Les citoyens de la wilaya de Bouira ont apporté, hier, lors du 36e vendredi de marche contre le système, un démenti au chef de l'Etat par intérim, Abdelkader Bensalah, qui affirmait devant le président russe, Vladimir Poutine, que les Algériens sont une "minorité" à revendiquer le départ du système en place. Hier, ils étaient plusieurs milliers, plus de 100 000 selon des estimations officielles, à avoir battu le pavé. Une déferlante humaine s'est en effet abattue sur la ville de Bouira pour rejeter l'élection présidentielle du 12 décembre. Le moudjahid Lakhdar Bouregâa a été salué et ovationné par la foule, laquelle lui a rendu un hommage digne d'un héros national. D'ailleurs, des slogans tels que "Bouregâa président", "Lakhdar Bouregâa héros des deux révolutions", ou encore "Bouregâa nous te serons toujours fidèles", ont été scandés par les manifestants tout au long de leur procession. "Comme lui, nous n'abdiquerons jamais et notre révolution se poursuivra envers et contre tout", a affirmé Djamel Yahiaoui, ex-coordinateur du mouvement citoyen à l'échelle locale. Munis de banderoles et autres pancartes où étaient écrits entre autres "Libérez les otages", "Libérez la justice", les marcheurs ont sillonné les différentes artères de la ville de Bouira en scandant des slogans hostiles au pouvoir en place. "Nous voulons une justice juste et impartiale. Nos enfants n'ont commis aucun crime répréhensible par la loi. Leur seul et unique tort est d'avoir exprimé leur opinion quant au devenir de leur patrie. Cela fait-il d'eux des bandits ?" dira un manifestant. Les médias lourds, notamment l'ENTV et les chaînes de télévision privées, ont également essuyé les foudres des protestataires, les accusant de "mercenariat" et de "traîtrise" envers la cause de tout un peuple. "Où sont les journalistes, où sont leurs caméras ? Ils ont tourné le dos au peuple et ils devront répondre devant le tribunal de l'Histoire", soulignera Abderrahmane, un des leaders de la révolution citoyenne à Bouira. Une fois arrivés devant le siège de l'Autorité nationale indépendante des élections (Anie) locale, son coordinateur à l'échelle de Bouira, ainsi que les membres qui la composent ont été copieusement conspués par les manifestants. À 15h30, l'esplanade de la maison de la culture Ali-Zamoum était noire de monde. Les marcheurs ont observé une minute de silence à la mémoire des martyrs de la Révolution, tout en se donnant rendez-vous pour vendredi prochain, lequel coïncidera avec la date symbolique du 1er Novembre.