L'ensemble de la classe politique s'est clairement positionné en faveur de la participation au rendez-vous électoral du 23 novembre prochain La persévérance du chef de l'Etat, qui croyait dans son action réconciliatrice en direction de la classe politique, a fini par vaincre les réticences des politiques les plus sceptiques. Evénement politique majeur de la rentrée, la présentation par le Premier ministre du plan d'action du gouvernement, met en sourdine un autre épisode tout aussi crucial de la vie de la nation. Il s'agit, on l'aura deviné, des élections locales, les premières sous l'ère de la nouvelle Constitution. Ce scrutin est capital, non pas parce qu'il intervient à mi-chemin du mandat présidentiel, qui fait déjà couler beaucoup d'encre, mais surtout en raison du consensus parfait, dont il fait l'objet au sein du paysage partisan. En effet, l'ensemble de la classe politique s'est clairement positionné en faveur de la participation au rendez-vous électoral du 23 novembre prochain. Une fois n'est pas coutume, depuis l'ouverture démocratique, c'est bien la première fois que le mot «boycott» ne soit prononcé par aucun acteur politique. Si pour les autres scrutins, il se trouvait au moins une formation politique ou deux à choisir la voie de l'abstention pour des raisons politiques, cette option n'a été prise par aucun parti. Personne n'a brandi la menace du boycott à l'appui de revendications supposées améliorer la transparence du vote. On retiendra également dans cette nouvelle posture de la scène nationale, le retour aux urnes d'une des formations les plus réfractaires à la démarche réconciliatrice du président de la République. Le Mouvement démocratique et social (MDS) qui s'est longtemps distingué comme le parti anti-intégristes par excellence et refusait le droit aux islamistes de participer aux élections, et partant pour les prochaines élections locales, quelques mois après avoir pris part aux dernières législatives. Le cas du MDS est, en effet, significatif de l'évolution de la scène nationale qui semble avoir finalement saisi l'importance de l'acte électoral dans l'édification d'une société démocratique au sens plein du terme. Ce résultat historique, dans le processus de construction d'un Etat de droit, n'est pas né du hasard mais est le fruit d'un long et méticuleux processus de réformes politiques profondes qui a pour socle la démarche de la Réconciliation nationale. Il faut dire, en effet, que l'adhésion totale et sans nuance de l'ensemble des Algériens à la Concorde civile, puis à la Charte pour la paix et la Réconciliation nationale constituait un premier signal de leur volonté de tourner la page des affrontements violents pour ouvrir une nouvelle ère où le dialogue et le consensus doivent être les mots clés de toute option stratégique pour la nation. Il restait à traduire cette détermination du peuple pour construire un Etat fort et démocratique sur le terrain. Pour ce faire, un ensemble de réformes politiques et judiciaires ont vu le jour, au fil des années. De 2000 à 2017, l'Algérie s'est renforcée d'année en année. De graves crises ont secoué le pays, dont celle du printemps noir aura été la plus dramatique, mais pas la seule. Le pays a connu des troubles, des émeutes, des partis ont tenté de surfer sur la vague du printemps arabe. Dans le même temps, le processus de réformes avançait, les élections se tenaient en leur temps et les opération de boycott étaient monnaie courante. Beaucoup d'observateurs doutaient de la pertinence de la démarche réformatrice et réconciliatrice du président de la République, la qualifiant de contre-productive, en raison justement du refus systématique de nombreuses forces politiques à prendre part aux élections présidentielle, législatives et locales. Mais la persévérance du chef de l'Etat, qui croyait dans son action en direction de la classe politique, a fini par vaincre les réticences des politiques les plus sceptiques quant à l'aboutissement de l'oeuvre présidentielle. La constance de la démarche et l'amélioration des conditions de déroulement de l'opération électorale, à chaque rendez-vous, aura montré la bonne foi de l'Etat dans une promotion sincère de la démocratie. Le grand vainqueur de ce combat patiemment mené est la Nation algérienne qui gagne en souveraineté. En 17 ans de réformes, elle s'est construite une scène politique dynamique, avec en prime un consensus sur l'importance des élections pour l'arrivée au pouvoir et son exercice. Il y aura certainement des «mauvaises langues» qui tenteront de réduire du caractère stratégique de cette grande victoire, mais le fait est là. L'Algérie se gouverne par des institutions élues et ces dernières se renforceront à chaque rendez-vous électoral. Le grand chantier qui reste à entreprendre sera celui de convaincre les électeurs à faire confiance aux urnes et aux acteurs politiques. Mais là, c'est une autre histoire.