Grave dérapage cathodique. L'ancien chef de l'AIS, Madani Mezrag, qui a toujours du sang sur les mains ose une sortie inédite. Bien plus qu'une sortie, c'est un défi qu'il lance au président Bouteflika qui a été on ne peut plus catégorique quant au sort du parti que cet ex-terroriste «en activité» et ses sbires qui se réunissent dans les maquis veulent lancer. Conscient sans doute que son projet mort-né n'aboutira sûrement pas, cet ex-chef terroriste veut faire le buzz. Il procède, via la chaîne islamiste El Watan qui lui a tendu son micro, carrément par l'outrage. «Le Président est dans un état qui ne lui permet pas de prendre des décisions. Il s'était déjà trompé sur notre compte en 2009 dans un discours à Oran. Notre réponse a été très forte, et aujourd'hui le Président refait la même chose. Quels que soient la partie ou le conseiller qui est derrière, il nous oblige à lui répondre avec virulence», ose-t-il déclarer, avant de «menacer» carrément le chef de l'Etat, appelé à «revoir» sa décision. «S'il ne revoit pas sa position, il va entendre de ma part ce qu'il n'a jamais entendu auparavant». Un outrage passible de prison. La fin de non-recevoir du Président, opposé aux agitations de ce «repenti» qui voit ainsi son rêve de créer un parti brisé, l'a sorti de sa tanière pour s'agiter davantage à la veille de la commémoration du 27e anniversaire des évènements d'Octobre 88, qui ont abouti au multipartisme qui lui a permis d'embrasser une triste carrière politique, brisée subitement par les dispositions de la Charte pour la réconciliation nationale. Non seulement ce terroriste, qui avait déjà en 2006 affirmé fièrement avoir tué des innocents algériens de ses «propres mains» se contredit à longueur de ses errements, mais il croit encore à l'avènement de son parti politique : «Nous allons présenter un dossier complet au ministère de l'Intérieur et nous allons obtenir l'agrément», a affirmé Mezrag qui pousse le bouchon encore plus loin en déclarant que «celui qui va me donner des ordres n'est pas encore né». Usant à tout-va de propos mensongers, l'ex-chef de l'AIS se pose même en «victime expiatoire» et affirme que le parti dissous n'est pas responsable de la tragédie nationale qui a coûté la vie à près de 200 000 Algériens. «On n'est pas responsable de la tragédie nationale. On est des victimes. Le peuple nous a choisis, on est arrivés au pouvoir et ils se sont retournés contre nous avec les armes (...) On n'est pas responsables de la crise, ceux qui ont plongé le pays dans un bain de sang sont toujours au pouvoir», accuse-t-il encore, comme si c'est l'Etat qui a déclaré la guerre aux Algériens de Bentalha, de Raïs ou de Aïn Defla. Evoquant l'accord signé par l'AIS avec les autorités, Madani Mezrag affirmera que ce dernier l'a réhabilité «totalement» lui et ses acolytes, alors que la Charte pour la réconciliation nationale dans son article 26 est là pour témoigner du contraire. Pour ce triste sieur, l'accord en question a été «annoncé à la télévision», car tout leur est permis. Il s'appuie sur Ali Benflis, qui lui aurait assuré que «le décret du Président vous a tout restitué». C'est-à-dire les droits civiques et politiques. Cet ex-chef terroriste qui justifie en plus l'insurrection du Fis en 1991 ose également affirmer que lui et ses sbires n'avaient pas d'armes et ne faisaient que se défendre lors de la décennie noire. «Nous n'avions pas d'armes et nous n'avions pas de projet djihadiste, nous ne faisions partie d'aucun mouvement armé takfiriste ou extrémiste. Nous avons fui dans les maquis avec nos ‘'soldats'' pour nous protéger, nous défendre, protéger nos vies». Autre mensonge. Pourquoi alors évoquer ses sbires en termes de ‘'soldats'' si réellement ils n'avaient aucun projet djihadiste ni takfiriste ? En 2006 déjà, au lendemain de la signature de l'accord, il avait nié être un «repenti» et continuait à bomber le torse en disant avoir mené une guerre : «Je ne suis pas un repenti. J'ai mené une guerre juste et j'ai passé un accord, les armes à la main, avec l'état-major de l'armée», avait-il alors déclaré. Tout récemment, sur une autre chaîne, El Arabia pour ne pas la nommer, il affirmait «ne rien regretter» de ses actes barbares, allant même jusqu'à décrire le râle de ses victimes lorsqu'il les «achevait».