Les armes se sont tues en Syrie, enfin presque, ce qui n'est pas peu depuis qu'un accord de cessez-le-feu a été conclu jeudi. La nouveauté cette fois, et il y en a une, c'est bien le contenu de cet accord vraiment inédit dans sa forme et même dans le fond, puisque depuis le début de cette guerre, plusieurs cessez-le-feu n'ont jamais été respectés. Dans le premier cas, ce sont le régime de Bachar Al Assad et l'opposition telle que connue à ses débuts. Il s'agit de la Coalition nationale syrienne (CNS) avant d'être noyée, et même dépassée et combattue par d'autres forces avec lesquelles elle n'avait pas le moindre rapport. Il s'agit des groupes extrémistes qui ont été exclus de cet accord. Le tour de table est véritablement restreint, et dans le même temps révélateur des positions des uns et des autres sur le conflit, ou encore les guerres en Syrie. L'autre fait majeur est constitué par les partenaires – Russie et Turquie – de cet accord tout à fait inédit. Pas le moindre pays dit des amis de la Syrie ou encore de la coalition occidentale, tout comme est relevée l'absence des Etats-Unis et des pays arabes. Comment interpréter ce fait qui ne manque pas d'importance ? Absence volontaire ou marginalisation ? Il y a, toutefois, une présence remarquée, celle de la Turquie, suffisante pour annoncer de nouvelles alliances, voire des changements substantiels dans l'approche internationale du conflit syrien, que le nouveau secrétaire général de l'ONU a qualifié de «cancer à l'échelle mondiale». Tout doit aller vite au regard de la nouvelle feuille de route qui prévoit l'ouverture de négociations dans les prochains jours à Astana, puis à Genève le 8 février suivant. Tout va vite et jusque-là sans la moindre opposition, si l'on excepte celle des mouvements extrémistes. Ce qui se dit de ces rencontres, c'est que la première réunion à Astana n'est pas «une alternative à Genève», mais «une étape complémentaire». Genève, rappelle t-on, c'est l'ONU avec ses deux réunions, et surtout une approche politique du conflit contrariée par la logique du terrain. C'est aussi un programme dont l'essentiel est la période de transition, une expression victime, quant à elle, de la surenchère, alors que les choses paraissaient claires. Elle est devenue envisageable à l'instant même où le régime syrien l'avait acceptée, mais fortement compromise, lorsque l'opposition réclamait tout simplement un transfert du pouvoir. Ce qui semblait tout simplement impossible à obtenir depuis que l'armée du régime bénéficiant du soutien militaire russe enchaînait les succès, et que de nouvelles menaces apparaissaient, poussant au réalisme et au pragmatisme. «Il y a un consensus sur l'importance d'un règlement politique. Il faut que nous saisissions cette opportunité, car la solution politique constitue une arme destructrice contre le terrorisme», soulignait, au printemps dernier, un leader syrien dans un appel à toutes les forces d'opposition pour des pourparlers directs et sans condition. La Russie a, quant à elle, tenu à clarifier ses rapports avec la Syrie, ce que le retour à Genève devrait conforter. La paix enfin ?