Par Ahmed Halli [email protected] Au vu de nos douloureuses exp�riences pass�es et pr�sentes qui ont valeur d'exemple, on aurait pu penser que nos chers voisins tunisiens allaient faire l'�conomie de nos turpitudes. H�las, il semble bien qu'ils aient d�cid�, � leur tour, de se familiariser avec nos plus grandes trag�dies et d'exp�rimenter nos pics d'intol�rance, de revivre en somme nos ann�es quatre-vingt-dix. C'est du moins l'impression que mes confr�res alg�riens gardent du paysage politique tunisien actuel, avec la �Nahdha� qui se r�v�le brutalement dans sa nudit� de loup, apr�s �tre entr� dans la bergerie d�guis� en agneau. Il est normal que les islamistes tunisiens et la violence de leurs actes et discours r�veillent en nous des r�miniscences tragiques. Les m�mes causes produisant les m�mes effets, � ce stade et � ce niveau, c'est tout naturellement que le �FIS� tunisien se d�voile, en attendant de voiler une partie notable de la soci�t�. Bien qu'ils paraissent mieux arm�s que nous pour lutter contre les diktats de l'extr�misme religieux, les Tunisiens ont raison de s'inqui�ter. D'autant plus que leur r�volution semble leur �chapper de plus en plus, pour tomber sous la coupe des caciques de l'ancien r�gime, prompts � lapider Ben Ali, l'homme qu'ils ont servi durant des d�cennies. S'ils n'y prennent pas garde, nos amis tunisiens finiront, comme nous, par faire du FIS sans l'ex-FIS, comme se plaisaient � l'appeler nos exorcistes d'Etat. Chez les �gyptiens, la situation n'est gu�re plus brillante, et la jeunesse qui a donn� son sang pour d�barrasser l'�gypte de la dictature observe, m�dus�e, la confiscation m�thodique de sa r�volution. Vendredi dernier, ils �taient des centaines de milliers � crier leur d�sappointement et leur col�re. D�sappointement devant la lenteur des autorit�s � op�rer des changements d'hommes et de structures h�rit�s de l'ancien r�gime. Col�re devant la mansu�tude des tribunaux � l'�gard des policiers qui ont abattu des manifestants et se retrouvent en libert�. Pendant que Moubarak lutte contre la maladie sur son lit d'h�pital, ses hommes s'efforcent de mener la contre-r�volution � bon port, avec les barons de l'ancien r�gime en guise d'�quipage. Comme les islamistes de Tunisie, le mouvement des Fr�res musulmans, revigor� par son nouveau statut d'interlocuteur privil�gi� des Etats-Unis, alterne promesses et menaces. Assur� d'une victoire �crasante aux prochaines l�gislatives, le mouvement promet de se contenter de la moiti� seulement des si�ges disponibles. Fort de son succ�s annonc�, il menace d'ores et d�j� de faire taire les voix discordantes, comme celle de Nadjib Sawiris, le patron d'Orascom. Le nouveau parti Libert� et justice, issu du mouvement, a accus� Sawiris de porter atteinte � l'Islam et aux musulmans, parce que sa cha�ne de t�l�vision O.T.V n'a pas fait une publicit� suffisante au congr�s constitutif du parti. Du coup, Mohamed Morsi, qui pr�side aux destin�es du parti Libert� et justice, promet de s'occuper du cas Sawiris, d�s qu'il aura acc�d� au pouvoir. Loin de toute cette agitation, les Alg�riens s'int�ressent � des sujets plus s�rieux comme le d�rapage moral et financier des exorcistes, la rivalit� entre chanteurs de ra�, ou pire encore, les dangers des mariages mixtes pour la s�curit� nationale. Avec l'approche du Ramadan, l'int�r�t pour la religion et certaines pratiques li�es � la foi vont aller crescendo, comme d'habitude. Le quotidien Al-Nahar fait �tat cette semaine des nombreux d�rapages li�s � l'exercice de la rokia et � la foi aveugle de certains na�fs et na�ves, en l'efficacit� des exorcistes. Le journal raconte le cas de cet exorciste qui a fait payer � un d�pressif la somme de deux millions de centimes pour le d�barrasser d'un djin �tranger qui s'�tait insinu� dans son organisme avec l'eau qu'il avait puis�e dans une mare stagnante. Le gu�risseur a offert � son patient une �eau b�nite� encore plus pollu�e que celle qu'il avait ing�r�e en m�me temps que le djin. Le na�f a fini � l'h�pital et son th�rapeute en prison, apr�s analyse de l'eau b�nite qu'il proposait � ses clients. Plus avis�, cet autre exorciste a eu recours au Viagra, mais pour lui-m�me afin de travailler dans la joie, sinon dans l'exultation, en tirant le maximum des corps et des portemonnaies de ses patientes. Suivent de nombreux autres exemples des pratiques criminelles qui posent le probl�me de l'avanc�e fulgurante de ces pratiques au d�triment de la m�decine moderne. Pour le journal, tous ces d�rapages sont le fait de praticiens ill�gaux de la rokia. Question : qui d�livre les autorisations l�gales pour ce genre d'exercice de la m�decine alternative, et sur quelles bases ? Voyons � pr�sent les bonnes nouvelles : Mohamed Belkhayati, le chanteur ch�lifien, ou si vous pr�f�rez �Asnami�, est accueilli � son tour par Echourouk, quelques semaines apr�s son rival Azzedine. Ce dernier avait trait� Belkhayati de vieux lion �dent� qui ne fait que rugir, et avait insinu� que son seul talent r�sidait dans les multiples mariages qu'il avait contract�s en Alg�rie et ailleurs. Cette semaine, Belkhayati confirme les multiples et orageuses relations conjugales sugg�r�es par Azzedine. Il s'est mari�, tout au long de sa vie mouvement�e, avec dix-huit femmes, dont il a eu 29 enfants. Quant � l'affirmation du �Cheb� Azzedine, selon laquelle Belkhayati aurait �t� son ma�tre dans le domaine de la chanson, il la r�fute. �Je refuse d'�tre qualifi� comme son ma�tre par un chanteur rat� comme Azzedine. Cela ne peut que nuire � ma bonne r�putation d'�tre consid�r� comme le ma�tre de ce type�, dit-il. Quant aux raisons de son manque de succ�s, et notamment ses rares apparitions sur les �crans de la t�l�vision, il les attribue � des choix politiques. �J'�tais meilleur et j'avais plus de succ�s que Rabah Driassa, mais l'entourage de Boumedi�ne a persuad� le pr�sident de choisir Driassa. C'est ainsi que ce dernier est devenu leur chanteur attitr� � mon d�triment�, a-t-il ajout�. Autre bonne et surprenante nouvelle, Khaled, le �King� qui chante �Oran�, comme personne et je suis sinc�re, s'arr�te de boire. Ainsi donc, le �Cheb� buvait, quelle horreur ! Et nous n'�tions pas au courant. Mais le quotidien Echouroukqui annonce l'�v�nement semble lui avoir accord� l'absolution. Car dans ce pays, il ne faut pas avoir honte d'avoir bu, mais de boire encore, la repentance valant une gr�ce amnistiante. Khaled, toute honte bue et tous liquides avec, renonce enfin � consommer de l'alcool par �gard pour sa prog�niture, et on le comprend ais�ment, vu les �carts o� peut conduire l'ivresse. Il nous annonce aussi qu'il va prochainement chanter avec le fils d'Enrico Macias, ce qui ne va pas sans interpeller nos consciences patriotiques. Il n'y a pas si longtemps, Idir avait �t� �allum� par une partie de la presse bien-pensante parce qu'il avait chant� avec Enrico Macias. Et l�, on nous apprend en manchette que Khaled va chanter avec le fils du susnomm�. Il y a comme un tabou qui saute, et c'est tant mieux, mais il reste cette impression de g�ne tenace, comme lorsqu'on est en face d'un syst�me � deux poids et deux mesures. A moins de se r�signer � l'id�e que la fin des tabous, tout comme le salut, ne peut venir d�sormais que de l'Ouest.