InfoSoir : Existe-t-il un texte qui réglemente l'abandon? Nadia Aït Zaï : Il n'y a pas de texte qui réglemente l'abandon, il n'y a que la pratique héritée du temps de la période coloniale. Le côté juridique de l'abandon est le même depuis 1976 à ce jour à côté du code de la santé publique qui s'occupe du bébé et de sa mère. L'abandon chez nous est rodé et l'assistance fait bien son travail depuis l'acheminement du bébé de l'hôpital à la pouponnière, en attente de la kafala. Mais il faudrait que l'abandon fasse l'objet d'une loi. La prise en charge de l'enfant abandonné, a-t-elle changé ? Elle commence à entrer dans les mœurs des familles algériennes, le tabou est brisé et on ne prononce plus de mots avilissants pour désigner ces enfants mais on commence plutôt à les rechercher surtout les filles avec lesquelles le lien est généralement beaucoup plus fort. Y a-t-il du nouveau concernant la kafala ? Actuellement, la procédure de la kafala suivie de la concordance des noms, protège l'enfant contre toute situation qui peut le toucher et lui permet d'avoir une famille, un nom, l'avantage de vivre dans un milieu normal et être élevé comme les autres enfants. Mais le problème qui se pose, c'est que le lien de la kafala peut être précaire dans le cas d'un divorce ou de décès. Le problème se pose lorsque le père, après le divorce et par sentiment de vengeance envers sa femme, rend l'enfant à l'assistance sociale. Pis encore, en cas de décès, les héritiers n'acceptent plus l'enfant et des problèmes se posent pour l'héritage. Le lien de la kafala devrait être transféré à la maman au lieu des héritiers car la loi exige que les héritiers donnent leur avis. Il faut réadapter et reconstruire la kafala à la réalité sociale en apportant des solutions aux problèmes qui se posent. Depuis 1992, il n'y a rien eu de nouveau. Il faudrait que les ministères des Affaires religieuses, de la Justice, de la Solidarité et de la Condition féminine soient impliqués. Et pour les parents qui revendiquent que l'enfant soit porté sur le livret de famille ? Les parents veulent que la kafala et la concordance des noms soient portés sur le livret de famille. Pour ma part, je trouve que ça rassure davantage les parents du côté psychologique vis-à-vis de la société, de la famille et je ne vois pourquoi cette circulaire n'a pas encore été concrétisée. Le problème de la révocabilité de la kafala se pose également. Quand peut-on dire la vérité à l'enfant adopté ? On doit dire la vérité à l'enfant tout petit avant l'âge de 6 ans comme cela se fait à l'étranger car il est alors plus apte à accepter cette vérité. Les parents résidant en France se plaignent de la lenteur des procédures… La France n'a pas à poser de problèmes car on ne fait pas de l'exportation d'enfants comme ils le disent. Nous avons des êtres humains que nous respectons et que nous plaçons chez des familles. Nous leur disons également qu'il n' y a pas de trafic d'enfants abandonnés chez nous, comme ils le prétendent. *Directrice du Centre d'information et documentation sur les droits de l'enfant et de la femme. Lire dans notre édition de demain un dossier sur les pouponnières intitulé : «Le monde naturel des enfants».