A défaut d'en voir un, les observateurs relèvent tout de même quelque chose qui serait proche du miracle. Car, jusque-là, pour ce troisième rendez-vous à Genève, il y a au moins une rupture par rapport aux deux premières rencontres qui s'étaient soldées par des échecs. «Nous sommes toujours là ; en soi, c'est déjà un succès», soulignait un membre de la délégation de l'opposition, après cinq jours de discussions. Cette fois, ce n'est pas encore le succès entre les parties syriennes en conflit, mais les délégations semblent en pleines négociations. Les deux parties se gardent d'échanger des déclarations de guerre, ou ce qui y mène, toujours le verbe, rarement le bon au regard de la poursuite de la guerre. Se rend-on donc compte, huit jours de discussions sans rupture ? C'est en tout cas ce qui a été remarqué, tout comme l'intensité des travaux qui se terminent tard dans la nuit. Notamment pour l'émissaire de l'ONU qui ne s'attendait certainement pas à ce résultat qu'il faut relativiser bien entendu, car la Syrie est encore loin de la paix, la guerre qui y fait rage entrera, le 15 de ce mois, dans sa septième année. Par où commencer et vers où aller ? Le conflit syrien est de ceux qui gagnent en complexité alors qu'il était simple à ses débuts, une opposition qui a fini par prendre les armes afin de changer de régime. Un schéma classique, mais une guerre avec ses victimes par centaines de milliers et des destructions qu'il sera difficile de réparer pour la simple raison que la Syrie manque de moyens. Si par contre les armes n'ont jamais manqué, la réponse est à rechercher dans cette nébuleuse d'intervenants avec des motivations diverses, mais dont le point de convergence, le seul peut-être, est la chute du régime de Bachar Al Assad. Même si cela devait ouvrir la porte à des guerres sans fin, comme en atteste le raisonnement de certains Etats qui en ont pris acte, la réalité du terrain marquée de plus en plus par des affrontements entre éléments opposés à Bachar Al Assad leur a fait changer de position, en concluant que le maintien du régime en question devenait une nécessité. Et c'est cette fois l'élément dominant de ces pourparlers, où il est question de transition et de nouvelle Constitution. Pas de préalable donc, comme ce fut le cas pour les autres pourparlers. Est-ce à dire que l'opposition a changé de position et qu'aujourd'hui il y a un nouvel agenda ? Celui-ci sera forcément dicté par la réalité du terrain, laquelle a tout simplement basculé depuis l'intervention militaire russe aux côtés de l'armée régulière syrienne, avec à chaque fois des propos qui résonnent comme autant d'explications quant à l'engagement en question. Comme ceux du chef de la diplomatie russe soulignant, en mai 2016, que Moscou soutenait «le combat contre le terrorisme (...). Sur le terrain, nous ne voyons pas de forces plus réelles et efficaces que l'armée syrienne, malgré toutes ses faiblesses». Ce qui semble clair. Suffisant pour aller de l'avant ?