Réhabilitation et fin d'exil des « chefs historiques » du FIS. La page est tournée dans l'itinéraire mouvementé du parti islamiste, dissous il y a plus d'une dizaine d'années dans un contexte de violence extrême. L'ancienne direction est en train de refaire surface et il n'est pas exclu que Abassi Madani, son président « charismatique », la reprenne en main, son exil n'ayant plus de raison d'être. Cette résurgence du FIS a été permise par la charte sur la réconciliation, qui est allée bien plus loin que la rahma et la concorde. Les anciens chefs islamistes sont absous de tous les actes commis par eux, en leurs noms ou au titre de leur parti, avant et après la dissolution de la formation politique. Toutefois, ces gens-là ne se sentent pas redevables envers le pouvoir de cette liberté retrouvée. Ils la considèrent comme une légitime « correction » d'une « dérive historique » alors que pour les autorités officielles, elle est le fruit de leur magnanimité et de leur grand sens politique. Aussi assistons-nous aujourd'hui à l'installation d'un immense malentendu entre eux et le pouvoir, dont la manifestation la plus frappante est la volonté affichée par les anciens chefs fissistes de recréer leur parti — même sous un autre nom — alors qu'aux yeux des responsables de l'Etat, la charte leur interdit toute activité partisane. Le ministre de l'Intérieur a eu à l'affirmer maintes fois. Plutôt que de croiser le fer avec le pouvoir et courir le risque d'un quelconque retour en arrière, les responsables du FIS ont opté pour le louvoiement. Leur appel au GSPC pour déposer les armes et leur hostilité déclarée à son rapprochement avec El Qaîda se comprennent d'abord comme un gage de bonne volonté à l'égard du pouvoir. Ils préfèrent aujourd'hui composer, voire être les alliés d'un moment en s'autorisant cependant par moments des critiques acerbes à son encontre, un rôle laissé plutôt à des personnages comme Ali Benhadj. Partage des tâches au sein de cette direction de « troisième type » entre des politiques négociateurs, silencieux et prudents et des « trouble-fêtes » qui font contrepoids et surtout rassurent la base. Car celle-ci doit être reconquise sur des positions anciennes et gagnée pour des batailles électorales à venir. L'ex-FIS sera-t-il au rendez-vous des prochaines joutes électorales ? Certainement pas sous l'appellation d'origine, mais peut-être sous un autre intitulé, et sûrement dans les appareils des autres formations politiques, qu'elles soient islamistes ou conservatrices. Ils seront bien nombreux les gens qui remettront leur casquette d'origine, celle du FIS de Ali Benhadj et de Abassi Madani, du FIS des places occupées et des marches dans le ministère de la Défense…