La mouvance terroriste Al Qaîda a fort bien compris la portée médiatique d'une opération à la veille d'un scrutin. Le programme macabre que préparait le Gspc, (lire article de Ikram Ghioua), pour les élections du 29 novembre, est loin d'être une surprise pour les spécialistes des questions sécuritaires. Ils savent parfaitement que les périodes électorales sont un moment d'action privilégié par tous les groupes islamistes qui se réclament d'Al Qaîda. Il est donc inutile de dire que la menace d'attentats sanglants, à la veille du prochain rendez-vous électoral, est toujours là, elle est omniprésente. Opportuniste, la mouvance terroriste d'Al Qaîda a fort bien compris la portée médiatique d'une pareille action. Il faut garder à l'esprit que l'une des signatures les plus dramatiques d'Al Qaîda au Maghreb islamique, depuis sa création, a été effectuée à quelques semaines des élections législatives de mai dernier. On se rappelle de la peur qui a entouré ces élections législatives. Aussi, la menace est sans cesse renouvelée. Et puis, il y a aussi le fait que quels que soient les résultats qui découleront des urnes le 29 novembre prochain, ils vont déplaire aux islamistes en général et aux radicalises du Gspc en particulier. Pour toutes ces raisons et face à l'imprévisibilité du basculement dans la violence, le pire est à craindre et la vigilance doit être à son plus haut niveau. La règle de frapper à la veille des élections n'est pas propre à l'Algérie. En fait, c'est le Gspc qui s'est approprié des sinistres techniques d'Al Qaîda. Les attentats meurtriers en Espagne, en mars 2004, ont eu lieu à la veille des élections législatives dans ce pays. Et ce sont ces attentats qui ont renversé le cours des événements avec une opinion publique espagnole choquée, qui a fini par désavouer le gouvernement Aznar. La même pratique a été appliquée en Irak à la veille de l'élection présidentielle en 2005, la branche irakienne d'Al Qaîda a tellement intensifié ses opérations et ses attentats suicides à Baghdad que la situation sécuritaire en Irak s'est imposée comme la clé du scrutin. S'il faut bien sûr, s'attendre à ce que la branche maghrébine d'Al Qaîda tente de manifester sa présence, les services de renseignements algériens, eux aussi, changent de mode opératoire. Ils préconisent actuellement ce qui est appelé par les spécialistes «le décèlement précoce». En d'autres termes, les services de sécurité remontent très en amont dans la chaîne des menaces possibles et des individus potentiellement dangereux. Parmi les classiques du «décèlement précoce», ces mêmes spécialistes privilégient la connaissance préalable du profil des individus, une méthode directement inspirée de la doctrine béhavioriste américaine. «Le fondement de la doctrine est le principe de la norme qui stipule qu'un terroriste potentiel suive un cheminement particulier pour être reconnu par ses pairs, il doit également respecter un certain nombre de codes», notent ces mêmes spécialistes. Si jusque-là, ces techniques de guerre des renseignements ont porté leurs fruits, en témoignent les dernières arrestations, il ne faut pas sous-estimer le degré de nuisance du Gspc. Un bête blessée peut faire très mal. De ce fait, la vigilance doit être de mise à la veille de ces élections.