Au 36e vendredi de son cheminement, le mouvement populaire du 22 février ne veut rien lâcher de ses exigences premières. Banderoles et pancartes déployées, des dizaines de milliers de manifestants ont, encore une fois, convergé vers le parcours habituel de la marche, à travers l'artère centrale de la ville qui s'étend du portail du campus Hasnaoua jusqu'au mémorial des Martyrs, sis à la sortie ouest de la ville. Dans le défilé et les carrés toujours aussi fournis et compacts, les chants habituels du Hirak revenaient en boucle, sur fond de slogans anti-système, tout en ayant en tête les évolutions sur la scène politique et médiatique. Une actualité qui offre toujours des sujets d'inspiration et des arguments aux manifestants pour se remotiver et garder la mobilisation intacte et à son plus haut niveau. La cause des détenus politiques et d'opinion est de celles que la rue continue à porter à bras-le-corps. « Libérez les détenus politiques et d'opinion ! » « Libérez vos otages ! » entendait-on fuser des carrés, reprenant le slogan entendu, lors du rassemblement de soutien aux détenus, organisé, dans la nuit de mercredi dernier, sur le parvis de l'ex-hôtel de ville. Hier, un hommage appuyé a été rendu au moudjahid Lakhdar Bouregaâ. Le nom du commandant de l'ex-Wilaya IV historique a été scandé en chansons et avec des mots empreints de lyrisme et d'émotion. Pour les marcheurs, le vieux maquisard qui croupit en prison et qui vient de se distinguer par sa répartie désormais célèbre, où il refuse de répondre au magistrat qui voulait l'interroger, est synonyme de courage, un exemple de résistance qui doit inspirer des vocations. L' homme n'a rien perdu de son altruisme révolutionnaire. C'est, en tout cas, ce qui est suggéré dans ce message : « Le courage de Bouregaâ montre les valeurs des hommes qui ont chassé le colonialisme français », a-t-on pu lire sur un carton porté par un jeune marcheur. « Pardon, M. Poutine, Bensalah ne nous représente pas ! », clame, par ailleurs, un manifestant sur une pancarte, faisant allusion à la vidéo diffusée par la chaîne TV Russia Today et montrant le Président intérimaire algérien faire un compte-rendu au Président russe, Vladimir Poutine, sur la situation politique interne de l'Algérie, en lui déclarant , en substance, que « la situation est maîtrisée (...) Seulement quelques individus continuent à marcher » et que « c'est la presse qui grossit les faits. » Une déclaration qui a été largement commentée aussi bien sur les réseaux sociaux que dans les rangs des marcheurs. « Que fait alors l'ambassadeur russe en Algérie? » s'interroge, avec étonnement, Belaïd, professeur de lycée à Aïn-el-Hammam. « Le rictus et le rire en coin de Poutine en disent long !», poursuit-il , suggérant que les Russes savent tout de la réalité et du bouillonnement de la rue en Algérie. Hier vendredi, un slogan est un cri de ralliement lancé à tous les « hirakistes » d'ici, pour rejoindre Alger, le vendredi du prochain acte de la mobilisation qui coïncide avec le 1er Novembre, date du déclenchement de la Révolution. Un rendez-vous dont on veut faire le début du compte à rebours pour les actions à venir visant à faire barrage à l'élection présidentielle du 12 décembre. S. A. M.