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«Nous manquons de tout»
LES CITOYENS DE BAB EL-OUED EN COLERE
Publié dans L'Expression le 15 - 11 - 2001

Depuis samedi dernier, Bab El-Oued offre un spectacle de désolation et un décor apocalyptique. Le quartier est endeuillé, blessé au plus profond de lui-même. Mais aussi en colère, très en colère.
Que se passe-t-il à Bab El-Oued? Pourquoi ce sentiment d'abandon, d'isolement, qui y règne au moment où plusieurs voix s'élèvent pour exprimer leur solidarité et leur peine, après la catastrophe naturelle? Que n'a-t-on pas fait ? Que devrons-nous faire afin de maîtriser une colère qui risque de mener le pays tout droit vers une explosion sociale? «Aujourd'hui, c'est trop tard. Vous auriez pu sauver des vies, samedi matin lorsque la population vous a appelés désespérément à l'aide... Ce jour-là, vous avez préféré rester dans vos casernes», a explosé, hier, une sexagénaire contre un groupe de la Protection civile qui s'apprêtait à prendre le relais pour poursuivre les opérations de déblayage au niveau du marché Triolet enseveli sous des tonnes de boue, mais aussi de bus et de voitures charriés par les pluies torrentielles.
La Protection civile a-t-elle tardé dans son intervention? A-t-on déployé tous les moyens le jour de la catastrophe? Ces questions se posent aujourd'hui avec insistance dans le sens où le sentiment exprimé par cette vieille dame est ressenti par l'ensemble de la population. M.Ben Amar, vice-président de l'APC de Bab El-Oued, nous a même déclaré que «les pertes humaines auraient été moins importantes, si la Protection civile était intervenue plus rapidement». Les citoyens nous ont même affirmé avoir alerté la Protection civile samedi à 2 heures du matin au sujet des inondations, alors qu'elle n'a été dépêchée qu'à 8h30. Sur le terrain, le jour de la catastrophe, un manque flagrant d'effectif, de moyens de secours dépêchés à El-Kettani, Triolet et Trois-Horloges a été constaté. «Nous manquons de matériel de base tel que pioche et corde», nous révèle un agent de secours à Triolet. S'agit-il d'une mauvaise gestion des secours? Les responsables concernés étaient-ils conscients de l'ampleur de la catastrophe? Des questions auxquelles ce corps devra donner des explications du moins pour apaiser, un tant soit peu, le sentiment d'abandon au sein de la population.
Et puis, il y a aussi la colère contre les responsables locaux qui, selon les citoyens, assument une part de responsabilité dans cette catastrophe. «Ils devront tous être jugés pour leur négligence», s'écrie une sinistrée placée à l'APC de la circonscription. Pour la population, l'éviction du maire n'est pas suffisante «puisque ses mains sont tachées de sang». «C'est un cadeau pour lui. Belamane ne pouvait espérer mieux», nous fait remarquer un groupe de sinistrés habitant un immeuble de la rue Mahieddine-Kouba aux Trois-Horloges. Il menace ruine depuis 20 ans. Les familles devaient être relogées depuis 1989. «Le maire a vendu nos logements à ses connaissances», rétorquent-ils.
Les autorités publiques semblent être absentes de ce quartier populaire. A se demander si elles sont au courant que des sinistrés s'entassent à la mosquée Es-Sunna, à l'APC de Bab El-Oued et à l'école El-Kenzy? Jusqu'à hier, aucune denrée, ni couverture, ni matelas n'ont été acheminés vers ces endroits. «Aucun responsable n'est venu s'enquérir de notre situation. Ecrivez, dites-leur qu'on existe», nous apostrophe une dame.
Les associations de bienfaisance et la solidarité citoyenne remplacent l'Etat, mais cela n'est pas suffisant.
Bab El-Oued est endeuillé et blessé au plus profond de lui-même. Mais le quartier est en colère, très en colère... Et sa population calme et sereine refuse d'être manipulée. «Pas cette fois-ci, nous dira un jeune. La catastrophe est naturelle et je ne suis pas en colère contre Dieu, mais contre des responsables qui ont mal géré l'APC et qui l'abandonne aujourd'hui. Nous ne verserons pas dans la violence. Beaucoup de sang a coulé depuis dix ans.» Son opinion est revendiquée par les citoyens de Bab El-Oued qui ne demandent, aujourd'hui, qu'à être entendus et compris. C'est la moindre des choses qu'on puisse offrir à une population meurtrie par une catastrophe naturelle et une négligence humaine.


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