Des grèves, on en voit un peu partout, dans différents secteurs et avec différentes revendications. Mais elles ont toutes en commun la rupture du lien entre le sommet et la base qui n'arrivent plus à communiquer, dialoguer et débattre pour aplanir les différends et dénouer la crise. Très souvent, pour ne pas dire toujours, c'est le sommet qui, par son obstination à ignorer la base, pousse cette dernière dans ses derniers retranchements que sont la grève et les sit-in, avatars des barricades d'antan. Aussi, appartient-il à ces dirigeants trônant dans leurs tours d'ivoire, à l'abri de tout et de tous, d'en descendre de temps en temps, surtout quand les clameurs d'en bas leur parviennent, et voir ce que font ceux qu'ils ont délégués pour gérer et/ou administrer une institution. A fortiori quand les mouvements de grève deviennent récurrents. Car, cela ne peut vouloir dire qu'une chose : il y a malaise et péril en la demeure, qui nécessitent une intervention de la hiérarchie pour un arbitrage impartial en vue de trancher définitivement le nœud gordien. Mais si la tutelle s'obstine à couvrir les errements de ses représentants, la situation ne peut que virer au bras-de-force, avec toutes les dérives, les dépassements et les dommages qu'une telle attitude peut impliquer. C'est le triste sort que vit aujourd'hui le secteur de la culture où les deux écoles supérieures des Beaux-arts (Esba), et des Métiers et arts du spectacle et de la scène (Ismas) sont perclus par des administrations dont l'autoritarisme n'a d'égal que leur incapacité à élever le niveau de ces institutions au rang de véritables écoles supérieures des arts. Le comble est de voir le ministère de la Culture soutenir cette gestion et oublier les fondements de la pédagogie et les principes d'impartialité, d'équité et de justice qui doivent sous-tendre sa mission et sa position. C'est jeter le bébé avec l'eau du bain que de décider de fermer tout bonnement l'école qui pose problème. On ne peut, sous aucun prétexte, balayer d'un revers de la main les revendications socio pédagogiques des étudiants. Car, c'est les mêmes revendications qui reviennent aussi bien à l'Ismas qu'à l'Esba depuis plus d'une dizaine d'années. Les promotions qui s'y sont succédées et sont montées au créneau seraient-elles toutes constituées d'irresponsables et d'immatures, au point de se faire hospitaliser après une grève de la faim ? Quelles sont donc ces revendications qui fâchent ? De bonnes conditions de travail, de formation et de vie. N'est-ce pas là les conditions fondamentales pour une école supérieure ? Une double-tutelle des ministères de la Culture, et de l'Enseignement supérieur pour une plus large ouverture sur la post-graduation et le monde du travail. De nombreux instituts l'ont, pourquoi pas l'Ismas ? Enfin, une enquête sur l'administration de l'école et la gestion de son budget. Le ministère et l'Etat devraient être contents d'avoir des étudiants qui dénoncent les mauvais administrateurs. C'est à ces derniers que l'école, et même toutes les institutions, devraient être fermées. Sinon, à adopter la position du ministère de la Culture, on finira par verrouiller toutes les portes d'où sortiraient une réclamation ou une revendication. Et l'Algérie deviendra le pays de la culture du silence imposé. H. G.