«Il paraît acquis que si l'armée conservait sa neutralité, la victoire irait à Bouteflika. Si, en revanche, d'ici à avril 2004, il se produisait des ??événements?? qui réactualiseraient la question d'une intervention militaire, alors la victoire irait à la gauche, et à sa tête un certain Ali Benflis.» Tel est le verdict énoncé en guise de conclusion par Aïssa Khelladi dans son dernier-né Bouteflika, l'homme et... ses rivaux, paru récemment aux éditions Marsa. Dans cet ouvrage, l?auteur, spécialiste en géopolitique, prend clairement position pour l'actuel président de la République, cible, selon lui, d'une «campagne déstabilisatrice» alors qu'il représente «la véritable panacée». «Il obtient la croissance, réduit l'inflation, réalise les grands équilibres, améliore la santé financière de l'Etat, multiplie les projets sources d'emplois», assène l'auteur qui attribue aussi à son «président favori» les vertus d'un pragmatisme utile à chaque homme voulant briguer un second mandat, mais auquel on «daigne attribuer, sans vergogne, tous les maux de l'Algérie y compris le séisme dévastateur de Boumerdès un certain 21 mai 2003». Mais bien plus que le fait d'énumérer, face à cette forêt d'invectives, de calomnies et d'accusations de toutes sortes, les innombrables vertus du président (concorde civile, relance de l'économie, image de marque de l'Algérie sur le plan international...), Aïssa Khelladi dresse, à travers les 265 pages du livre, une véritable partie d'échecs, où le moindre coup vaudrait son pesant d?or, hypothèse sur hypothèse, jusqu'à ne rien laisser au hasard, dessinant tous les scenarii envisageables pour son candidat favori, à la manière du Prince de Nicolas Machiavel au Magnifique Laurent de Medicis quand ce dernier prenait de l'eau de toutes parts. Bouteflika seul contre tous ? L'auteur le dit en des termes clairs, sans fioriture aucune. Le livre, électoraliste qu'il soit? Khelladi le crie haut et fort ? est truffé d'hypothèses qui mettent sur le devant de la scène les principaux rivaux, les vrais et les postiches, de Bouteflika, de Benflis, l'ennemi numéro un, Djaballah, Taleb Ibrahimi, Aït Ahmed, Hamrouche en passant par l'armée et la... presse. Mais entre toutes ces hypothèses, celle du boycott demeure, du reste, la moins plausible pour l'auteur. «Le boycott est une éventualité à écarter, car ceux qui le demandent ne disposent d'aucune implantation électorale», assure-t-il avant de mettre le retour «hypothécaire» de l'armée dans l'implantation électorale dans la case des risques majeurs. Aïssa Khelladi, en fin stratège, pense, ici, que ce retour «compromettrait la légalité de ces élections et risquerait d'anéantir tout processus électoral futur». Si pour l'auteur, le charisme et le «flair machiavélique» de Bouteflika ont en face des rivaux aptes à aller jusqu'au bout, même opter pour des alliances contre nature, il n'en demeure pas moins que «l'avenir de Bouteflika dépend moins de l?élection d'avril 2004 que de la bataille actuelle qui l'oppose à Benflis pour l'accaparement du FLN. Le vainqueur de cette bataille sera le prochain président». En d'autres termes, l'auteur laisse penser, du coup, qu'à quelques encablures seulement du scrutin, la révolution du palais au sein du FLN vit ses ultimes moments.