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« Le prix Mohammed Dib pour encourager les jeunes plumes »
Nadjet Khadda. Universitaire et critique littéraire
Publié dans El Watan le 03 - 07 - 2007

Nadjet Khadda est universitaire et critique littéraire. Spécialiste de l'œuvre de Mohammed Dib, dans cet entretien, elle revient sur le prix de l'auteur de La grande maison, dont elle est la présidente du jury. Un prix biannuel qui fait actuellement l'objet d'une polémique.
Pourriez-vous nous donner un historique sur la fondation Mohammed Dib ?
La fondation Dib est une association culturelle constituée en 2001. C'est une association qui a été agréée du vivant de Mohammed Dib. J'ai assisté personnellement à des entrevues avec la présidente de la fondation Mme Benmensour et le défunt Mohammed Dib. Cette association a pour but, autour du nom de Dib et sous l'ombre de ce grand nom, de créer une activité culturelle autour de l'écriture, de la musique, du cinéma et de la peinture. C'est une association qui essaye de promouvoir l'expression artistique chez des jeunes. Le siège se trouve dans le Mechouar lui-même à Tlemcen. C'est une très grande enceinte historique où la wilaya de Tlemcen leur a donné un local. Il y a les bureaux de l'association et des ateliers d'écriture, de théâtre, de peinture et de musique où les jeunes et les moins jeunes viennent les uns pour apprendre et les autres pour enseigner. Dernièrement, on a monté une grande bibliothèque avec des dons qui sont venus de l'université de Montpellier et d'associations culturelles françaises. La bibliothèque a un excellent fonds à la fois littéraire et de culture générale. C'est une bibliothèque nationale fonctionnelle. Malheureusement, les locaux sont trop petits. Il est donc difficile de créer une salle de culture. Cependant, il y a des promesses d'agrandissement. En outre, il y a le projet d'une annexe de la bibliothèque nationale à Tlemcen. Cette annexe a déjà ses locaux. Elle est en réfection. Le fonds Dib ira dans cette bibliothèque nationale.
Quel bilan faites-vous de ces 6 années d'activité ?
Au début, cela a été une activité assez restreinte. La présidente avait fait un grand colloque de témoignage autour de l'œuvre de Mohammed Dib, et depuis 2003, nous avons créé le prix Mohammed Dib avec l'aval du vivant de l'auteur. Je suis la présidente du jury. Celui-ci est composé d'écrivains, de critiques, d'éditeurs et de professeurs universitaires. Le prix Mohammed Dib a été institué en 2003 en un prix biannuel... Effectivement, c'est un prix biannuel. Il fallait que nous trouvions notre rythme de croisière et de l'argent. C'est assez compliqué. Actuellement, la présidente, Mme Benmensour, s'est assurée que Sonatrach sponsoriserait le prix Mohammed Dib. Cette entreprise est devenue pérenne. Le prix Mohammed Dib est un prix d'encouragement à l'écriture. Ce sont de jeunes écrivains pas nécessairement en âge mais en écriture qui postulent à ce prix. C'est pour dynamiser le champ littéraire que ce prix est institué. Nous souhaitons, dans un avenir proche, pouvoir donner à ce prix une dimension plus grande. Nous espérons un jour créer un prix Mohammed Dib qui soit attribué à un bon écrivain pour une belle œuvre, produite dans l'année et garder ce prix d'encouragement pour que les jeunes plumes puissent avoir un soutien financier pour continuer. Cette année, nous avons relancé cet appel à contribution. Les personnes qui veulent avoir plus d'informations peuvent le faire en allant sur le site www. fondation-dib.com. Elles pourront avoir tout le règlement pour la remise du prix en mai 2008.
La polémique alimentée ces derniers temps sur la paternité de la fondation Dib par un héritier du défunt ne risque-t-elle pas de compromettre le prix de 2008 ?
Le prix 2008 n'est pas compromis. Nous avons lancé l'appel à la contribution et puis il faut que les manuscrits arrivent et qu'ils soient envoyés aux membres du jury. Le prix sera maintenu comme convenu en mai 2008. Nous avons l'argent à donner au lauréat. La wilaya aide en donnant des billets d'avion pour le déplacement des membres du jury. Le ministère de la Culture octroie un petit budget qui est distribué à toutes les associations sur la présentation de leurs activités. Il y a des donateurs locaux, des notables de la ville de Tlemcen qui, de temps en temps, font un geste. Il y a certes ce budget mais il faut arriver à s'assurer que le budget existe pour le fonctionnement et pour l'enveloppe du lauréat.
Pourrait-on revenir sur cette polémique ?
Cette polémique ressurgit à chaque fois que l'appel est lancé. Je vous donne ma parole. Je n'ai aucun intérêt là dedans. Je ne suis pas de la famille Dib. Je suis seulement spécialiste de l'œuvre Dib. J'ai fréquenté le défunt jusqu'à un mois avant sa mort. J'allais régulièrement le voir. J'étais en relation permanente avec lui. J'avais un dossier pour lui. Je voulais qu'il devienne professeur Honoris Causa de l'université de Montpellier où j'enseignais. Par ailleurs, j'avais le rêve, malheureusement il est mort trop tôt, de lui constituer un dossier pour qu'il ait le prix Nobel car c'était une grosse pointure de la littérature. Je suis toujours en relation avec son épouse. Par ailleurs, chaque année Mme Benmensour me sollicitait ; je l'ai eu comme étudiante quand j'enseignais à l'université d'Alger. Elle est devenue par la suite une collègue avec laquelle je me suis bien entendue. Nous avons fait beaucoup d'échanges. Cette fondation, je trouvais très bien qu'elle se crée à Tlemcen plutôt qu'à Alger. Alger, en tant que capitale, a tendance un petit peu à attirer les grandes choses de son côté. Là il y avait un tissu culturel et des conditions de prendre en considération cette œuvre. Il y avait la famille Dib. Ce dont je peux témoigner, c'est que Mme Benmensour a fait un travail de titan et qu'elle était en relation avec Mohammed Dib qui était ravi que, dans sa ville, il y ait une reconnaissance de son œuvre. Il était surtout ravi du fait que ce n'était pas une sacralisation de son œuvre mais un prétexte pour permettre l'épanouissement de la culture dans sa ville natale. Cela correspondait parfaitement à l'esprit de Dib car c'est quelqu'un qui n'a jamais voulu faire école. Le seul conseil qu'il donnait aux jeunes écrivains qui allaient le voir, j'en connais quelques-uns, était d'être eux-mêmes, d'aller jusqu'au bout de leur quête sans concession aucune. Si vous voulez, il n'a jamais cherché à faire école. Il était donc ravi de l'idée que cette fondation allait, sous l'égide de son nom, promouvoir des talents de toute l'Algérie. Nous espérons cibler le Maghreb un peu plus tard. Nous espérons ouvrir ce prix au Maghreb. Au moment où le prix 2003 a été remis au lauréat par le président de la République et donc là, il n'y a eu aucune contestation. Mme Benmensour et les membres du jury ont fait un travail irréprochable. Mais soudain, un des neveux s'est réveillé et s'est rendu compte que la fondation Dib ne devrait pas être l'œuvre de Mme Benmensour mais l'œuvre de la famille Dib. Le neveu en question récuse le fait que ce soit un autre nom qui ait créé la fondation et non pas un Dib. Il dit que les fondations ne doivent être créées que par les membres de la famille. De ce fait, il récuse à la présidente tout le travail qu'elle a effectué. Il revendique la paternité de la fondation du fait de la consanguinité. A ma connaissance, jamais le talent n'est passé par le sang. A la limite, ce monsieur aurait pris l'initiative de se mettre en tandem avec Mme Benmensour pour créer cette fondation. Moi, j'aurais été ravie personnellement car plus il y a des gens qui partent au charbon, et plus les choses ont des chances de durer. La plupart du temps chez nous, ces entreprises reposent sur un seul individu et quand cet individu est défaillant pour une raison ou pour une autre, tout s'écroule. Alors, il est bon que cela repose sur plusieurs personnes. Il aurait pu avoir des aides et des initiatives, mais cela n'a pas été le cas. Il s'agit d'une revendication au nom de l'appartenance au nom Dib.
Est-ce qu'une action en justice a été intentée ?
La présidente de la fondation après avoir reculé pendant longtemps car elle ne voulait pas que l'activité soit parasitée par des problèmes juridiques, s'est résolue à déposer l'affaire en justice. Cette dernière va trancher. De toute façon, je ne suis pas partie prenante là-dedans, si ce n'est d'un point de vue du principe que j'ai aidé Mme Benmensour chaque fois qu'elle m'a demandé un conseil, une information. Ma caution n'est qu'une caution intellectuelle. Toute modestie mise part, je suis quand même reconnue comme étant la plus grande spécialiste de Dib. Chaque fois qu'il y a une manifestation sur Dib à l'étranger, on me sollicite. Mais disons sur ce plan-là, personne ne conteste ma place. J'ai accepté d'être présidente du jury Dib parce que je voulais que cette entreprise aille jusqu'au bout. Moi, je suis une sorte d'observateur. Mohammed Dib a laissé une femme qui est détentrice des droits d'auteurs. Il a quatre enfants qui sont les héritiers directs et qui ont écrit dans la presse pour témoigner que Dib était d'accord avec la création de cette fondation par Benmensour. La veuve tient à sauvegarder ses relations familiales. Mais elle souhaite séparer les niveaux. Elle veut garder de bonnes relations avec l'ensemble de la famille de son mari. Mais dès qu'il a été décidé de contester le travail de Benmensour, elle est montée au créneau en envoyant un communiqué de presse disant que personne n'avait le droit de s'approprier l'œuvre de son époux et qu'il avait des héritiers. Plus clair que cela, il me semble que c'est difficile. Le neveu en question a le sentiment qu'on lui a retiré quelque chose. Psychologiquement, je peux le comprendre.


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