La crise que connait la ville d'Al-Hoceïma dans la région du Rif marocain et le mouvement de contestation pour son désenclavement continuent toujours d'alimenter les médias au Maroc marqué par des inégalités sociales et territoriales, sur fond de chômage élevé parmi les jeunes. Au lendemain d'un discours prononcé par le roi Mohammed VI, dans la ville d'Al Hoceïma, à l'occasion de la fête du trône, l'ambigüité règne toujours sur l'avenir de la ville au plan social, qui continue de la secouer ainsi que d'autres villes marocaines à travers un large mouvement de protestation. La situation que vit Al-Hoceïma n'a pas été, selon des médias, évoquée dimanche lors du discours du souverain marocain, laissant ainsi les espoirs de la population de cette région pour des mesures sociales et une grâce royale au profit des détenus du mouvement Hirak "anéantis". Tout au long de la semaine, des médias marocains avaient dit s'attendre à une grâce royale au profit des détenus du mouvement Hirak, notamment de ses principaux leaders, condamnés fin juin à des peines allant jusqu'à 20 ans de prison. Dans son discours prononcé dans la ville d'Al-Hoceïma, épicentre du mouvement de protestation aux revendications sociales et économiques qui a agité le pays en 2016 et 2017, Mohammed VI n'est pas revenu sur la crise qu'a connue la ville et ses environs, rapportent des médias. Le Maroc est marqué par de inégalités sociales et territoriales, sur fond de chômage élevé parmi les jeunes. En 2017, il a été classé 123e sur 188 pays au titre de l'indice de développement humain (IDH). Une étude publique récente de l'Observatoire national du développement humain sous le thème "Profil de la pauvreté des enfants au Maroc" a révélé qu'avec plus du tiers de la population âgée de moins de 18 ans la population marocaine est jeune. Ce "fort potentiel" risque de se transformer en bombe à retardement sociale au vu de la réalité socio-économique de l'enfance au Maroc, avertit l'étude.
Liste de grâce dépourvue de détenus du Hirak Malgré l'annonce dimanche d'une grâce accordée à plus de 1.200 détenus, des médias marocains ont assuré qu'aucun des détenus du Hirak ne figure sur la liste. Depuis octobre 2016 et la mort d'un vendeur de poisson broyé dans une benne à ordure, la vague de protestation de masse dans la région du Rif et dans d'autres villes marocaines n'a fait qu'augmenter. Environ 450 personnes, selon des associations, ont été arrêtées pendant les manifestations pacifiques parfois marquées par des heurts entre forces de l'ordre et protestataires. Pas moins de 54 militants de la contestation rifaine ont été condamnés par la Cour d'appel de Casablanca le 26 juin dernier à des peines allant jusqu'à 20 ans de prison à l'issue d'un procès de neuf mois dont l'équité est contestée, suscitant l'indignation de plusieurs ONG. Le leader du mouvement, Nasser Zefzafi, ainsi que trois autres meneurs, Nabil Ahmjiq, Ouassim Boustati et Samir Ighid, ont écopé de la peine la plus lourde pour "complot visant à porter atteinte à la sécurité de l'Etat". Nasser Zefzafi, 39 ans, avait été arrêté pour avoir interrompu le prêche d'un imam ouvertement hostile au mouvement Hirak dans une mosquée d'Al-Hoceïma. Depuis cette condamnation de détenus du mouvement Hirak, plusieurs villes marocaines vivent au rythme de manifestations pour dénoncer la mesure et appeler à la levée du "siège militaire imposé à la région du Rif" et au boycott de la "justice marocaine". Le 15 juillet, une marche nationale a été organisée à Rabat pour la libération des ces détenus. Les manifestants ont scandé des slogans hostiles au Makhzen, tels que "le peuple boycotte la justice", "non au siège imposé à la région du Rif" et "liberté aux détenus du Hirak". Le 8 juillet, une marche de la même envergure avait été organisée à Casablanca par le comité de défense et de soutien du mouvement Hirak et d'autres forces politiques marocaines, mobilisant des milliers de citoyens marocains indignés par le procès Hirak. Selon des chercheurs, le Maroc vit une situation politique et sociale "des plus instables", et il peine à améliorer les conditions socio-économiques des Marocains. Brahim Oumansour, consultant, analyste en géopolitique et sécurité internationale estime que le gouvernement marocain "semble avoir du mal à trouver des solutions durables pour redresser la situation du royaume" face aux revendications populaires, qui pointent du doigt "les carences de l'Etat marocain dans la gestion politique, sociale et économique dans la région du Rif".