La monnaie, rapport social traduisant le rapport confiance Etat/citoyens, est un signe permettant les échanges ne créant pas de richesses. Au contraire, la thésaurisation et la spéculation dans les valeurs refuges comme l'or, certaines devises ou certaines matières premières sont nocives à toute économie. 2) Quelles sont les réserves d'or en Algérie ? L'or de l'Algérie, acheté essentiellement sous le règne du défunt Kaïd Ahmed, alors ministre des Finances — c'était un grand patriote et ministre des Finances et je tiens à lui rendre hommage —, n'avait pas été mis en danger et avait montré son utilité opérationnelle en temps de crise. Et si l'on avait acheté de l'or en 2008 et 2009, les réserves de changes de l'Algérie en termes de parité de pouvoir d'achat seraient en août 2011 de plus de 320 milliards de dollars et ce montant aurait plus élevé si l'on avait acheté des actions dévalorisées à la fin de 2008 dont le cours pour certains a remonté à plus de 300 % au courant de 2011. Selon les statistiques du FMI, reprises à l'époque par une dépêche officielle de l'APS, l'Algérie disposait au courant se 2009 de 173,6 tonnes d'or avec une valeur de 6,07 milliards de dollars, soit 4,3 % des réserves de changes de l'époque et au cours d'août 2011 un montant de 9,11 milliards de dollars, soit un gain net de plus de 3 milliards de dollars. Depuis, le montant a vraisemblablement augmenté, mais le ratio global est stable ou en très légère augmentation puisque les réserves de changes sont estimées à 160 milliards de dollars en juillet 2011 officiellement et plus de 173 milliards de dollars selon les statistiques internationales, posant d'ailleurs le problème de la transparence de la gestion des réserves de changes. L'Algérie, en 22e position à l'échelle mondiale, est ainsi le premier pays en Afrique en termes de volume de réserves en or, devant la Libye (24e et l'Afrique du Sud (27e). L'Algérie se classe à la 3e place dans le monde arabe devant l'Arabie saoudite (16e avec 322,9 tonnes) et le Liban (18e avec 281,6 tonnes). Gold Mining Algeria (GMA), filiale du groupe australien GMA Ressources, chargée de l'exploitation de la mine d'or d'Amesmessa, à 400 km au sud-ouest de la wilaya de Tamanrasset, en partenariat avec Sonatrach, qui détient une part majoritaire de 52 % dans le capital de la Spa Enor à travers sa filiale Gold Mining Algeria qui a dû recourir à une ouverture de son capital afin de pouvoir financer son plan d'investissement en Algérie en cédant une part de 9 % à la firme égyptienne Asec Mining pour un montant de 1,9 million de livres sterling, fait état pour l'exercice 2009 (repris par l'agence officielle APS) d'un taux de production aurifère à partir de la mine d'Amesmessa de 32.601 onces d'or pour une valeur au cours de 2009 (900 dollars) d'environ 52 millions de dollars au cours d'août 2011, somme dérisoire par rapport aux exportations d'hydrocarbures. La production aurait été plus importante puisque, selon les données officielles de l'entreprise ENAOR a exporté 848 kg d'or (d'une valeur de 48.200.000 dollars au cours d'août 2011) alors que le marché local a consommé 208,78 kg de ce métal précieux, soit une différence de 7 millions de dollars par rapport au communiqué de GMA. Récemment, le 18 juillet 2011 pour la firme canadienne Cancor, les résultats des travaux d'exploration menés attestent que les réserves en or de cette partie de l'extrême Sud sont «beaucoup plus importantes» qu'on ne l'imaginait. Je cite Cancor : «Les résultats obtenus jusqu'à présent sont très encourageants avec d'excellentes teneurs aurifères dans de nombreux échantillons. De plus, plusieurs grains d'or visible ont été observés entre les zones filoniennes sur de petits affleurements. La présence d'or visible dans ces secteurs suggère que les minéralisations aurifères pourraient être beaucoup plus importantes que détectées jusqu'à présent». Mais le problème est à quel cot ? 3) Avoir des réserves d'or et de devises importantes n'est pas un facteur de développement La monnaie, rapport social traduisant le rapport confiance Etat/citoyens, est un signe permettant les échanges ne créant pas de richesses. Autrefois, les tribus d'Australie utilisaient les barres de sel du fait de sa rareté comme moyen d'échange. Au contraire, la thésaurisation et la spéculation dans les valeurs refuges comme l'or, certaines devises ou certaines matières premières est nocif à toute économie. Avoir des réserves de changes en devises ou en or est une condition nécessaire, sécuriser l'investissement et surtout éviter un dérapage plus important de la valeur du dinar par rapport aux devises où existe une corrélation d'environ 70 % entre la valeur actuelle du dinar et ce stock de devises via la rente des hydrocarbures, sinon le dinar flotterait à plus de 300 dinars un euro. Mais ce n'est pas une condition suffisante d'un développement durable et surtout provenant d'une rente, solution de facilité de la dépense monétaire sans impacts pouvant conduire au syndrome hollandais avec une corruption généralisée. Si la Chine a des réserves de changes estimée à mars 2011 par les organismes internationaux à 3.045 milliards de dollars dont 30 % en bons de trésor américains, ce qui permet d'éviter une chute brutale tant des bons de Trésor que de la valeur du dollar en contrepartie d'exportation chinoise vers les Etats-Unis, suivie du Japon (1.140), de la Russie (525), de l'Arabie saoudite (466,) Taiwan (400), le Brésil (333), l'Inde (310), la Corée du Sud (307), la Suisse (280), dont d'ailleurs une grande fraction, contrairement à l'Algérie, sont placés en fonds souverains et une autre seulement en bons de Trésor américain, des grandes puissances économiques comme l'Allemagne, première exportatrice mondiale avec 221, la France (173), l'Italie (164), les Etats-Unis d'Amérique, première puissance économique mondiale et trois fois le PIB chinois, n'ont que 143 et le Royaume-Uni 143 milliards de dollars. La leçon pour l'Algérie est qu'il est étonnant que la majorité des observateurs algériens s'appesantissent sur les réserves algériennes placées en bons de Trésor américains d'environ 50 milliards de dollars et oublie que 75 milliards de dollars sont placés dans des banques centrales européennes ou dans des banques dites cotées AAA alors qu'il y a eu récemment avec la crise grecque dépréciation des obligations de bon nombre de pays européens et que certaines banques dites AAA ont été décotées, ce qui entraîne forcément des rendements faibles, voire négatifs pour ceux garantis par les Etats, ou pertes d'une fraction du principal si les banques ont fait faillite. Aussi, face à cette situation de turbulences de l'économie mondiale qui touche tous les pays, le gouvernement algérien, faute de prospective, assiste en spectateur. L'essence de la crise étant structurelle, quelle est la structuration des réserves de change entre les principales monnaies internationales : part en dollars, euros, livres sterling et yen ? Les données de 45 % en dollars, 45 % en euros, 5 % en livres sterling et 5 % en yens sont-elles justes et quelle est la part de l'or ? Que rapportent ces placements sachant que pour 2011 le taux directeur de la FED (entre 0 et 0,25 % depuis 2010) et celui de la BCE (1,25 % depuis avril 2011) ceux du Japon (0,5 %) et de la banque d'Angleterre (0,5 %). Avec un taux d'inflation même faible, entre 1 et 2 %, cela donne un rendement zéro, voire négatif. Cela doit être également pondéré à la baisse par la dépréciation d'une monnaie (ce qui est le cas pour le dollar : plus de 40 % depuis le 1er janvier 2000) ou à la hausse en cas d'appréciation (cas de l'euro), les exportations d'hydrocarbures se faisant en dollars et les importations algériennes pour 60 % en euros. En bref, le problème central pour toute économie est la synchronisation de la sphère réelle et financière, la dynamique économique et la dynamique sociale et pour l'Algérie utiliser d'une manière optimale ces réserves de changes, produit des hydrocarbures et non d'une bonne gouvernance, et du travail face à l'implacable mondialisation, afin de réaliser la transition d'une économie de rente à une économie hors hydrocarbures dans le cadre des valeurs internationales. Selon toujours cette revue, le fonds d'état des Etats-Unis, l'Alaska Permanent Reserve Fund n'arrive seulement qu'à la 18e place du classement des Fonds souverains, alors que ce pays a le plus gros stock d'or au monde. Tout comme le fonds singapourien qui est l'un des plus important, mais dont le stock d'or est peu conséquent. (Suite et fin)