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L'entretien de la semaine Dr Mustapha Zebdi, Président de l'Association de protection et d'orientation du consommateur et son environnement (Apoce), au soirmagazine :
«Il faudrait contrôler et réguler la marge bénéfic
Dans cet entretien, Dr Mustapha Zebdi, président de l'Association de protection et d'orientation du consommateur et son environnement (Apoce), explique les appréhensions concernant la loi de finances 2017 et ses répercussions sur le pouvoir d'achat des Algériens. De même qu'il met en exergue les changements de comportement du consommateur qui pourront en découler. Soirmagazine : Dans quelques jours la loi de finances 2017 sera signée et devra entrer en application. En tant qu'organisation des consommateurs, quel regard portez-vous sur ce texte ? Mustapha Zebdi : L'Association de protection et d'orientation du consommateur et son environnement (Apoce) a fait appel à des experts pour nous donner une vision plus précise de ce texte car en simple citoyen ou consommateur, je ne pourrai pas avoir un avis documenté. Et le constat qui en ressort est le même que celui dressé et rapporté par les médias. Les algériens devront payer plus cher certains produits, notamment du fait de deux points de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Cela signifie clairement qu'une hausse des prix généralisée de nombreux produits de large consommation sera appliquée. Il y a aussi l'augmentation du prix des carburants de 4 DA par litre à la pompe pour l'essence super et le sans plomb. Ce qui fait qu'en deux ans, les prix des carburants ont augmenté de plus de 40%. Il y a aussi le prix des pneus et celui des tabacs. A titre indicatif, la taxe sur le prix des pneus passe de 5 DA à 450 DA pour les véhicules de tourisme et de 10 DA à 750 DA pour les poids lourds. Ceci sans oublier le prix de l'électroménager, d'internet et des communications téléphoniques. Selon vous, le comportement du consommateur va-t-il changer ? Les consommateurs algériens n'ont pas attendu l'année 2017 pour commencer à changer de comportement. Il ne faut pas oublier qu'il y a eu une première augmentation lors de la loi de finances 2016. Déjà durant l'année écoulée, nous avons enregistré à notre niveau une autre façon d'acheter. En considérant la hausse des prix de certains produits et la dévalorisation du dinar, les Algériens ont adopté une autre façon d'acheter. Nous avons pu, à travers les réseaux sociaux, nos conversations téléphoniques avec les familles et les enquêtes menées auprès des consommateurs, constater notamment la baisse des achats en grande quantité. Les Algériens n'achètent plus de grandes quantités (el aoula) pour les stocker mais plutôt de façon quasi quotidienne, au besoin, ou bien hebdomadaire. L'achat en grande quantité, fruits et légumes compris, devient un phénomène exceptionnel. Nous avons, aussi, constaté qu'il n'y pas de diversification dans les fruits ou plutôt ils n'en achètent quasiment plus. Ils s'orientent vers la consommation du yaourt qui a augmenté, à titre d'exemple. Nous avons, de même, remarqué, que les Algériens consomment de moins en moins de viande rouge et s'orientent plus vers la viande blanche. Et selon certains commerçants, leur chiffre d'affaires a baissé que ce soit dans l'agroalimentaire ou l'habillement. Actuellement, et depuis l'annonce de certaines augmentations de taxes, il y a aussi un bouleversement dans le marché. Qu'en pensez-vous ? Le constat qui s'impose de façon saisissante est celui de l'électroménager. La loi de finances impose une nouvelle taxe d'efficacité énergétique sur les appareils importés ou fabriqués localement fonctionnant avec l'électricité, le gaz ou autres produits pétroliers. Ils verront leur prix augmenter d'au moins 30%. Ce qui est malheureux, c'est de voir l'augmentation phénoménale de ces produits sur le marché alors que les modalités d'application n'ont pas été encore connues. A titre d'exemple, nous avons constaté qu'il n'y a plus d'imprimantes à vendre sur le marché car elles ont été stockées pour ne pas être cédées au prix actuel. Donc, elles ont été entreposées pour qu'elles soient remises sur le marché avec un prix excessif, et de cette façon la demande va diminuer car il ne faut pas oublier que le prix de la cartouche est élevé. Ce genre de comportement est indigne de la part du commerçant qui est loin d'être honnête. Dans un autre segment, celui du tabac, nous faisons le même constat. Même si, au sein de notre organisation, nous n'encourageons pas sa consommation, il faut signaler cependant qu'il y a un abus de la part des buralistes. En effet, la loi de finances prévoit que la taxe sur les tabacs bruns passe de 1040 à 1240 DA le kilogramme. Cela signifie que le paquet de cigarettes devra normalement augmenter de 40 DA et ce prix variera selon les diverses marques distribuées sur le marché national. Cette augmentation est déjà là et existe avant même que la loi de finances ne soit signée. Donc, il y a aussi la responsabilité des commerçants et des opérateurs dans l'érosion du pouvoir d'achat... Oui, tout à fait, c'est une réalité bien amère. Il faudrait que les opérateurs publics mettent en place des mécanismes de réglementation pour qu'il n'y ait pas de marché sauvage. Il faudrait aussi contrôler la marge bénéficiaire des commerçants. Sans ce contrôle et cette régulation, producteurs et consommateurs seront toujours pénalisés et auront beaucoup à perdre. Il faudrait qu'il y ait une traçabilité des produits et des prix avec un contrôle rigoureux. Il reste, aussi, certains points non éclaircis dans l'application de la loi de finances 2017. Avez-vous proposé des mesures ? Tout à fait. Il y aura aussi d'autres services qui seront augmentés, mais il demeure encore difficile de les calculer tant que l'entrée en vigueur des nouvelles taxes n'a pas été déterminée avec précision. Nous craignons notamment pour internet et les communications téléphoniques qui vont encore augmenter en 2017. Il est prévu à notre connaissance une hausse de 7% pour la téléphonie mobile et de 12% pour internet. Nous suivons avec beaucoup d'appréhensions la répercussion de ces augmentation par les opérateurs de téléphonie mobile et Algérie-Télécom. Je répète que le constat est tout de même là, le pouvoir d'achat d'un Algérien moyen va beaucoup baisser, surtout si la dévalorisation du dinar se poursuit.