Un juge chiite a été assassiné hier à Bagdad alors que la tension monte à l'approche du scrutin. à J-5, la situation reste très incertaine et très tendue en Irak où se sont multipliés, outre les attentats ciblés contre les chiites, les menaces et les intimidations contre la population irakienne en général pour la dissuader d'aller voter. Le chef d'Al Qaîda en Irak, Abou Moussab Al- Zarqaoui, qui a déclaré une «guerre farouche» contre les chiites, est entré en action en multipliant les attaques contre cette communauté. Hier, c'est un juge chiite qui a été assassiné, de même que son beau-frère qui l'accompagnait, par des hommes armés qui se trouvaient à bord d'une voiture. Ceux-ci, une fois leur forfait accompli, se sont mis à crier: «C'est ce qui va arriver aux traîtres chiites», mettant ainsi à exécution les menaces d'Al-Zarqaoui au risque d'ouvrir une fitna entre les deux communautés religieuses irakiennes. D'autre part, dix centres de vote ont été attaqués hier, dans plusieurs villes au nord de Bagdad, attaques revendiquées, dans des tracts distribués à Tikrit et à Samara, au nom de l' «organisation d'Al Qaîda aux pays des Rafidaïn» (ancien nom de la Mésopotamie) groupe d'Al-Zarqaoui. Cette attaque contre les centres et bureaux de vote sonne comme un avertissement pour tous ceux tentés d'aller accomplir leur devoir électoral dimanche prochain. Il ne fait pas de doute que cette tendance aux menaces et intimidations ira en s'amplifiant à l'approche du scrutin. C'est dans cette situation marquée par l'insécurité et, partant, peu propice à l'organisation d'une consultation électorale, qui engagera sur le long terme le destin des Irakiens, que ces derniers sont appelés à voter dimanche prochain. Or, à cinq jour de ce scrutin, les choses loin de s'améliorer tendent à se compliquer avec les prises de position sans équivoque des Kurdes qui veulent mettre à profit ces élections pour rendre la situation née de la guerre du Golfe de 1991, -qui a donné aux Kurdes une totale autonomie par rapport au pouvoir central- irréversible. Les Kurdes les seuls, en fait, à militer pour un Irak fédéral, menacent en effet de bloquer la future Constitution permanente -que doit mettre au point l'Assemblée transitoire qui sera élue le 30 janvier- si celle-ci ne prend pas en compte les articles de l'actuelle loi fondamentale qui fait la part belle aux Kurdes, qui prévoit en effet que la future Constitution doit être validée par un référendum, et la loi fondamentale sera annulée si les deux tiers des votants se prononcent contre le texte dans trois des 18 provinces irakiennes. Ce qui correspond aux trois provinces kurdes d'Erbil, Dohouk et de Souleymaniyah. Ce qui pourrait être également le cas pour les quatre provinces sunnites du nord de l'Irak qui pourraient elles aussi faire opposition à la nouvelle Constitution. Dans ses déclarations à une agence de presse internationale, le numéro deux du parti de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK de Jalal Talabani) Noshiwan Mustafa, annonce la couleur en affirmant «il y a trois lignes rouges pour nous» confortant de fait les suspicions faites quant aux intentions des Kurdes de faire sécession. Selon Noshiwan Mustafa, «si les Arabes n'acceptent pas le principe du fédéralisme, alors nous ne serons plus Irakiens ; s'ils instaurent un régime théocratique, nous ne serons plus Irakiens ; enfin, les territoires kurdes (allusion à la province et à la ville de Kirkouk qui a déjà été l'objet d'affrontements sanglants l'an dernier) doivent être rendus au Kurdistan». Un programme de revendications qui dit les intentions des Kurdes irakiens, même si le vice-président de l'UPK atténue ses propos en déclarant: «Nous pensons que l'époque des micro-Etats est révolue. Continuer à faire partie de l'Irak, voilà ce qui est profitable aux Kurdes». En fait, faire partie de l'Irak, sans en subir le pouvoir, satisfait pleinement les Kurdes, qui vivent quasiment indépendants de Bagdad depuis 1991, sans avoir par ailleurs, à affronter le puissant voisin du Nord, la Turquie, qui du fait de son propre dilemme kurde, s'oppose à la partition du territoire irakien et singulièrement à l'érection d'un Etat kurde indépendant. De fait, outre les problèmes de violence auquel il devra faire face rapidement, le prochain pouvoir - promis aux chiites, grands favoris du scrutin - aura également à affronter une situation politique complexe dont les ambitions affichées des Kurdes, les refus des sunnites, -n'en sont pas les moindres-, pourront ouvrir la voie à une guerre civile en Irak. De fait, alors même que les élections ne se sont pas encore tenues, les embûches s'accumulent sur la route du pouvoir irakien qui sera issu du scrutin du 30 janvier.