«En acceptant d'aller au Mouloudia, j'avais privilégié l'argent à l'aspect sportif.» «Je regretterai toute ma vie de ne pas avoir joué à la JSK.» Dans cette troisième et dernière partie de l'entretien, Azizane revient sur ses expériences ratées au MCA et la à JSMB, sur son retour au premier plan au MOC et bien d'autres anecdotes croustillantes de ses années mouloudéennes. Ne pensez-vous pas que sans tout ce que vous aviez vécu dans votre vie privée vous auriez pu aspirer à une bien meilleure carrière ? Sans aucun doute. A l'époque, j'avais quand même le choix d'aller signer où je voulais. En une journée, j'avais pris un café avec Allik, déjeuné avec Hannachi et dîné avec Drif. Ceci pour dire que j'ai pu quand même me faire un nom à l'époque. Pourquoi avez-vous quitté l'USMH pour le MCA en 99 ? A cause de Laïb. On m'avait fait signer un contrat de trois ans en contrepartie d'un appartement que la direction avait eu en nom des victimes du terrorisme. C'était un droit absolu que je pouvais à l'époque revendiquer. Mais comme j'avais une confiance aveugle en Laïb, je l'ai laissé faire. Il avait octroyé un autre appartement à Ould Mata. Du coup, j'ai cru que Laïb avait procédé de la même manière avec moi ; or, c'est faux. Deux ans après, j'avais découvert qu'il m'avait fait signer, comme je l'ai dit, trois ans en contrepartie d'un appartement qui me revenait de droit. C'est là que vous avez décidé de partir ? Tout à fait. Je suis allé le voir et je lui ai demandé de me remettre à ma lettre de libération. Il m'avait répondu qu'il était impossible que je parte comme ça sans indemnités dès lors que le club m'avait octroyé un appartement en guise de prime de signature. Je ne voulais rien savoir. J'étais tellement dégoûté par ce que j'avais découvert qu'il m'était impossible de rester à cette époque. Deux ans avant, on m'avait refusé un transfert au Nasr Al Saoudi qui m'offrait alors un milliard pour un appartement qu'on m'avait offert au nom des victimes du terrorisme. Pour moi, c'était de la trahison. Je ne trouve pas d'autres mots pour qualifier ça. Finalement, il avait accepté de vous libérer… Je ne suis pas parti gratis, attention ! Le Mouloudia avait signé un chèque de deux cents millions à El Harrach en contrepartie de ma libération. Je suis parti en tout pour quatre cents millions si on y inclut les deux cents millions de ma prime de signature. Pourquoi avoir choisi le MCA plutôt que la JSK ou l'USMA qui étaient aussi sur les rangs ? On m'avait fait une meilleure offre. Cinquante millions de plus ! (La JSK et l'USMA lui avaient proposé 150 millions, ndlr). Je sais que Allik et Hannachi s'étaient entendus avec Laïb pour ma libération. Vu ma situation à l'époque, je ne pouvais pas me permettre de dire non à Djouad qui m'offrait cinquante millions de plus. Mon seul souci à ce moment-là était de sortir ma famille de cette misère dans laquelle elle végétait. Bien qu'avec un peu de recul, je le regrette un petit peu. J'avais privilégié l'argent à l'aspect sportif, ce qui fait que, sportivement, mon transfert au Mouloudia fut un échec. Qu'est-ce qui vous le fait dire ? Bah, c'est simple, au Mouloudia, mon niveau a régressé. J'ai été stoppé net dans ma progression. J'ai le sentiment que j'avais gâché deux ans de ma carrière. Heureusement qu'il y avait cette base sur laquelle je me suis appuyé pour rebondir une fois que j'avais décidé à quitter le Mouloudia. A quoi est dû cet échec ? C'était un tout. La preuve, je n'étais pas le seul à être parti sur un échec. Benzerga aussi. Djender, pour ne citer que ceux-là. Pour résumer la situation, au Mouloudia, il y avait un clan très influent que seuls qui y étaient le savaient. Un clan de joueurs ou de dirigeants ? Un tout. A l'époque, il n'y avait pas un seul président au Mouloudia. Djouad d'un côté, puis il y avait Marif, Chabane Lounès et les présidents des Comités de supporters. Chacun avait une douzaine de dirigeants derrière. C'était vraiment le b…, quoi. Ajoutez-y les joueurs qui colportaient avec des groupes de supporters dans les tribunes. Vous imaginez que lors de mon premier match avec le Mouloudia face à Jeanne d'Arc (Sénégal, ndlr) au 5-Juillet, tout le Flambeau m'insultait. Michel Renquin (ex-entraîneur du MCA 2000-2001, ndlr) était resté débutatif. Il m'a lancé : «Azizane, qu'est-ce qui se passe ?» J'étais resté bouche bée. Il m'avait relancé : «Si tu veux, je te remplace.» Je lui ai répondu : «Non, je joue !» Le match n'avait pas encore débuté et c'est toute une tribune qui t'insulte, y a qu'au Mouloudia que ça se passe. Vous pensez que les supporters qui vous ont insulté étaient manipulés ? J'en ai la conviction. Au Mouloudia, chaque joueur avait son groupe de supporters qui faisaient la pression dans les tribunes pour qu'il joue. Tout le monde le savait. Pis, un jour, j'avais découvert des amulettes (h'rouz, ndlr) dans mon cabas. Ali Lezoum était avec moi, il peut en témoigner. C'était de notoriété publique au Mouloudia à l'époque. Tout le monde connaissait les joueurs qui s'adonnaient à la sorcellerie. Vous voulez dire que s'en est là les raisons de votre échec au MCA ? Pas complètement, car je dois reconnaître que moi aussi, je n'étais pas à mon meilleur niveau. Mais il s'est passé tellement de choses que j'ai eu le sentiment après coup d'être parti au service militaire. Mes deux saisons au Mouloudia, c'était comme partir à l'armée ! Si c'était à refaire, partiriez-vous à l'USMA ou à la JSK ? En toute sincérité, j'aurais dit oui à la JSK. C'est le seul club que je regrette dans ma carrière du moment que tous les ingrédients étaient réunis pour que la réussite vienne au bout. C'est d'ailleurs pour ça que j'avais encouragé Hocine Gasmi, que Dieu ait son âme, pour qu'il signe à la JSK. Que s'était-il passé avec Merakchi à Bari? (Il rit) On était sortis Merakchi, Mezaïr, Saoula et moi assister à une animation sur la plage à Bari. Alors que toute l'équipe était à l'hôtel, on s'était faufilés dehors à l'insu du staff. Une fois sur place, Merakchi s'était mis à danser sur scène, tandis que nous on s'était attablés dans un coin. L'ambiance était à la fête, comme tu peux l'imaginer. Au bout de dix minutes, Saoula crie : «Kennaoui !» (entraîneur adjoint de U-23, ndlr) En réalité, il avait cru l'apercevoir et s'était mis à courir. Merakchi et Mezaïr le suivront dans la foulée. Les trois couraient comme des fous au milieu des tables alertant la police qui s'était mise à leur trousse. Moi, j'avais juste contourné les bungalows tranquillement après m'être assuré que ce n'était pas Kennaoui pour accéder à la réception de l'hôtel et de là à ma chambre. Je m'étais mis en short et j'avais feint de dormir. Eux ont fait tout le détour. Ils se sont couchés avec leurs fringues. C'est comme ça qu'ils se sont fait prendre. Lorsque le staff avait fait le tour des chambres, tout le monde était en pyjama, sauf nos amis. On avait donc décidé de nous sanctionner financièrement. C'est là que j'avais refusé de jouer. Je n'avais pas accepté qu'on me prive des primes de match. Voilà… On dit que vous n'arrêtiez pas de chambrer Kamel Kaci-Saïd au Mouloudia, c'est vrai ça ? Ce n'était moi, plutôt Fodil Dob. Il disait de lui qu'il s'était contenté de cirer le banc au Zamalek jusqu'au jour où Kaci-Saïd avait renversé la table sur tout le monde en plein dîner. Ce soir-là, on avait découvert l'autre facette du bonhomme. On a raconté que les joueurs ont combiné pour déloger Renquin, vous y étiez ? Non ! J'étais à la maison ce jour-là. Je n'ai pas été convoqué. Je me souviens que des supporters sont venus en bas de chez moi pour m'insulter, alors que je n'étais pas concerné par ce match. Pourtant, si je n'avais pas marqué à Annaba lors de l'avant-dernière journée, le MCA aurait rétrogradé. Ça, les supporters l'ignoraient. Par contre, je me souviens d'un match assez anecdotique quelques semaines plus tard. On avait joué le MCO ou l'ASMO, si ma mémoire est bonne. On nous avait communiqué trois équipes en une demi-heure ! Comment ça ? Bah, c'est simple, Heddane avait rendu son onze après le déjeuner. J'étais remplaçant. Lounici capitaine. Une fois au stade, Drif donne son équipe. Azizane dans les tribunes et Meraga fut nommé capitaine ! Quelques instants plus tard, on vient nous apprendre que la liste a été encore modifiée. Cette fois, j'étais mis dans le onze et Lazizi avait hérité du brassard. A ne rien comprendre ! Deux ans après, vous quittez le MCA pour signer au MOC lequel avait rétrogradé après un début pourtant prometteur. Pourquoi ? C'était à cause de Demigha. Il devait beaucoup de primes aux joueurs. Les bons résultats s'enchaînaient, mais les primes ne suivaient pas. Au milieu de la saison, la rupture était inévitable. On avait pourtant une très bonne équipe à l'époque avec Bouridène… Babouche… En effet. Un garçon très timide. Je me souviens très bien de ses débuts au club. Je l'appréciais bien à l'époque. Il me rappelait Mezouar que j'avais fréquenté en sélection. C'est moi qui lui rasais la moustache ! J'avais beaucoup insisté pour qu'il vienne à El Harrach. C'était un super joueur, mais qui avait quelque peu pris la grosse tête. Je me souviens qu'on s'était retrouvés lors d'un stage en sélection à Annaba où je l'avais surpris en train de se moquer de certains équipiers. Je n'ai pas du tout apprécié. On s'était même un peu accrochés. Je lui ai dit texto : «Si t'as quelque chose à leur reprocher, vas-y le leur dire en face.» J'ai horreur des gens hypocrites. Vous avez connu une autre déception avec la JSMB une année après, pourquoi ce choix ? J'ai été leurré. Benzekri m'avait appelé pour me dire qu'il me voulait dans son équipe à Béjaïa. J'ai dit OK ! Ce n'est qu'une fois que j'ai signé mon contrat que j'ai appris que la moitié de l'équipe a été renvoyée. Avec un tel effectif, il était impossible de faire grand-chose. Il y a eu quand même l'accession avec l'USMH en 2006, une sorte de consolation, non ? Oui, mais je n'ai pas aimé la façon avec laquelle Lefki gérait le club. Il n'avait aucune personnalité. Il avait limogé Angelescu alors qu'on avait terminé la phase aller champion d'hiver. J'avais fait de mon mieux pour convaincre les cadres de rempiler à l'intersaison et au final il a fait preuve d'une ingratitude sans pareille à mon égard. On avait dépensé 450 millions pour faire signer Ouahid, alors qu'on m'avait complètement ignoré. Ça, je ne l'avais pas accepté. C'est pour cela que j'avais demandé à partir.