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La pensée politique du colonel Lotfi (I)
Contribution de Daho Ould Kablia à La NR
Publié dans La Nouvelle République le 12 - 05 - 2010

Tous les discours, tous les écrits sur le chahid colonel Lotfi, et ils sont nombreux, ont traité, jusque-là, de Lotfi, homme d'action et combattant exceptionnel, que ce soit au cours de la période où il dirigeait la résistance clandestine dans la ville de Tlemcen dès octobre 1955, ou plus largement lorsqu'il a dirigé, de main de maître, durant près de deux années, la grande zone 8 du Sud-Oranais. Ses faits d'armes, son sens de l'organisation, son autorité morale, son ascendant sur les populations et sur l'encadrement placé sous ses ordres et qui comprenait, il est bon de le rappeler, des politiciens chevronnés beaucoup plus âgés que lui, à l'image de Moussa Ben Ahmed, Kaïd Ahmed, Ben Ahmed Abdelghani, Bakhti Nemiche, Kadi Boubekeur, Boualem Bessaïh, puis, en dernier lieu, lors de l'exercice de responsabilités plus hautes telles que commandant membre de l'état-major de la Wilaya V en 1957 et colonel chef de la même wilaya à la mi-58.
Tous ces discours et tous ces écrits dressent un portrait qui met en relief ses qualités intrinsèques et sa maturité politique à l'origine de sa capacité innée et incomparable de diriger des hommes, de les former et de forger leur destin.
Ne dit-on pas que la Zone 8 de la wilaya V a donné à l'Algérie indépendante, en tout relativité, de grands responsables dans la hiérarchie de commandement et de direction du pays.
Ce qui est moins connu, par contre, et ce n'est pas le moins important, c'est ce qu'il pensait de la conduite de la Révolution en général, des hommes chargés de cette conduite, et surtout ce que Lotfi pensait du futur du pays, qu'il espérait radieux pour le peuple algérien.
Ces questions là, il y a pensé, très tôt en 1958, dans la solitude de son PC à Bouarfa, loin du tumulte et de l'agitation politicienne de la capitale de l'est marocain, Oujda, devenue, de fait, le centre de bouillonnement politicien où la gestion des conflits de personnes prenant le pas sur la conduite de la lutte.
C'est donc à cette période qu'il a commencé l'écriture d'un long ouvrage de plus de 200 pages dont il n'existe malheureusement que deux ou trois exemplaires.
Ce livre a été écrit, en faisant appel, dès le préambule, à l'Histoire, la géographie, la sociologie, la morale, au droit et la justice, dans le dessein apparent d'apporter une contribution significative, et authentique en développant un argumentaire concret, et rationnel quant à l'approche, puis la mise en œuvre d'un programme de développement économique pour l'Algérie indépendante.
Pourquoi l'économie ? Parce qu'à ses yeux, l'économie algérienne a subi, durant la longue période de colonisation, des destructions et des dévastations telles qu'elles ont eu des conséquences durables et désastreuses sur les populations algériennes maintenues soumises par la force et dépouillées de tout par les lois scélérates du «vainqueur».
Lotfi décrit ainsi l'œuvre «civilisatrice» de la France :
«Il a été possible de mesurer, en terme clair et chiffré, la prétendue œuvre française dont les traces funestes sont partout inscrites dans le territoire, tant du point de vue matériel que du point de vue humain. Un siècle d'asservissement de l'homme et d'exploitation honteuse se traduit par des conséquences douloureuses. L'œuvre française : c'est la famine scientifiquement organisée pour tout un peuple et l'extension des épidémies ; c'est l'instauration méthodique d'un régime d'obscurantisme et de dépersonnalisation ; c'est l'abaissement du niveau de vie au terme le plus inhumain ; c'est l'enfance qui erre dans les rues et l'analphabétisme généralisé, alors qu'en 1830, il y avait dans le pays relativement moins d'illettrés qu'en France ; c'est le taudis et le bidonville où s'entassent des Algériens pendant que les immeubles modernes sont uniquement réservés aux Européens ; c'est la terre grasse à l'Européen et la steppe infertile à l'Algérien ; c'est plusieurs millions d'Algériens tués en un siècle, auxquels s'ajoutent, depuis 1954, d'autres centaines de milliers de tués, de veuves, d'orphelins et des milliers de blessés ; c'est cela que léguera la France à l'Algérie indépendante et c'est cela les résultats de «l'œuvre française».»
C'est ce constat négatif, criant de vérité, qui a poussé, sans l'ombre d'une hésitation, Lotfi à suivre, dès le déclenchement de l'insurrection armée de novembre 1954, l'exemple des milliers d'Algériens qui, tout au long du siècle précédent, se sont soulevés, individuellement ou en masse, pour la liberté et la dignité.
La situation de misère et de détresse morale qu'il décrit n'entame pas sa conviction qu'une fois l'indépendance recouvrée, tout est possible pour faire reculer cette misère et remettre le pays sur ses pieds.
La terre est là, les richesses sont là, le peuple est plus que jamais debout. Ce qu'il faut, de son point de vue, c'est la volonté d'oser pour relever le défi. C'est l'objet du programme de développement planifié qu'il élabore et recommande de mener par un peuple mobilisé et un encadrement lucide et engagé.
N'a-t-il pas écrit à ce sujet :
«Il ne suffit pas à l'Algérie de posséder des richesses matérielles et humaines prêtes à se transformer en véritables torrents de forces vives. Il faut encore libérer ces richesses, supprimer les attaches qui les emprisonnent, car même libérées de leurs bourreaux, ces forces vives se contrarieraient et s'annihileraient, très vite, si elles n'étaient orientées, canalisées en vue de la réalisation d'objectifs précis.»
Ces objectifs il les a identifiés et définis dans son ouvrage lorsqu'il ajoute :
«C'est pourquoi nous avons montré le cadre général dans lequel leur action pourrait s'insérer et indiqué de quelles méthodes économiques et sociales, les acteurs de l'économie algérienne auront à s'inspirer demain.»
En inscrivant la libération économique de l'Algérie, seule source de progrès, dans la dynamique imprimée à sa lutte armée, les motivations, les ressorts et les leviers pratiques se déclinent de manière logique dans les multiples propositions que Lotfi formule et que je récapitule comme suit :
Son ouvrage se compose de trois grandes parties :
• La première partie relève le constat visible de sous-développement économique et social, accentué par les caractéristiques insolites d'une agriculture déstructurée de par la priorité accordée à la viticulture au détriment de la céréaliculture, une agriculture également extravertie orientée qu'elle est vers la satisfaction des besoins du marché extérieur (France métropolitaine en particulier).
Le constat de sous-développement est encore plus évident pour l'industrie. Aucune des immenses potentialités minières n'est valorisée sur place. Tout est expédié de l'autre côté de la Méditerranée, qui tire, sur place, profit de la plus-value après le retour du produit fini vers le grand marché algérien.
• La deuxième partie traite de la manière d'exploiter et de gérer les grandes richesses de l'Algérie : terres agricoles fécondes libérées des attaches qui les empoisonnent, capacités hydriques mobilisables importantes. (Lotfi cite la nappe albienne et les nappes des chotts Ech-Chergui et El-Gharbi) ; main d'œuvre présente et perfectible ; richesses du sous-sol susceptibles de promouvoir une industrie d'avant-garde par la transformation et la valorisation des produits miniers et des minerais, ainsi que le pétrole et le gaz dont les premiers gisements ont été découverts moins de deux années auparavant et que Lotfi entrevoit extrêmement prometteurs.
Autant de facteurs donc qui laissent espérer, sans aucun doute possible, dans son esprit, un essor rapide de l'économie algérienne.
Lotfi se base, dans cette partie, d'indicateurs, de statistiques, de cartes, de courbes, de graphiques aussi nombreux que précis.
Il tient à faire partager sa forte conviction en soulignant :
«Les chiffres calculés sont venus, dans tous les cas, étayer et donner un support à nos affirmations qui n'ont pas été avancées à la légère, pas plus qu'elles ne constituent une simple vue de l'esprit.»
Dans la troisième partie et une fois les projets formulés, Lotfi précise les conditions du succès puis affiche des résultats par des bilans chiffrés.
Il s'agit là, d'une part, de l'aspect théorique touchant à la démarche susceptible de modifier l'environnement institutionnel pour asseoir les conditions d'une rénovation et d'une reconstruction pragmatiques opposées à toute forme de dogmatisme préconçu avec une conscience élevée des libertés que le peuple entend et doit se réapproprier, à son profit et à celui de la Nation.
Tout d'abord la purge de l'hypothèque économique, en s'attaquant aux contraintes de la zone Franc d'où la nécessité de la reconstruction du système monétaire et financier par l'abandon de la zone Franc et l'établissement d'une monnaie nationale qu'il nomme le dinar.
«Il sera démontré que l'Algérie indépendante n'aura aucun intérêt à rester accrochée à une France dont l'économie est en régression constante et dont la monnaie est la plus faible d'Europe.»
(A suivre)


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