Il faudrait une sacrée dose de largesse d'esprit et de conviction démocratique chez Belkhadem pour qu'il privilégie la recherche d'un terrain d'entente avec El-Hadi Khaldi, qui le pourfend avec une férocité qu'aucun autre de ses contestataires n'a égalée. D'autant que le ministre de la Formation professionnelle n'est pas dans une fronde qui se réduit à soulever des problèmes d'ordre organique, mais a pris la tête d'un mouvement qui conteste carrément l'autorité de Belkhadem sur le FLN. Khaldi a beau s'en défendre, c'est bien ce qu'il vise. Quand celui-ci a tiré sa première salve contre son secrétaire général, nous avons écrit que sa sortie ne peut s'interpréter que comme lui ayant été commanditée. Cette interprétation, Khaldi s'en défend également en faisant valoir qu'il ne serait pas le genre de personne «à recevoir des ordre d'en haut». Soit, mais alors pourquoi il a attendu plusieurs mois après la désignation des membres du comité central, dont il fait partie, pour en contester la composante ? Pourquoi ce n'est que maintenant qu'il s'aperçoit que Belkhadem n'a été «qu»un usurier politique dans son parcours ? Que l'on sache, El-Hadi Khaldi n'était pas des contestataires qui, bien avant lui, ont dénoncé les dérives qu'il reproche aujourd'hui à Belkhadem. Sa proximité avec celui-ci, qu'il récuse maintenant, était chose notoire Il le fait en faisant savoir que sa nomination au poste de ministre, «il la doit au chef de l'Etat et non par la grâce du parti et surtout pas grâce à Belkhadem». Ce qui est manière indirecte pour lui de suggérer qu'il entretient une relation spéciale avec Bouteflika et de donner à comprendre que sa charge contre le secrétaire général du FLN recoupe le dessein du premier à l'égard de Belkhadem. Ce qui est une certitude, c'est que la «fronde» dont le chef de file est un ministre en exercice qui secoue le vieux parti ne pouvait avoir l'ampleur qu'elle a s'il n'y a eu cette rumeur persistante sur la disgrâce dont laquelle serait tombé Belkhadem. C'est une invariable dans le pays quand un personnage politique est dans une situation pareille que sont sortis et s'affûtent les couteaux. C'est la tête de Belkhadem que veulent les contestataires, dont Khaldi est le tonitruant porte-voix. Le président d'honneur du parti, qui l'a tout de même adoubé au poste de secrétaire général, aurait pu émettre un signal en sa faveur. S'il ne le fait pas, alors que l'affrontement entre celui-ci et ses censeurs atteint le point de non-retour, c'est peut-être que la situation ainsi créée au FLN l'arrange. Récemment, Saïd Sadi a avancé que le pouvoir prépare l'après-Bouteflika. Il a dit crûment ce que pensent tous les Algériens en raison de ce qu'ils décryptent d'évènements survenus dans cette sphère du pouvoir. Celui dont Belkhadem est le triste centre tendrait à faire savoir que le secrétaire général du FLN est exclu de l'échafaudage qui est en train de se négocier dans la perspective de l'après-Bouteflika. Ce qui veut dire que la fronde menée par Khaldi pourrait se conclure par l'éviction du secrétaire général du FLN ainsi ostracisé. L'on voit mal en effet Belkhadem imposer une autre solution, sachant qu'il a perdu le soutien qui a fait sa force et conforté son autorité au sein des instances dirigeantes du FLN, dont on sait qu'elles ne sont plus peuplées que de «béni- garde-à-vous»; comme l'avait drôlement dit feu Bachir Boumaza.