A Annaba, le commerce informel est quotidiennement présent tant au centre-ville que dans les quartiers et cités. Il est révélateur des difficultés économiques que rencontrent les citoyens ces dernières années et de l'impuissance publique à l'éradiquer. Malgré les innombrables dispositions telles que celle portant réalisation de nouveaux marchés destinées à consolider la lutte contre le commerce parallèle, la situation a pris des contours véritablement dramatiques pour l'économie nationale. Et lorsque les animateurs du marché formel se mettent de la partie en se positionnant en faillite pour s'adonner au commerce informel à quelques mètres de leurs locaux, c'est que la situation a atteint le point de non-retour. C'est d'ailleurs ce que précise la Banque mondiale dans son dernier rapport sur le commerce informel. D'autres sources estiment que ce phénomène représente un important taux du PNB algérien et qu'il occupe plus de 40% des jeunes en âge de travailler. Le commerce informel existe à différents degrés. Ses caractéristiques tiennent de l'absence d'autorisations pour exercer une activité et le non-paiement d'impôts. Les marchands ambulants, les vendeurs sur les marchés hebdomadaires installés de manière illégale ou encore la prostitution sont autant de domaines liés au commerce informel. Du carton à l'alcool en passant par les cigarettes et les fripes, des ustensiles de cuisine aux articles scolaires et de la lingerie aux fruits et légumes, les vendeurs de l'illégalité n'épargne aucun produit. Ce phénomène constitue un «fait social total» qui se situe au cœur de tous les grands problèmes que connaît le pays aujourd'hui : chômage, économie en berne, absence de contrôle policier... «Quand l'Etat n'assure plus son rôle, les citoyens se tournent vers l'économie informelle», affirment les sociologues. Se positionnant de facto en situation de résistance face à l'Etat, les animateurs du marché informel rejettent les lois qui leur imposent d'avoir une autorisation pour leurs activités. Ils les transgressent ouvertement en s'installant dans les rues et luttent quotidiennement pour occuper l'espace public comme bon leur semble. L'affaiblissement des pouvoirs publics gangrènes par la corruption à tous les niveaux de la gestion du pays, favorise davantage l'informalité. Cette pratique est devenue l'unique moyen de subsistance pour une grande partie de la population juvénile. Malgré la recherche de solutions, l'extrême pauvreté et la complexité du statut législatif de ces vendeurs rendent leur intégration à l'économie formelle difficile. Pour l'heure, les différents dispositifs d'aide à l'emploi des jeunes qui fournissent des crédits et favorisent le travail des micro-entrepreneurs forment une soupape d'aération, mais restent très insuffisants.