Résumé de la 28e partie n Le grand chambellan profite de la minorité de Kanmakân pour prendre le pouvoir. Le grand vizir Dandân n'y peut rien… Et, ayant cacheté la lettre, il la remit à l'eunuque de service, dont le premier soin fut de la donner en main propre au grand chambellan. Aussi à la lecture de cette déclaration, le grand chambellan écuma et tempêta et jura qu'il allait châtier le jeune insolent. Mais bientôt il songea qu'il valait mieux, pour ne point ébruiter l'affaire, n'en parler seulement qu'à son épouse Nôzhatou. Il alla donc trouver Nôzhatou dans son appartement et, après avoir congédié la jeune Force-du-Destin en lui disant d'aller respirer l'air dans le jardin, il dit à son épouse... A ce moment de sa narration, Schahrazade vit apparaître le matin et, discrète, se tut. Quand vint la nuit, elle dit : Le grand chambellan dit à son épouse Nôzhatou : «Tu dois savoir que le jeune Kanmakân a, depuis longtemps, atteint l'âge de la puberté, et qu'il se sent attiré par ta fille Force-du-Destin. Il faut donc les séparer désormais sans espoir de rencontre, car il est fort dangereux d'approcher le bois de la flamme. Désormais il ne faut plus que ta fille puisse sortir de l'appartement des femmes ou se découvrir le visage : car elle n'a plus dans l'âge où les filles peuvent sortir découvertes ! Et surtout prends bien garde de leur permettre à tous deux de communiquer, car je suis disposé, au moindre motif, à empêcher à jamais le jeune homme de se laisser aller aux instincts de perversité !» A ces paroles, Nôzhatou ne put s'empêcher de pleurer et, une fois son époux parti, elle alla trouver son neveu Kanmakân et le mit au courant de la colère du grand chambellan. Puis elle dit : «Sache pourtant, ô fils de mon frère, que je pourrai quelquefois te ménager des rencontres secrètes avec Force-du-Destin, mais à travers la porte seulement ! Sois donc patient jusqu'à ce qu'Allah te prenne en compassion !» Mais Kanmakân sentit toute son âme se bouleverser à cette nouvelle et s'écria : «Je ne vivrai point un moment de plus dans un palais où je devrais seul commander! Et je ne souffrirai plus désormais que les pierres de la maison abritent mes humiliations !» Puis sur-le-champ il se dévêtit de ses habits, se couvrit la tête d'un bonnet de saâlouk, jeta sur ses épaules un vieux manteau de nomade sans prendre le temps de faire ses adieux à sa mère et à sa tante, il se dirigea en toute hâte vers les portes de la ville, n'ayant dans son sac, pour toute provision de route, qu'un seul pain vieux trois jours. Et lorsque les portes de la ville furent ouvertes, il fut le premier à les franchir ; et il s'éloigna à grands pas en récitant ces strophes en guise d'adieu à tout ce qu'il venait de quitter : «Je ne te crains plus, ô mon cœur ; tu peux battre et rompre même dans ma poitrine, mes yeux ne sauront plus s'attendrir et en mon âme la pitié ne saura trouver de place. «Cœur alourdi par l'amour, ma volonté, malgré toi, ne fléchit pas et n'acceptera plus d'humiliation, mon corps dût-il fondre en entier de ma sévérité. «Excuse-moi ! A prendre pitié de toi, mon cœur, que deviendrait mon énergie ? Celui qui se laisse détourner par les yeux ardents n'a point ensuite à se plaindre de tomber, blessé à mort. «Je veux parcourir par bonds sauvages la terre sans bornes, la bonne terre large et maternelle à qui vagabonde, pour sauver mon âme unique de tout ce qui pourrait abolir sa vigueur ! «Je combattrai les héros et les tribus ; je m'enrichirai du butin fait sur tous mes vaincus ; et, puissant désormais de ma gloire et de ma vigueur, je reviendrai et toutes les portes s'ouvriront seules ! «Car sache-le bien, cœur naïf, pour avoir les cornes précieuses de la bête, il faudra d'abord dompter la bête ou la tuer !» (à suivre...)