chancelleries n'en pensent pas moins. En effet l'outrance, sans sons discordants, avec laquelle cette campagne est menée rendait suspect l'engouement général pour un troisième mandat. En ce sens, nombreux étaient les commentaires de journaux nationaux et même étrangers enclins à donner des tournures ubuesques aux appels à une “ouhda taletha” battant en brèche ainsi toutes les initiatives qui veulent donner de l'Algérie une image d'un pays qui est en passe de consacrer les valeurs démocratiques. Une démocratie à la Poutine ? Peut-être que Abdelaziz Bouteflika n'en veut plus, sachant vraisemblablement que sur le plan international, personne n'est dupe des méthodes ayant cours dans les pays ou les chefs d'Etat sont “élus” pour régner à vie. Car c'est la manière la moins intelligente pour forcer le respect de la communauté internationale au moment où l'Algérie a engagé la bataille de la coopération gagnant-gagnant dans ses relations internationales. En effet, il s'agit désormais de défendre une image de marque qui semble avoir pris aux yeux de la communauté internationale un sérieux coup dans la mesure ou cet empressement de larges franges de la société algérienne à demander à Abdelaziz Bouteflika de briguer un troisième mandat à longueur de journaux télévisés tranche singulièrement avec la véritable panne d'idées et l'atmosphère de mécontentement social illustré par des grèves qui ne s'arrêtent jamais et des descentes de la population dans la rue à la moindre occasion. Zahir Benmostepha