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L'autisme : une pathologie récemment classifiée au niveau de la DAS
Considéré comme asthénie mentale ou handicap moteur
Publié dans La Tribune le 08 - 11 - 2009

De notre correspondant à Constantine
Nasser Hannachi
Indifférent au monde extérieur, l'enfant autiste défend sa bulle dans laquelle il vit afin d'y rester. Les troubles de cette maladie, dont la corporation se bat encore pour livrer ses origines, sont regroupés en trois domaines distincts : la socialisation, la communication et les comportements répétitifs.
Autant de facteurs sont avancés pour expliquer l'autisme (génétiques, anomalies fonctionnelles du cerveau, facteurs environnementaux…). Toutefois, cela s'apparente à une supposition loin d'être confirmée dans l'apparition de cette maladie. C'est pourquoi les médecins recommandent aux parents un diagnostic précoce avant trois ans puisque c'est à partir de là que la maladie prend naissance.
«Une intervention précoce permettrait d'éviter l'apparition de symptômes secondaires et de préparer les parents pour accompagner leur enfant au mieux dans son développement.», ainsi attestent les équipes médicales pluridisciplinaires. Une détection qui aura un avantage dans l'espace car, «confirmer l'autisme chez un bébé prédisposerait les parents à mieux se renseigner sur cette pathologie pour la cerner et procurer à leur enfant autant d'autonomie». Chose qui n'est pas aisée si l'on sait que les structures demeurent insuffisantes pour ne pas dire inexistantes. Le pavillon de la psychiatrie de djebel El Ouahch, qui avait mis sur place un pavillon en 2005 en vue d'interner des autistes, n'aura pas donné l'effet escompté.
Actuellement, on n'en compte pas beaucoup. Les parents se limitent à faire ausculter leur enfant pour le prendre eux-mêmes en charge. De plus, les deux centres pédopsychiatres à Daksi ne prennent pas en compte les enfants autistes au motif de ne pas disposer du même programme éducatif.
A vrai dire, la classification de la maladie n'est apparue qu'en 2007. Il est donc encore difficile d'établir des statistiques fiables sur le nombre d'autistes existants en Algérie (et à Constantine). Avant cette date, la Direction de l'action sociale octroyait des cartes mentionnant deux types de handicap : mental et moteur. L'autiste ne disposait pas de sa carte, «il était considéré comme malade mental», bien que le spécialiste au niveau de la psychiatrie de Djebel Ouahch confirme le bilan. Elle sollicite le wali pour un local en vue qu'y active à long terme WAFA une association qui allège le monde autiste à Constantine. En matière de prise en charge, il faut rendre hommage à l'association Wafa.
De fait, créée en 2004 à l'initiative des parents d'enfants autistes, elle s'est spécialisée dans la préoccupation de cette frange. «Au début, on visait beaucoup plus la sensibilisation et l'orientation des parents. Mais on a élargi l'action, car l'autisme requiert une prise en charge effective qui ne pourrait être assurée seule dans un centre. L'autisme nécessite un programme intensif et pluridisciplinaire. Le psychologue étant le substitut de la mère», devait avancer Mme Boufama, présidente de cette association qui a élu domicile au dernier étage d'une bâtisse à proximité de la cité Daksi.
Elle-même, dont l'enfant est autiste, atteste qu'il est impératif de multiplier de telles associations car «la prise en charge et le suivi au quotidien des autistes est lourd». Wafa regroupe actuellement 100 adhérents et près de 40 enfants dont l'âge se situe entre 3 et 12 ans. 15 parmi eux suivent des cours au quotidien dispensés par des éducateurs et des psychologues, tandis que les 25 autres sont suivis en ambulatoire. Par ailleurs, l'association accueille des patients des wilayas limitrophes comme Aïn Beïda, Tébessa, Khenchela…
Un parent de Ferdjioua a vendu même carrément sa maison pour venir s'installer à Constantine pour le bien de son enfant. C'est dire également que les autistes manquent cruellement d'espace spécifique. A cet effet, dira notre interlocutrice, «en tant qu'association, on veut surtout contribuer au travail de l'Etat qui se fait dans ce sens.
Cependant, on aspire à être réconfortés dans cette lourde tâche pour sauver, voire permettre aux enfants diagnostiqués à temps, de renouer avec une vie quotidienne plus ou moins autonome.
Cela dit, un apport sous quelque forme qu'il soit pourrait permettre à Wafa de consolider ses actions de prise en charge.» Dans le même contexte, la
présidente fera part des mannes financières qui lui ont été attribuées depuis 2006 jusqu'à 2009. L'APW a participé avec 11 millions de centimes une seule fois. «L'équipe du projet ONGII [que je remercie au passage], qui est formée d'Algériens et entrant dans le cadre des projets financés par l'Union européenne, aura permis à Wafa de se structurer en enrôlant du personnel et des outils pédagogiques. 80% du montant global du projet ont été ainsi assurés par l'Union européenne. L'association s'est engagée par 20% avec une contribution du wali qui avoisinait les 90 millions de centimes», précise notre interlocutrice. Tantôt elle avait les larmes aux yeux, tantôt le sourire surgissait pour briser le désespoir et continuer «ce combat» dans la prise en charge des autistes.
Il faut dire que cette première aide devrait être relayée sans quoi les malades seraient encore seuls en dépit de la présence familiale. Wafa, la seule association mécène à l'échelle de la circonscription, mérite une aide continue. A commencer par un local adéquat pour perpétuer l'activité en attendant des jours meilleurs. C'est-à-dire le traitement des malades… S'articulant sur le Centre de formation du personnel pour handicapés (CNFPH), Wafa assiste à des conférences et à des thèmes variés comme elle bénéficie du soutien indéfectible du responsable du centre pour initier son personnel.
La direction de la santé et de la population devrait en faire autant pour épauler l'association dans sa prise en charge de ce monde «mystérieux» des autistes à l'intelligence parfois impressionnante. L'autisme sortira de sa bulle avec le concours de tous les acteurs de la santé et de la multiplication des associations de ce genre. «On cherche à garantir à l'enfant des gestes autonomes : il saura comment s'habiller, comment traverser la rue et c'est le plus important.» «S'il est surdoué, l'autiste devrait essentiellement exceller dans ces gestes de tous les jours…», conclut la présidente de Wafa.


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