Résumé de la 1re partie n Les parents de Cherryl s'opposent à l'exanguino-transfusion, pourtant seule opération qui peut sauver la vie de leur fille... De toute façon, il n'y a plus longtemps à attendre: le sixième jour au matin la réponse est là : c'est un télégramme. Mme et M. Lynn font savoir à l'hôpital qu'ils s'opposent à l'exsanguino-transfusion. Le médecin est abasourdi. Il n'a même pas la force de crier. Il secoue lentement la tête : «Mais ces gens sont idiots ! Ils n'ont rien compris. — Ils ont peut-être peur de faire souffrir inutilement leur petite fille... suggère l'assistant. — Peut-être...» Puis le patron retrouve le ton du commandement : «Je veux les voir ! Convoquez-les ! — Quand ? — N'importe quand. Aujourd'hui. Je me débrouillerai.» Lorsqu'ils sortent de voiture sur le parking, Mme et M. Lynn passent totalement inaperçus : deux braves bourgeois comme il y en a tant en Amérique. De même, lorsqu'ils entrent dans l'hôpital, lui en complet veston croisé d'une couleur indéfinissable, tenant du gris et du marron, elle dans une longue jupe en lainage gris et un corsage épais de couleur uniformément rouille des poignets jusqu'au cou, ils ne se distinguent en rien du commun des mortels. A la réception toutefois, lorsqu'ils se présentent, l'infirmière les dévisage avec curiosité : «Je vais prévenir le professeur...», dit-elle. Lorsqu'on lui annonce l'arrivée de Mme et M. Lynn, le patron va les accueillir à la porte de son bureau en frottant comme il en a l'habitude ses cheveux en brosse. En les voyant, il croit bon d'illuminer son salut d'un grand sourire. Mme Lynn a des yeux gris dans un visage harmonieux au modelé un peu mou : on dirait que sa peau blanche recouvre une chair pas très ferme. Mais dans son corsage rouille et sa jupe de lainage gris elle se tient raide comme la justice. Lui a les yeux bleus, le front étroit, les pommettes légèrement saillantes et d'assez grosses lèvres. Il n'est ni beau ni laid, probablement ni bête ni méchant. «Je vous ai demandé de venir, madame et monsieur Lynn, parce que je ne puis malheureusement quitter l'hôpital aujourd'hui. Mais je tenais à vous expliquer d'urgence et personnellement en quoi consiste l'exsanguino-transfusion. Vous savez que le cas de. votre petite fille est désespéré et que la seule chance que nous ayons de la sauver c'est de pratiquer cette opération. Elle est totalement indolore, ne présente aucun danger et ne peut avoir que d'heureux résultats. — Je sais», dit M. Lynn d'une voix calme et douce. Un peu trop calme, un peu trop douce. «Je sais, nous nous sommes renseignés. Mais Dieu a dit : «Tu ne prendras point le sang d'un autre être.» Le patron en reste pantois : «Il a dit ça ? — Oui. C'est dans la Bible. — D'accord, on ne doit pas prendre le sang d'un autre être. Mais dans une transfusion on ne le prend pas : ce sont de braves gens qui le donnent d'eux-mêmes. La preuve, c'est qu'on les appelle des «donneurs». — N'insistez pas, monsieur le professeur. Je ne veux pas que ma fille soit sauvée de cette façon. Si elle doit être sauvée, Jéhovah y pourvoira.» Le patron, devenu blême, se contient. Il sent que la colère n'arrangerait rien : «Bien. Je n'insiste pas. Mais je pense que vous voudriez voir l'enfant ?» Tandis qu'ils déambulent dans les couloirs de l'hôpital, M. Lynn explique au patron qu'ils appartiennent à une secte particulière de protestants rigoristes, les témoins de Jéhovah, qui prend la Bible pour seule règle de vie et l'applique au pied de la lettre. (A suivre...)