Presque deux milliards de dollars. C'est le coût du blé et de la poudre de lait importés pour la seule année 2012 qui n'a même pas achevé son premier semestre. C'est énorme. Et ça traduit surtout cette fatalité économique qui a fait de nous des vendeurs de pétrole et des acheteurs de nourriture. Jusqu'au jour où le tarissement des puits nous mettra en face d'une terrible réalité, conséquence de la facilité qui a régi la gestion nationale de notre économie. Deux milliards de dollars, il y a de quoi lancer de très sérieux projets d'investissement dans le monde rural, à condition toutefois que la cagnotte soit suivie avec le maximum de rigueur, ce qui relève encore de l'impossible quand on connaît tous les appétits voraces qui surgissent dès qu'un budget est lancé. Le scandale du PNDA a révélé des détournements faramineux qu'il a générés par le biais d'opérateurs fictifs : l'aubaine était trop grande et de faux agriculteurs se sont introduits dans le circuit pour se sucrer grassement avec la complicité et la bénédiction de très haut commis de l'Etat. Ainsi, le problème qui se pose, ce n'est pas tant le dégagement de gros crédits pour l'agriculture, mais leur itinéraire. Et si les pouvoirs publics arrivent à contrôler avec précision la destination de l'argent et son utilisation, ce serait salutaire. Mais tel n'est pas le cas et depuis la flambée du prix du baril de pétrole, l'on ne cesse d'adopter les solutions les plus faciles, celles-là qui consistent à soutenir les produits de large consommation en ayant recours à ces méthodes désuètes d'il y a trente-cinq ans. Pourtant, l'histoire nous enseigne de terribles leçons comme celle de 1986 quand le cours du pétrole s'est effondré à six dollars le baril, engendrant les conséquences dramatiques qui ont débouché sur les émeutes du 5 octobre deux ans plus tard. L'équation est donc d'une déroutante simplicité : il y a de l'argent et il faut impérativement investir dans les secteurs agricole et industriel en «boostant» réellement les PME/PMI. Pour cela, il faudra nécessairement «débureaucratiser» tout l'appareil administratif astreint à de grosses lourdeurs et surtout à une corruption largement entrée dans les mœurs. L'on parle de donner les terres cultivables en concession à des opérateurs étrangers supposés venir avec un savoir-faire et un machinisme que nous n'avons pas. Mais alors à quoi servent tous nos ingénieurs agronomes et ces diplômés de l'agriculture, de la biologie animale, de l'industrie alimentaire ? Pour l'anecdote, il existe des unités industrielles disséminées dans la région algéroise spécialisées dans la production de ships et appartenant à des Syriens qui, selon toute vraisemblance, n'ont eu aucune difficulté à s'installer alors que de jeunes diplômés Algériens ont lamentablement échoué dans toutes les tentatives d'ouvrir le moindre poulailler : faut-il donc appeler «investisseur» tout opérateur étranger qui vient fabriquer des amuse-gueules ou de la crème glacée alors que des nationaux peuvent aisément le faire ? Une autre anecdote. Dans l'est algérien, un jeune vétérinaire au chômage a fait des mains et des pieds pour monter une unité de production de poulets de chair dûment empaquetés avec toutes les règles d'hygiène. Refus sur toute la ligne. C'est un gros commerçant n'ayant rien à voir avec le métier qui a ouvert une unité. L'argent supplante le diplôme. Jusqu'à quand ? Enfin, de quoi je me mêle ? Khelli l'bir beghtah.