“Les limites de la responsabilité civile et pénale des dirigeants d'entreprise face aux exigences de la performance, de la concurrence et aux risques de gestion” alimentent depuis hier et jusqu'à ce soir le débat d'un séminaire international, organisé à l'hôtel El-Aurassi conjointement par l'Association algérienne des ressources humaines (ALGRH) et la Fondation Konrad-Adenauer. Le thème est d'actualité au moment où l'environnement économique algérien évolue plus vite que la législation y afférente et les mentalités. À l'ère où la veille économique est le leitmotiv qui maintiendra une entreprise, quelle qu'elle soit, au cœur de la concurrence, le concept demeure flou pour les gestionnaires nationaux, qui sont confrontés pourtant de plus en plus au niveau de performance imposé par les firmes étrangères qui s'installent dans notre pays. “La veille économique n'est pas encore entrée dans nos mœurs”, a confirmé Ahmed Mana, président de l'ALGRH. À telle enseigne que les dirigeants des entreprises, notamment publiques, qui cherchent à se mettre au niveau des standards internationaux en matière de management, sont accusés parfois de dépenser de l'argent public dans des opérations non rentables pour la société. Pour notre interlocuteur, il est impératif de former les organes de contrôle (Inspection générale des finances, cour des comptes…) aux principes de management et d'inculquer, de l'autre côté, aux dirigeants d'entreprise, les règles d'or de la gestion. “Il ne s'agit pas de chercher la dépénalisation de l'acte de gestion. Un voleur est un voleur. Il faut toutefois mieux définir le contenu des interdits pour éviter les confusions”, a précisé M. Mana. D'autant que le management exige certes une qualification avérée, mais aussi une souplesse de raisonnement et une capacité à prendre rapidement la décision qu'il faut, surtout quand il est nécessaire de se montrer audacieux et de prendre des risques. C'est justement sur sa capacité à bien évaluer les risques en un temps minimum qu'est jugé un bon directeur d'entreprise. M. Mokhtar Naouri, 3e cycle en gestion d'assurance, a expliqué, d'une manière assez didactique, la signification de la gestion des risques telle que perçue et entreprise par le manager. Vincent Chagué, maître de conférences à l'université de Limoges, s'est attardé, pour sa part, sur “la protection des droits des travailleurs”, pour épargner à l'entreprise la démission physique ou plus grave morale de ses salariés. “Les ressources humaines peuvent constituer un avantage concurrentiel durable pour les entreprises. Ces dernières doivent prendre conscience de la nécessité de répondre favorablement aux droits fondamentaux des travailleurs”. Il a précisé qu'il ne convient pas uniquement de se conformer strictement à la législation, mais d'accéder aux revendications posées par les salariés eux-mêmes. “Si le travailleur considère que l'entreprise ne répond pas à ses attentes, il la sanctionnera soit par la démission soit par un désengagement dans son travail…” Dans ce cas-là, les entreprises encourent “le risque de pertes financières et d'une fragilisation de leur position concurrentielle et de leur compétitivité”. M. Chagué a insisté, en outre, sur le devoir des gestionnaires à garantir à leurs employés un environnement sain et sécurisé, qui les mettra à l'abri du stress, de la pollution et des risques majeurs. Aujourd'hui, les conférenciers développeront les chapitres liés à la responsabilité civile et pénale des managers ; pénalisation des infractions aux relations de travail et responsabilité sociale des entreprises ; audit de gestion publique : les prérogatives de la Cour des comptes ; rôle et responsabilité du commissaire aux comptes… S. H.