Pour sa première visite d'Etat depuis son élection, le 23 décembre 2014, à la tête de la Tunisie, le président Béji Caïd Essebsi (BCE) a choisi l'Algérie. Comme le rappelle le président tunisien dans son entretien accordé à El Watan, «c'est maintenant une tradition» tant les nombreuses visites «confirment l'excellence des relations entre les deux pays». Lors de ses deux jours de visite, la coopération sécuritaire entre les deux pays devrait être l'un des dossiers prioritaires. La Tunisie, qui connaît un regain d'insécurité due à la reconstitution de groupes terroristes – conséquence de la déstructuration de l'appareil policier, mais également par la faiblesse de son armée qui a été sacrifiée par l'ancien président Ben Ali au profit des services de sécurité – doit également faire face à la situation chaotique en Libye. En conséquence, les deux pays ont établi des relations de coopération sécuritaire. «On ne peut pas envisager de coopération ni même d'investissement extérieur sans, d'abord, régler le problème sécuritaire et aussi garantir la stabilité dans le pays», a déclaré le président tunisien au quotidien El Watan. «Nous avons cette coopération en matière sécuritaire le long de la frontière commune. L'Algérie a de l'expérience en matière de lutte contre ce terrorisme d'inspiration islamiste. Nous avons un sort lié», ajoute Béji Caïd Essebsi, qui rappelle les efforts consentis par les responsables algériens dans la coopération avec la Tunisie : «Il y a eu un soutien financier, une sorte de coopération bilatérale dans la lutte contre le terrorisme.» Le Président tunisien fait référence au soutien financier accordé par l'Algérie au moment où l'économie tunisienne était en difficulté. L'Algérie avait octroyé en 2011 un «prêt sans intérêt» de 100 millions de dollars, alors qu'en 2014, elle offrait un autre soutien d'un minimum de 250 millions de dollars. Autre danger pour les deux pays : la situation chaotique en Libye. Il faut dire que tous deux sont les plus concernés par la crise qui touche la Libye. Là encore, l'Algérie et la Tunisie sont d'accord contre toute intervention militaire. «La Tunisie est contre cela. Nous sommes contre les interventions militaires. Nous sommes contre les interventions extérieures, quelles qu'elles soient», assure BCE, qui préconise plutôt une large concertation entre les pays de la région : «Nous sommes pour des consultations et des concertations entre les pays de la région, c'est-à-dire l'Algérie, la Tunisie, l'Egypte, peut être le Mali, le Niger et la Libye bien entendu.» Sur la question du Sahara occidental, Béji Caïd Essebsi reste très prudent, refusant de prendre position. «Sur cette question-là, il y a un accord entre l'Algérie et le Maroc pour que ce soit du ressort de l'ONU, on verra…», a-t-il répondu lors de l'interview accordée à notre quotidien. Au volet économique, les échanges entre les deux pays sont marginaux et restent au stade des bonnes intentions. En témoigne l'accord commercial préférentiel entre l'Algérie et la Tunisie signé en grande pompe et qui devrait «prochainement» entrer en application, mais également le projet relatif au développement des zones frontalières. «Depuis l'indépendance il y a toujours eu une volonté commune de réserver un traitement spécial à ceux qui vivent sur nos frontières communes», rappelle le président tunisien.