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Réunion extraordinaire de l'Opep a Alger : La diplomatie algérienne gagne une nouvelle fois le pari
Publié dans Le Maghreb le 01 - 10 - 2016

Après plusieurs heures de négociations laborieuses à Alger, la réunion de concertation de l'Opep qui s'est transformée en réunion extraordinaire, est une "réunion historique",
a déclaré le ministre de l'Energie Noureddine Boutarfa, lors de la conférence de presse tenue à l'issue de la réunion.
La décision de réduction de la production permet à l'Opep de récupérer sa fonction de "monitoring" du marché pétrolier qu'elle avait perdu il y a longtemps, a souligné le ministre. M. Boutarfa a tenu à préciser que cette décision a été prise à l'unanimité.
Patiemment et habilement orchestrés avant et durant cette réunion, les efforts de l'Algérie pour aplanir les divergences au sein de l'Opep ont été unanimement salués par les pays membres.
"Je tiens à remercier le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, qui nous a accordé cette opportunité (...) pour parvenir à ces résultats historiques", a soutenu le président de cette organisation pétrolière, Mohamed Bin Saleh al-Sadda (Qatar) lors d'une conférence de presse conjointe avec le ministre de l'Energie, Noureddine Boutarfa, et le Secrétaire général de l'Opep, Mohamed Sanusi Barkindo, à l'issue d'une réunion qui a duré plus de six (6) heures.
"Grâce à une excellente concertation et compréhension entre les membres de l'Opep, nous sommes parvenus (...) à cibler une réduction à un niveau allant entre 32,5 millions de barils par jour (mbj) et 33 mbj et nous nous sommes mis d'accord de mettre en place un comité technique pour étudier les mécanismes de partage des quotas" entre les membres de l'Organisation, a précisé le ministre qatari du Pétrole.
La date de mise en oeuvre de cet accord sera fixée lors de la prochaine réunion ordinaire de l'Opep prévue le 30 novembre à Vienne.
Les pays membres de l'Opep ont aussi accepté que les cas de l'Iran, du Nigeria et de la Libye soient traités "de façon spéciale", a-t-il ajouté.
"Nous avons également demandé aux principaux pays de l'Opep de coordonner leurs efforts afin d'accélérer ce processus d'équilibrage (du marché) avec la participation d'autres pays producteurs en dehors de l'Organisation et qui ont montré leur volonté de coopérer pour stabiliser le marché", a encore expliqué M. al-Sadda.
Concernant la date d'entrée en vigueur de cet accord, une flexibilité a été accordée au comité technique. De son côté,
M. Boutarfa a mis en exergue le caractère "historique" de cette réunion de l'Opep qui vient de se réapproprier sa fonction de "monitoring" du marché pétrolier qu'elle avait perdue depuis plusieurs années.
"Il faut savoir que cette réunion, qui était au départ une réunion de concertation, s'est transformée en une réunion extraordinaire à laquelle des décisions sont prises. Aujourd'hui, l'Opep vient de prendre une décision historique", a déclaré le ministre.
"Cette décision, prise à l'unanimité, a pu être obtenue grâce au consensus entre l'ensemble des membres de l'Opep, alors qu'un grand travail de rapprochement a été fait", a souligné M. Boutarfa.
Par ailleurs, dans la déclaration finale de la réunion, l'Opep a salué "les efforts déployés par l'Algérie pour abriter cette réunion extraordinaire ainsi que le travail de préparation accompli par son ministre de l'Energie".
Ce document a aussi souligné les défis auxquels le marché pétrolier mondial a confrontés durant les deux dernières années aussi bien en matière d'approvisionnement que celle des prix.
"Le déclin dramatique des revenus des pays exportateurs (...) a mis en danger leur croissance économique", a également noté la déclaration finale de la réunion d'Alger.
Sur la base de ces observations et analyses, les membres de l'Opep ont aussi décidé de mener un dialogue sérieux et constructif avec les pays producteurs non-Opep en vue d'éviter des résultats négatifs à court et moyen termes, a conclu la déclaration.
La réunion informelle de l'Opep d'Alger, qui a abouti à la tenue d'une réunion extraordinaire laquelle a entériné la décision de la réduction de la production, est l'aboutissement d'un long processus de concertation initié par l'Algérie depuis même début 2015.
Prônant constamment une approche de coopération privilégiant la concertation et le dialogue entre l'ensemble des pays exportateurs, qu'ils soient membres ou non de l'Opep, l'Algérie a multiplié les démarches dans l'objectif de faire converger les positions.
Dans le cadre de ces efforts, M. Boutarfa s'était rendu notamment au Qatar, en Iran et à Moscou et s'était entretenu avec ses homologues saoudien, russe, iranien et qatari ainsi que le Secrétaire général de l'Opep, sur la situation du marché pétrolier.
A la veille de cette réunion, M. Boutarfa avait alors prédit qu'"il n'y aura pas d'échec" de la réunion d'Alger. Pari tenu.
Par ailleurs, le ministre équatorien des Affaires étrangères, Guillaume Long a souligné qu'il considérait la réunion "positive". "Il y avait des doutes avant cette réunion, qui en fait s'est déroulée de façon très satisfaisante". "Je pense qu'il y a un consensus entre tous les pays, que le marché en lui-même ne fait pas son travail de régulation, et qu'il fallait prendre certaines mesures", a-t-il observé, ajoutant que "les mesures prises paraissent correctes et nous avons pu échanger nos idées avec tous nos confrères des pays membres de l'OPEP". Il a ajouté que cette réunion avait permis d'envoyer un "signal assez fort" au marché afin de mettre un terme "un peu à ces spéculations nocives" pour les producteurs mais aussi pour les consommateurs, relevant qu'aujourd'hui c'est l'économie globale qui fait "un peu face aux conséquences de ce manque de stabilité dans nos pays.
Il a indiqué, avant-hier à Alger, qu'il fallait continuer à travailler avec les équipes techniques pour arriver à la prochaine réunion de l'OPEP (Vienne) à des résultats dans le même esprit que la réunion d'Alger.
"Nous allons continuer à travailler avec nos équipes techniques pour arriver à Vienne, à des résultats qui continuent dans le même horizon, afin de ne pas laisser le marché faire tout son travail, puisqu'il nous a quand même déçus les deux dernières années", a-t-il dit, dans une déclaration à la presse, au terme de ses entretiens avec le ministre d'Etat, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Ramtane Lamamra.
Il a exprimé, dans ce cadre, sa satisfaction quant à "la clarté" de la déclaration de la rencontre d'Alger, relevant qu'il y avait une marge sur laquelle "nous allons travailler techniquement, les semaines qui suivent". Il a expliqué que fixer la production de l'OPEP entre 32,5 et 33 barils millions /jour, constitue une réduction importante surtout si on prend en ligne de compte la croissance de 1,2% annuel de la demande de pétrole. Pour le chef de la diplomatie de l'Equateur, "ça fait quand même" huit ans, qu'il n'y avait pas eu de déclaration avec "cette force et ce consensus", notant que cela est "très important, donc on est ravis, et surtout (...) d'avoir une position commune au sein de l'OPEP, avec nos frères algériens". "L'Algérie et l'Equateur avaient une position commune durant toute la réunion d'hier et ça nous semble important. Nous pensons que cette réunion marque l'histoire une fois de plus et l'Algérie marque l'histoire des pays producteurs de pétrole et des pays membre de l'OPEP", a-t-il soutenu. M. Long a indiqué ne pas rechercher des prix comme ceux d'il y a deux à trois ans, "ce n'est pas ce que recherche l'Equateur", mais "nous cherchons une stabilité qui permet aux producteurs et consommateurs de savoir où nous en sommes et de prévoir tout ce qui concerne les investissements futures". "Avec l'instabilité actuelle, il ne peut pas y avoir de planification d'investissements", a-t-il soutenu.
La presse internationalE relève le caractère "historique" de l'accord d'Alger
La presse française paraissant avant-hier a relevé le caractère "historique" de l'accord des pays de l'Opep conclu mercredi soir à Alger lors d'une réunion extraordinaire qui a suivi une réunion informelle de cette organisation pétrolière. Cet accord porte sur la réduction de la production de l'Opep à un niveau oscillant entre 32,5 mbj et 33 mbj. "La décision de l'Opep va bien au-delà des attentes. Réunis de manière informelle mercredi à Alger, les pays exportateurs de pétrole sont parvenus à s'entendre sur une limitation de l'offre", a écrit le quotidien économique Les Echos, relevant que cette annonce "surprise" a fait bondir les cours du pétrole, qui se sont envolés de quelque 5% avec un Brent qui est repassé au-dessus des 48 dollars.
Le journal rappelle qu'avant la réunion d'Alger, les spécialistes relativisaient l'impact d'un gel sur les cours, "alors que de nombreux pays (dont l'Arabie saoudite et la Russie) n'ont jamais autant produit", citant en référence le patron du négociant Vitol qui estimait, dans une interview à Bloomberg, qu'un gel aux niveaux actuels "ne suffirait pas à faire remonter les cours", ainsi que le directeur de l'Agence internationale de l'énergie, Fatih Birol, qui avait déclaré qu'il n'attendait pas de rééquilibrage du marché avant la mi-2017.
Dans sa version électronique, le quotidien du soir Le Monde a qualifié pour sa part la décision de réduction de la production d'accord "historique", indiquant que la nouvelle "a immédiatement fait grimper les cours du brut qui ont clôturé en nette hausse à New York, alors que les marchés s'attendaient au contraire à ce que la réunion aboutisse à un constat de désaccord". Le journal cite des analystes qui estiment qu'un tel accord "ne change rien aux fondamentaux du marché, plombé depuis la mi-2014 par une offre excédentaire, fruit du boom des hydrocarbures de schiste américains et de la stratégie de l'Opep d'ouvrir à fond les robinets pour maintenir ses parts de marché".
"A Alger, les pays membres de (l'Opep) ont décidé de fermer légèrement les robinets dans le but de réduire l'offre d'or noir et soutenir les prix. Mais les observateurs préfèrent rester prudents", a estimé pour sa part Le Figaro, soulignant que "personne n'attendait un accord".
Pour le Parisien, qui s'est intéressé aux consommateurs, il a écrit "mauvaise nouvelle pour les automobilistes, alors que le Mondial de l'automobile ouvre ses portes à Paris du 1er au 16 octobre", relevant qu'à la "surprise générale", les pays producteurs de pétrole ont trouvé un accord pour réduire leur production "afin de faire remonter les prix de l'or noir".
Rappelant qu'une telle décision n'était pas intervenue depuis 2008, il s'interroge toutefois si l'Opep a changé de stratégie.
De son côté, Ouest-France a qualifié l'accord de "coup de théâtre", notant l'effet "surprise" de la décision. Pour lui, la décision de l'Opep est la "plus grosse" réduction de production depuis celle décidée après la chute des cours durant la crise de 2008, soulignant par ailleurs un "changement de cap" pour l'Arabie saoudite "qui refusait jusqu'ici d'envisager une réduction de sa production si les autres pays n'allaient pas dans le même sens".
De son côté, le président vénézuélien Nicolas Maduro, a affirmé que l'accord annoncé par l'Opep renforce le rôle de l'organisation sur le plan politique et économique mondial.
Il reflète les infatigables efforts déployés par le Venezuela depuis presque deux ans pour trouver un consensus afin de stabiliser le marché pétrolier (...) et renforce le rôle de l'Opep dans l'équilibre des forces économiques et géopolitiques, selon un communiqué signé par M. Maduro.
Le chef de l'Etat assure que les membres de l'organisation ont consolidé leurs positions durant le sommet des Pays non alignés qui s'est tenu du 13 au 18 septembre sur l'île Margarita (nord).
Au cours de ce sommet, M. Maduro avait plaidé pour un rapprochement entre l'Opep et les pays producteurs de pétrole, non membres de l'Opep.
Il se dit désormais convaincu de la possibilité d'établir une nouvelle alliance des grands pays producteurs.
Le Venezuela, qui possède les plus importantes réserves de pétrole au monde, a vu son économie sombrer avec la chute des cours du brut. Il affiche désormais la pire inflation au monde, attendue à 720% cette année par le FMI, et une pénurie touchant 80% des aliments et médicaments.


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