Face à la multiplication des atteintes contre la liberté d'expression et la répression des journalistes dans le monde — dont en Algérie — en ces temps de crise sanitaire, l'organisation non-gouvernementale Reporters sans frontières (RSF), tire la sonnette d'alarme et saisit le secrétaire général des Nations unies. Dans un communiqué publié sur son site internet, RSF dénonce le fait que des états profitent de la crise sanitaire née du Covid-19 pour violer la liberté de la presse. Le document cite, entre autres violations, des journalistes qui "ont été arrêtés en Algérie, en Jordanie et au Zimbabwe". "L'organisation Reporters sans frontières (RSF) a déposé une plainte auprès de l'ONU, le 13 avril 2020, pour demander la saisine et la dénonciation des états qui violent le droit à l'information, au prétexte ou à l'occasion de l'épidémie de coronavirus, et mettent ainsi en danger la santé des personnes, sur leur territoire comme dans le reste du monde", indique ainsi RSF dans son communiqué. Contrairement aux idées reçues, la violation de la liberté d'expression et de la liberté de la presse n'est pas l'apanage des pays autoritaires émergents ou sous-développés. "Au Brésil comme aux états-Unis, les présidents s'en prennent avec violence aux journalistes", précise le document qui ajoute que l'organisation s'alarme de "la vulnérabilité face au virus, des journalistes maintenus en détention malgré l'épidémie en Turquie ou en Arabie saoudite". En s'adressant au rapporteur des droits de l'Homme de l'ONU, RSF ne s'attend pas qu'à des "avertissements". L'Organisation onusienne doit saisir "sous la forme d'un appel urgent chacun des états où sont relevées des violations de la liberté de la presse qui portent atteinte au droit à la santé", ajoute encore le communiqué. "L'objectif est d'obtenir des mesures concrètes, telle la libération des journalistes détenus", précise l'ONG qui ajoute que "reconnaître le caractère inhérent du droit à l'information pour le droit à la santé permettrait d'en renforcer la portée en particulier lorsque la sauvegarde de la santé publique est en cause et de lutter ainsi plus efficacement contre ses restrictions arbitraires et la désinformation". Avant cette missive de RSF, la Haute Commissaire aux droits de l'Homme de l'ONU, Michelle Bachelet, s'est dite "préoccupée" par les mesures prises dans certains pays pour limiter la liberté des médias et la liberté d'expression, craignant que la "prétendue lutte contre la désinformation risque d'être utilisée pour faire taire les critiques". En Algérie, les autorités ont interdit toute communication sur l'épidémie de coronavirus en dehors de la communication officielle. Deux journalistes, travaillant pour le quotidien arabophone Essawt el-Akher, sont placés sous contrôle judiciaire pour avoir douté de la fiabilité des tests de l'Institut Pasteur d'Algérie. Khaled Drarni a été incarcéré pour d'autres motifs. Les autorités ont également censuré le site Maghreb Emergent et sa web radio, Radio M, pour avoir diffusé un article de son directeur, El-Kadi Ihsane, critiquant la gestion du chef de l'état.