La Bourse d'Alger fait preuve d'une troublante incapacité à sortir du marasme dans lequel on l'a sciemment maintenue. Il est, en effet, bien curieux que cette institution, qui symbolise mieux que toute autre l'économie de marché, ne parvienne pas à élargir son portefeuille qui se résume à seulement deux entreprises, en l'occurrence Saidal et l'EGH El Aurassi, l'Eriad Sétif ayant été récemment retirée en raison de sa destructuration financière. Il faut savoir que ces introductions en bourse ont été effectuées durant les années 1997 et 1999 et que plus rien n'a été fait depuis cette date, qui correspond à l'arrivée de Abdelaziz Bouteflika à la tête de l'Etat. Les choses ont effectivement commencé à mal aller pour cette institution, avec le refus du Président d'inaugurer, en juin 1999, le siège flambant neuf de la Bourse d'Alger, laissant au président du Sénat (Bachir Boumaza) le soin de le faire à sa place. Ce geste a été perçu comme un désaveu à cet organisme, auquel il était reproché de ne compter que des entreprises publiques dans son portefeuille. Il y a, depuis cet événement, comme une volonté de contester l'existence de cette institution en torpillant toute tentative d'introduction de nouveaux titres en bourse. Et on y a bien réussi puisque aucune nouvelle société n'a plus jamais pu y accéder de 1999 à ce jour. On s'est même arrangé pour torpiller un programme de cotation de 12 nouvelles entreprises que le CPE avait pourtant officiellement arrêté à la fin de l'année 2005. L'activité y est de ce fait réduite à la portion congrue, les séances de cotation étant même souvent annulées faute de donneurs d'ordres. Une sous-activité chronique qui a laminé les résultats financiers de cette institution qui a, rappelons-le, le statut de société par actions censée vivre de ses recettes. Pour la maintenir en vie, l'Etat a dû intervenir en la recapitalisant, ce qui est une aberration pour une bourse des valeurs qui, sous d'autres cieux, vivent dans l'opulence. Les autorités algériennes ne veulent, à l'évidence, pas développer un marché financier en Algérie, et cette hostilité à la création d'une bourse des valeurs ne date pas d'aujourd'hui. La première bourse qui avait été créée en 1994 par les ex-fonds de participation a végété pendant plusieurs années, avant d'être dissoute sans aucune explication à la fin des années 90. La question qui se pose aujourd'hui est de savoir si les autorités politiques algériennes souhaitent vraiment doter le pays d'un marché financier, dont l'absence constitue une réelle entrave au développement de l'investissement. Les emprunts obligataires, à l'évidence très utiles pour le financement de grandes entreprises, ont, certes, réanimé la Bourse d'Alger, mais on ne doit jamais perdre de vue que sa vocation première doit rester l'appel à actionnariat, notamment en faveur des petits porteurs. Le patron d'une des 12 entreprises qui devaient sans résultat être cotées en bourse en 2005 explique l'échec des cotations par le manque de technicité des cadres chargés, à divers niveaux de responsabilité, de la mise en œuvre du processus. « Ils ne savent pas comment coter une société en bourse, ceux qui savaient le faire ayant été écartés à l'occasion de la dissolution des holdings », affirme-t-il, en recommandant de ne pas hésiter à faire appel à l'expertise, la relance du processus de cotation constituant un enjeu capital pour l'investissement et la promotion de l'image de l'Algérie, qui ne saurait être reconnue comme un pays moderne tant qu'il ne disposera pas d'une authentique institution boursière attestant de son ancrage dans un système de marché.