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Ammi Dhaouadi raconte sa révolution
Publié dans La Nouvelle République le 16 - 12 - 2015

Encore une fois, utilisant mon smartphone, mon appareil photo, j'ai cherché à rencontrer les simples moudjahidine pour entendre la révolution, leur révolution, loin des grands évènements politiques qui ont marqué la guerre de libération. J'ai fait un entretien avec Ammi Dhaouadi Boudrifa, un soldat de la révolution au sud de Sétif.
Il était soldat à la Région 3 de la wilaya 1. Elle se trouvait dans les limites des 4 actuelles wilayas limitrophes Sétif, Batna, M'sila, Bordj Bou-Arréridj. Loin de l'aspect politique, Ammi Dhaouadi nous raconte sa propre révolution et comment il voyait les choses. Il vit actuellement paisiblement à la daïra de Aïn Oulmane, Sétif, entre sa maison et la mosquée avoisinante. Je ne connaissais personne Au déclenchement de la révolution, Ammi Dhaouadi était en France. Il était ouvrier, comme grand nombre d'algériens immigrés après la seconde Guerre mondiale par ce qu'ils se trouvaient classés «indigènes» dans leur propre terre. Il s'en fichait royalement de la politique. Au déclenchement, il entend quelques informations ou exagérations ici et là mais il ne leur donna aucun intérêt. Il est là pour travailler point barre. Mais petit-à-petit une conscience a commencé à le gagner. Ammi Dhaouadi regardait avec amertume l'état de leur vie comme enfants du pays obligés à chercher le travail partout. Leur situation comme travailleurs «indigènes». Il prend une décision historique pour lui. « Je vais rejoindre la révolution quoi qu'il arrive ». Il faut rappeler que la révolution à l'époque ne battait pas son plein au sud de Sétif. Bien que les Aurès voisins s'embrasaient, le recrutement au sud de Sétif se faisait dans la douleur. Certainement les massacres du 08 mai 1945 y sont pour quelque chose. Des massacres qui ont meurtri Aïn El-Kbira, Ksar-Abtal, Ain Azel... mais petit-à-petit des djounouds venant des Aurès encerclés donnent vie aux Ouled-Tebane et les djebels Boutaleb et Hama... La révolution s'organise dans la région qui devient très active. La plus grosse bataille aura lieu le 09 juin 1959 à Ouled-Tebane. Plus de 200 Chahids y restent. L'ennemi perd un grand nombre de soldats également. En reprenant le contact avec des anciennes connaissances, il finit par trouver le moyen de joindre les troupes de l'ALN. La révolution n'était pas religieuse A ma question relative à la religion au sein de la révolution dans sa région, Ammi Dhaouadi était clair et franc. La révolution n'avait pas un aspect religieux avéré. Des soldats très pratiquants combattaient à côté de soldats qui ne se gênaient pas à boire de l'alcool dans les camps de repos de l'ALN. Cette question n'était jamais évoquée. Les chefs mettaient fin vite à tout débat de ce genre. Le mot d'ordre des attaques était «Allaho Akbar». Tous les djounouds y adhéraient. Tout s'arrête là ! « Nous avions l'ordre de l'ALN de ne pas jeuner le Ramadhan pour pouvoir mener à bien le combat ». Il se rappelle d'un seul de ses collègues venant de Tkout (Batna) qui a quand même transgressé cet ordre et tenait à jeûner avec la complicité de ses frères. Il dit ici les consignes du congrès de la Soummam concernant l'interdiction du tabac n'étaient pas appliquées de manière rigoureuse comme c'était le cas aux wilayas 3 et 4 par exemple. Tout de même, il raconte l'anecdote d'un moudjahid qui faisait des tournées au sein de la population pour vérifier ceux qui ne respectent pas les obligations religieuses, et les punir. Abdelkader El-Bariki, un héros oublié Ammi Dhaouadi tenait à assurer que les chefs venant à la fin de la guerre selon ses dires ont mis à l'ombre des héros qui devaient prendre les règnes du pays à l'indépendance. Il évoque notamment Abdelkader Azeyel dit El-Bariki. C'est son avis. Il a tenu que je le transmets ainsi. Abdelkader El-Bariki était le seul qui a eu la décoration dite Wissam El-dam (décoration du sang). Il était le premier et dernier titulaire de cette décoration. Mais il n'a pas eu le temps de l'apprendre. Il est tombé en martyr avant d'apprendre que les 3B (Belkacem, Ben Tobbal, Boussouf), membres du Comité interministériel de la guerre, ont voulu lui discerner cette distinction. Le GPRA a tenu par conséquent à faire la lecture de cette décision aux djounouds. Ammi Dhaouadi a assisté à cette lecture au sein de sa katiba à la Wilaya 1. Ma blessure en 1958 En racontant les attaques menées par des katibas entières dans cette région, Ammi Dhaouadi a évoqué l'attaque dans lequel il a été blessé. Il s'agit de la bataille au Djebel Gattiane. Durant cette bataille, quatre maquisards sont tombés en martyr : Abdellah Bouazrine, Saâdi Khemari, Abdelakader Sahraoui, Mohammed Harizi. Parmi les blessés figuraient Ammi Dhaouadi, Belkacem Bouchareb, Saïd Chedoud. Les infirmières durant la révolution Il a tenu à signaler le rôle important des infirmières pour soigner les blessés avec des moyens rudimentaires, à l'exemple d'une infirmière tombée en champ d'honneur dont il connait le prénom seulement, Haniya. «La Main Rouge», une guerre en cache une autre Parallèlement à la guerre qui opposait les maquisards et l'armée française, d'autres champs de combat se sont ouverts entre le FLN et ses adversaires. Le plus connu reste certainement l'affrontement FLN-OAS en 1962. Mais bien avant, le FLN a dû faire face à un subterfuge des services français «SDECE» qui ont monté de toutes pièces une organisation nommée « la Main Rouge », en utilisant des civils européens. Ammi Dhaouadi a participé sur ce champ également. En 1960 il a été chargé en compagnie de Saïd Zaoui et Abdellah Boutaleb d'assassiner le responsable de ce groupuscule à Ain-Azel (Sétif). Mission qu'ils ont accomplie avec succès. Nous avons attaqué les groupes d'autodéfense Bien qu'il s'agît d'une question sensible en Algérie, Ammi Dhaouadi m'a dit « j'ai le devoir de parler ». La vérité appartient à tout le monde. Après l'indépendance, sous les ordres de leur chef, ils ont mené une attaque contre une caserne d'algériens ralliés à l'armée française vers Saleh-Bey. Le résultat est terrible, l'assassinat de tous ces soldats. Il dit qu'ils l'ont fait « puisque c'était eux ou nous ». Personne de part et d'autre n'était prêt à respecter à 100% les ordres de bannir les vengeances locales entre les forces combattantes en application des accords d'Evian. Situation délicate. Nous mentions aux familles des victimes, entre propagande et politique « Parfois certains membres des familles de chouhadas tombés au champ d'honneur venaient pour demander des informations sur leurs proches. Nous n'avions pas le courage de leur annoncer la nouvelle. Nous nous réfugions derrière des mensonges du genre ils sont partis en mission ou en patrouille vers la Tunisie». C'était dur aux familles de perdre un individu important surtout s'il est le seul à pouvoir subvenir aux besoins d'une famille. D'autre part, pour des besoins de communication et du moral de la population, nous tâchions à réduire le nombre de nos pertes lors des affrontements avec l'armée française. Nous ne voulions pas que le moral général de la population soit atteint. Elle était notre plus grand soutien. La révolution était organisée et documentée S'agissant de certaines critiques à l'organisation de la révolution, Ammi Dhaouadi assure qu'au regard des circonstances et des moyens, la révolution a réussi la mission compliquée de l'organisation. Les missions ne s'effectuaient en grande partie que sur des ordres écrits dont une copie reste chez l'émetteur et l'autre chez le secrétaire de la zone. Chaque djoundi engagé avait une fiche contenant son nom, sa date d'engagement, la rémunération, et pleines d'autres informations. A la mort d'un djoundi, tous les détails s'ajoutent à cette fiche. La date, la bataille, le lieu, les conditions etc. Toutes ces fiches et documents ont été récupérés par l'Armée nationale populaire créée après l'indépendance par les soins de Boumediene. Les jeux des appellations « Les soldats de l'armée française s'amusaient à laisser des papiers et des affiches pour dénigrer les «Fellouzes» ». C'est un jeu d'atteinte au moral. Les djounouds répliquaient à leur manière. L'armée française n'est jamais appelée ainsi. Ils utilisaient trois qualificatifs de dénigrement (Khathir, El-Akri, El-khana). Ammi Dhaouadi m'a transmis à la fin, un témoignage écrit sur les faits militaires dans la Région 3 auxquels il a assistés ou a des informations de témoin présent. Un document très intéressant réalisé avec l'aide de ses fils. Je tâcherai à le reproduire après organisation et recoupement.

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