C'est comme une ironie. Des gratuités ont été distribuées dans l'enceinte de la cour de Blida. Ce n'est peut-être pas l'initiative de Moumen Khalifa, mais le journal gracieusement répandu véhiculait un entretien de l'ancien P-DG du groupe en faillite. L'auteur de cette diffusion n'a sûrement pas fait exprès, mais, en parlant de corde dans la maison d'un pendu, il nous rappelle que la technique de l'offrande n'a pas disparu avec la liquidation de l'empire maudit. Mieux, elle n'est pas loin de là où il est, même quand sa présence n'est que fantomatique. C'est un avocat qui a déclaré que les “vrais débats se passent en dehors de la salle d'audience”. Des inculpés ont choisi de se défendre à distance, dont le premier concerné. Celui-ci déclare détenir des secrets d'Etat. Ce qui, si l'on enfourche son raisonnement, l'empêcherait donc de s'ouvrir à une simple cour ? Il dit attendre le “temps voulu” pour parler. D'autres déclarent que, ayant pressenti le coup fourré, ils se sont mis à l'abri d'un châtiment préétabli. L'opinion publique reste d'un inconsolable doute quand il s'agit de messages institutionnels. Elle n'attend point du procès l'expression d'une volonté retrouvée de laisser enfin la justice passer librement là où elle doit passer. Et trouve autant d'intérêt au commentaire parallèle qu'à la chronique judiciaire. Les interventions de dirigeants ne manquent pas d'ailleurs pour contester l'exclusivité de la cour dans l'appréciation de la nature du procès. Ouyahia a beau s'employer à banaliser un “scandale financier”, il reste difficile à “dépolitiser” un procès où sont impliqués, à titre de témoins ou d'inculpés, des hauts fonctionnaires et des ministres. La difficulté de faire la part des choses, à ce point du procès judiciaire, entre ce qui tient du fonctionnement des institutions et ce qui relève des actes individuels ajoute à l'embarras des opinions. Il est difficile d'imaginer la manière dont le système, au moins dans son compartiment financier, pourrait sortir indemne d'une telle épreuve. Au demeurant, d'autres scandales qui impliquent d'autres banques privées et publiques participent au diagnostic défavorable du système financier. Dans une situation où, comme l'a fait remarquer un témoin, le signataire des billets de banque se retrouve en situation d'inculpé, en fuite qui plus est, il y a de quoi appréhender les conséquences d'une telle affaire sur l'image du pays et le moral des Algériens. Vu qu'elle ne relève pas d'une catégorie judiciaire, la nature politique d'un procès relève d'une appréciation intellectuelle. Et dans le cas de l'affaire Khalifa, les implications sur la connaissance et la perception du système global de gestion et de contrôle des flux financiers seront forcément importantes. En ce sens, la méthode Khalifa aura été révélatrice de bien des carences dans l'organisation, le fonctionnement et la réglementation de l'investissement, des finances, du change et du commerce extérieur. L'affaire Khalifa, si elle se défend d'être politique par sa genèse et son développement, ne peut se prétendre désincarnée, sans signification politique. M. H. [email protected]