La liquidation avancée par la direction de la société algéro-indienne ArcelorMittal des trois pointes de vente de Mezloug (Sétif), Mostaganem et Draâ Ben Khedda (Tizi Ouzou) s'apparente-t-elle comme un prélude à la compression des 1200 travailleurs dont veut se débarrasser ArcelorMittal en mettant en œuvre le plan volet social ou ce qui est communément appelé VSS au niveau de la société mère luxembourgeoise ? Tout porte à croire que c'est là une manœuvre pour réaliser cet objectif, d'autant plus que cette affaire constitue la pomme de discorde entre la direction du complexe et le conseil syndical, explique Smaïn Kouadria, SG du syndicat du complexe sidérurgique d'El Hadjar. L'opposition du conseil syndical aurait poussé, ajoute-t-il, la direction des ressources humaines (DRH) à créer un conflit syndico-syndical afin de détourner la vigilance des travailleurs et réaliser ainsi ses objectifs. La mise en application de ces objectifs est annoncée avec la tenue à Oran, entre le 27 et 30 septembre, d'une réunion appelée à regrouper les trois directeurs marketing et ventes pour les régions Est, Ouest et Centre et, Daniel Atlan, le DRH ainsi que le premier responsable commercial d'ArcelorMittal Algérie. Pour Smaïn Kouadria, le projet de dégraissage des effectifs institué par un plan de départ volontaire devant toucher 1200 travailleurs avait été décidé, puis «a commencé à prendre forme avec l'arrivée, fin décembre 2009, de Daniel Atlan à la tête de la DRH», a indiqué notre interlocuteur. Sa désignation par Mittal Lakshmi, numéro un mondial du fer et de l'acier, n'était pas fortuite, sachant qu'il était le DRH des mines à l'échelle du groupe avec pas moins de 65 000 travailleurs sous sa coupe. Il était tenu à une obligation de résultat : «1200 travailleurs à liquider», précise encore le SG du syndicat de l'usine El Hadjar. Un plan auquel s'était radicalement opposé le partenaire social qui continue à privilégier les départs à la retraite en contrepartie de nouveaux recrutements. «Profitant de l'instabilité sociale qui prévaut actuellement au complexe, le DRH tente de mettre à exécution son plan de dégraissage. Il a jeté l'hameçon aux travailleurs des trois points de vente, le départ volontaire en contrepartie de l'équivalent de 3 millions de dinars. Il est persuadé que beaucoup vont céder à la tentation. Il est également persuadé de l'effet d'entraînement que cela suppose sur le reste des travailleurs des autres points de vente, puis à l'échelle du complexe», s'indigne le syndicaliste. Pour argumenter sa démarche, la fermeture des trois points de vente qui emploient plus d'une cinquantaine de travailleurs et aboutir à ses fins, souligne Smaïn Kouadria, la DRH a avancé le manque de rentabilité. Ce que conteste le partenaire social, car estimant que les ventes des produits d'El Hadjar sont en nette amélioration compte tenu du fait que les prix des produits longs, plats ou bobines ont repris leur hausse aussi bien sur le marché mondial que domestique. D'autres sources estiment, pour leur part, que la liquidation desdits points de vente répond à des desseins inavoués. Et pour cause, de par leurs emplacement, aménagements et superficies s'élevant à des dizaines d'hectares, les trois structures suscitent les convoitises. Elles sont situées dans des endroits stratégiques (port pour celui Mostaganem, autoroute Tizi Ouzou -Alger pour Draâ Ben Khedda, et autoroute M'sila-Sétif pour celui de Mezloug). Comme première réaction à leur fermeture, le syndicat compte s'adresser aux inspections du travail territorialement compétentes par un dépôt de plainte ainsi que la direction générale pour dénoncer l'illégalité de la procédure, car n'ayant pas été associé à ce «curieux» projet, affirme le représentant des travailleurs. Ce dernier a, par ailleurs, fait savoir que le ministère du Travail a répondu favorablement et avec célérité au dernier appel du syndicat d'El Hadjar en instruisant ses représentants locaux de saisir officiellement les deux partenaires (syndicat et employeur) à l'effet de reprendre les négociations autour de la plate-forme de revendications des travailleurs dans les délais prescrits dans les engagements pris en juillet dernier des deux côtés.