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LE FIL DES EVENEMENTS: 22 ans après le Front islamique du salut
Publié dans Réflexion le 15 - 03 - 2011

Le 10 mars 1989, naissait le Front islamique du salut, le premier parti d'Algérie, dissout trois ans plus tard. Vingt deux ans après, que sont devenus les héritiers du FIS?
Le mouvement islamiste algérien est né dans les années 1970 autour des mosquées, seuls espaces de liberté encore entr'ouverts dans un pays où le FLN, parti unique, monopolisait alors le champ politique. Au delà du discours religieux, il s'agit surtout à l'époque d'un mouvement protestataire contre la mal-vie, l'injustice et la hogra, ce sentiment d'humiliation que suscite chez le petit peuple le comportement des dirigeants. La naissance du Front islamique du salut (FIS) le 10 mars 1989, à la mosquée Ben Badis de Kouba, près d'Alger, consacre à la fois la montée en puissance de la jeune garde, qui l'emporte sur les figures plus traditionalistes, et l'émergence de ce courant sur la scène politique, sur fond d'ouverture. L'Algérie vient d'adopter le multipartisme et la nouvelle formation obtient très vite son agrément officiel. L'année suivante, les élections municipales lui permettent de remporter sa première grande victoire électorale. L'essai est transformé lors du premier tour des législatives du 26 décembre 1991. Le FIS est bien le premier parti d'Algérie. Il est même en passe, grâce au mode de scrutin majoritaire à deux tours, de remporter la majorité des sièges du parlement. Mais le deuxième tour n'aura jamais lieu.
En février 1992,
l'état proclame l'état d'urgence, en mars, le FIS est dissous.
L'armée décide d'interrompre le processus démocratique et de "démissionner" le président Chadli Benjedid. En février 1992, elle proclame l'état d'urgence. En mars, le FIS est officiellement dissous. Nombre de militants islamistes décident alors de prendre le maquis. D'autres vont rapidement se spécialiser dans la guérilla urbaine. Pour Ali Belhadj, l'ex numéro deux du FIS, c'est bien l'annulation du scrutin de décembre 1991 qui a fait basculer l'Algérie. "S'ils n'avaient pas annulé les élections, il n'y aurait pas eu de lutte armée. Ils ont incité les gens à se livrer à la violence. Ils auraient dû savoir que la décision d'annuler le scrutin allait déboucher sur de la violence" confiait-il en janvier 2006 à L'Express. "En refusant l'alternance le pouvoir a poussé les gens à prendre le maquis. Nous étions élus pour 5 ans. Si on nous avait laissé accomplir notre mandat rien de tout cela ne serait arrivé" affirme, de même, Kamal Guemazi, militant du FIS et ex maire d'Alger.
Tandis que la plupart des dirigeants sont en prison ou en exil, des groupes armés s'organisent.
Abdelhak Layada,
fonde le GIA
En 1992 un ancien carrossier, Abdelhak Layada, fonde le Groupe islamique armé (GIA). Il est arrêté l'année suivante. Le GIA va rapidement devenir tout à la fois l'organisation la plus violente - attentats contre des intellectuels, massacres de villageois, racket- et la plus infiltrée par les services de sécurité algériens. Le FIS se dote de son côté en 1994 d'une branche militaire, l'Armée islamique du salut (AIS). Le GIA prône la "guerre totale" alors que la stratégie du FIS reste avant tout politique. Une première tentative pour renouer les fils du dialogue échoue en 1994 sous la présidence de Liamine Zéroual. L'année suivante, 8 partis politiques dont le FLN, passé dans l'opposition, et le FIS signent à Rome une plate-forme commune, les accords de San Egidio. Alger - c'est-à-dire les chefs militaires- leur oppose une fin de non-recevoir. Le clivage entre "dialoguistes" et "éradicateurs" va dominer, pour longtemps, le débat politique dans le pays.
En 1997,
l'AIS entre en trêve
En 1997, des tractations entre l'armée et l'AIS aboutissent à une première trêve. Mais il faudra attendre l'élection d'Abdelaziz Bouteflika à la présidence de la République en 1999 pour que les chefs de l'AIS donnent l'ordre à leurs combattants, le 11 janvier 2000, de descendre du maquis. Entre temps une première loi sur la "concorde civile" a été adoptée par référendum. Le GIA finira également par déposer les armes dans le cadre de la "politique de réconciliation nationale" qui permet, à partir de février 2006, à tous ceux qui avaient pris les armes de retrouver leur place dans la société. Il reste encore, cependant, quelques maquis d'irréductibles. Ils seraient au total un millier. Outre deux groupuscules autour de Médéa et dans le centre-ouest, ils appartiennent pour l'essentiel au Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC). Il s'agit d'une organisation née en 1998 d'une scission du GIA. Son fondateur, Hassan Hattab, reprochait au GIA ses attaques contre les populations civiles. Depuis, Hassan Hattab, opposé à l'internationalisation du mouvement, a cessé le combat avec ses partisans. L'émir actuel du groupe, Abdelmalek Droukdal, alias Moussaab Abdel Ouadoud, un ancien électronicien, s'est rapproché d'Al Qaeda, offrant ainsi à la centrale terroriste un ticket d'entrée au Maghreb en échange d'une franchise prestigieuse et sans doute d'une assistance logistique. L'affiliation du GSPC à Al Qaeda, a été confirmée en septembre 2006 par Ayman Al Zawahari, l'un des principaux lieutenants d'Oussama ben Laden. En janvier de cette année, le GSPC troquait son intitulé pour celui d'Al Qaeda pour le Maghreb islamique (AQMI).


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