La Journée internationale des forêts a été célébrée en Algérie ce vendredi 21 mars, comme chaque année, par des campagnes de reboisement, de sensibilisation des citoyens et des expositions mettant en exergue les efforts de l'Etat pour préserver le patrimoine forestier, mais aussi par le rappel de la fonction remplie par les forêts algériennes durant la résistance contre le colonialisme français et particulièrement pendant la Guerre de libération nationale qui a abouti à l'indépendance.En Algérie, les forêts sont vues comme «symbole de la lutte armée pour l'Indépendance et portant en elles les trames de la Glorieuse guerre de libération». Elles renvoient à «l'héroïsme des femmes et des hommes qui ont mené une des plus grandes luttes armées de l'Histoire contemporaine». A l'indépendance, on pouvait constater les traces laissées dans les forêts par le napalm largué par l'armée coloniale française sur les moudjahidine. Ces traces étaient visibles partout dans les forêts où les combattants de l'ALN (Armée de libération nationale) trouvaient refuge. Les massifs forestiers ont été des lieux de batailles héroïques menées par les moudjahidine de l'ALN dans leur combat contre le colonialisme français. Les spécialistes expliquent que ces forêts, denses et difficiles d'accès, étaient le refuge stratégique des moudjahidine et le lieu par où transitaient armes et munitions. Ils rappellent que les forêts ont subi l'assaut de la France coloniale pendant plus d'un siècle. Au moyen de lois arbitraires pour justifier la confiscation des forêts et leurs richesses, de feu et de napalm pour déloger les résistants algériens de leurs bastions stratégiques, l'administration française avait mené une déforestation massive. Les études estiment que 50% des forêts algériennes ont été perdues entre 1830 et 1962. Avant la colonisation, l'Algérie possédait environ 5 millions d'hectares de forêts, tandis qu'à l'indépendance, il en restait moins de 2,5 millions d'hectares, et ce, à cause de l'exploitation excessive du bois, mais aussi des incendies délibérés et le bombardement au napalm dans des tentatives coloniales vaines d'étouffer la voix de la liberté. Dans sa quête d'appropriation des espaces forestiers et de leurs richesses, l'administration française s'empressa, dès 1838, de promulguer une série de législations restrictives concernant les droits d'usage. Ainsi, la loi de 1851 légalisa l'appropriation des forêts par l'Etat (la France coloniale), celle de 1860 autorisa l'expropriation pour utilité publique des propriétés alors que la loi de 1882 établit les procédures d'expropriation des terrains de montagne. Entre ces lois, plusieurs ordonnances et Décrets furent introduits pour restreindre les droits des habitants. Les Décrets de 1867 et 1870 reconnurent aux concessionnaires forestiers la cession gratuite de sections brûlées, notamment pour les liégeurs, le liège algérien étant objet de convoitise, dès les premières années de l'occupation du pays. A travers un arsenal juridique bien ficelé, l'administration coloniale impose son contrôle sur les espaces forestiers et leurs richesses privant des centaines de milliers de familles algériennes de leurs moyens de subsistance et imposant à des milliers d'autres un déplacement forcé pour pouvoir subvenir à leurs besoins. Faisant des incendies une stratégie pour progresser dans ses objectifs de colonisation et une méthode pour réprimer les résistances populaires et toutes insurrections, la France coloniale a embrasé les forêts algériennes. Les statistiques relèvent que sur une période de 87 ans (1876-1962), une surface cumulée de 3.506.942 ha a été dévorée par le feu, soit une moyenne de 41.258 ha/an, selon des chercheurs agronomes algériens, qui se sont basés sur une compilation des données de l'administration coloniale. De véritables brasiers ravageant jusqu'à 100.000 ha/an ont eu lieu dans les années 1881, 1892, 1894, 1902, 1913 et 1919. Le sinistre avait continué pendant la Guerre de libération, où un total de 645.414 ha a été la proie des flammes. Au cours des années 1956, 1957 et 1958, pas moins de 435.646 ha ont été la proie des flammes, avec un pic en 1956 atteignant 204.220 ha calcinés sous l'effet des bombardements aériens au napalm et des mises à feu au sol. C'est ce qui a poussé les autorités algériennes, à l'indépendance, à faire du reboisement une de ses priorités. La campagne de reboisement lancée le 21 avril à l'Arbatache (près d'Alger) déclenchera, dès les mois suivants un mouvement de volontariat très large qui mobilisera de façon spectaculaire les Algériens pour combattre l'érosion, provoquée par la déforestation.