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Hamida Ait El Hadj . Dramaturge
« Faire monter le non-dit à la surface »
Publié dans El Watan le 06 - 03 - 2008

Avec sa fougue et sa spontanéité habituelles, elle nous fait entrer dans les arcanes de sa dernière pièce Fatma.
Votre version de Fatma en 2008 diffère de l'originale, écrite en 1985 par M'hamed Benguettaf.
Sur le plan de la forme, la Fatma des années 80 racontait sa propre situation. Celle de 2008 la vit. Dans l'ancienne version, les femmes autour de Fatma étaient négatives. Elles voulaient prendre le pouvoir sur les hommes, c'est pour cela qu'elles étaient frappées. L'une voulait se transformer en imam, c'est un sacrilège et la seconde, dont le mari est policier, s'est transformée en homme de loi. Ces deux femmes sont folles dans la première version mais dans la mienne, elles sont sensées et ce sont leur mari qui les rendent folles.
Votre pièce est le portrait d'une femme universelle qui œuvre pour une certaine émancipation…
Je ne me pose pas la question de savoir si je mets une femme universelle ou locale sur scène. Quand je mets un personnage en scène, mon but est de le revisiter en tant que metteur en scène, ici et maintenant, soit en Algérie en 2008 et pour un public algérien. En 20 ans, l'Algérie est passée par des hauts et des bas. Il y a une autre conjoncture. Beaucoup de jeunes sont morts. d'autres ont émigré. La plupart des Fatma d'aujourd'hui ont étudié, se retrouvant au chômage, sans mari, sans enfants face à la mondialisation et aux lois du FMI. Elles se voient contraintes d'être femmes de ménage malgré leurs niveaux universitaires. Ma Fatma à moi, est une femme de 40 ans qui sait ce qu'elle veut : un foyer, des enfants et un travail. Dans la première version, elle se révoltait contre la hogra des voisins et des voisines, des hommes et des puissants, alors que chez moi, elle se révolte contre son propre destin. Elle se pose des questions par rapport à ce qui lui arrive. Est-ce une malédiction de Dieu ou est-ce le pays qui porte une malédiction historique ? Pourquoi se retrouve-t-elle démunie de tout et sans aucune perspective d'avenir ? Quel sens peut-elle donner à sa vie ? Pourquoi vit-elle ? Ce sont toutes ses questions que nos jeunes filles se posent. Des jeunes filles, de surcroît lettrées, débordant de force et de santé.
Fatma, n'est-ce pas, tout de même, une dénomination péjorative ?
Entendue ainsi, la Fatma était celle qui faisait le ménage chez les colons. Chez Benguettaf, on retrouve la Fatma d'après l'indépendance. Il faut souligner que toute la pièce se passe le jour de l'indépendance. Que s'est-il passé ce jour-là ? C'est un leitmotiv dans la pièce. H'nifa de 2008 est frappée. On emprisonne la bru de Bakhta alors que c'est le jour de l'indépendance. Plusieurs lois sont revues dans Fatma, comme dans mes autres pièces Le butin ou encore Souk El N'sa, des lois discriminatoires entre femmes et hommes et qui font qu'on réagit dans ce spectacle.
Dans cette adaptation en langue kabyle, vous usez de plusieurs objets-clés et situations dramatiques pour faire passer vos messages…
Non, je n'utilise pas de symboles ou d'objets. Le clou existe chez Benguettaf. C'est les voisins qui le jettent. Chez moi, elle tombe sur le clou qui la blesse. Elle hurle. Elle vit. Elle ne raconte pas. Fatma se retrouve entre deux clous rouillés : le vieillard de 83 ans qui veut l'épouser et le clou réel. Elle est doublement blessée dans son amour propre et dans sa chair. Fatma se retrouve seule après s'être sacrifiée pour sa famille. Ce que j'ai rajouté, c'est ce garçon qu'elle a aimé et qui est parti avec une émigrée qui a un passeport rouge. Fatma se rend compte qu'elle est diminuée dans son amour propre. Cependant, elle sait ce qu'elle veut et aspire à une vie normale. Chez Benguettaf, tout cela est latent. Moi, je l'ai fait jaillir à la surface avec pudeur et parfois d'une manière ostentatoire. Ce n'est pas une interprétation mais une manière du dramaturge Stanislavski stylisée. C'est ce qui explique que mon théâtre est beau. Je demande à l'actrice Razika Ferhane de s'exprimer, de vivre magistralement sur scène. Je pense avoir eu raison de la choisir. Un beau spectacle doit se baser sur un bon casting. Il ne faut pas faire d'erreur à ce niveau. Je crois avoir gagné, car elle est belle, joue bien et a remporté un Fennec d'or.
Contrairement à la version antérieure, vous présentez la femme sous son aspect le plus positif et surtout déterminée à réussir...
Dans ma dernière pièce, Le Fleuve Détourné, il y avait une femme battue. Mais dans Fatma, j'ai choisi un enfant qui pleure parce que sa mère est battue devant lui. Fatma lutte pour ne pas entendre ces pleurs d'enfants. Tous les problèmes sont posés, celui de la pédophile, de l'inceste, de la violence conjugale. Du point de vue de la forme, ce sont deux types de jeu différents... Bien sûr. Par exemple, comme je vous l'ai expliqué, l'ancienne Fatma se battait contre le voisin qui avait laissé traîner son linge. Elle a, pour ainsi dire, mal pour ses voisines. Quand le mari de Bakhta l'oblige à porter le niqab, Fatma réagit en disant qu'elle va faire la prière et qu'elle va être imam. Ma Fatma est une femme, qui se plaît à tourner en dérision chaque évènement qu'elle vit en disant : « J'ai soif ». Au plan de la forme, Fatma est pleine de vie qui danse. Ceci étant, avant d'aborder le spectacle, je l'ai conçu de manière réfléchie. Rien n'arrive par hasard. Tout est bien calculé. En 1980, on avait beaucoup de choses à dire qu'en 2008 on n'a plus besoin de dire. Mon travail a été de faire monter le non-dit à la surface.
Votre pièce est portée par une âme féministe.
Je ne peux pas changer. Je suis une femme metteur en scène. J'estime que j'ai une modeste mission. J'ai le droit – et cette chance – de dire ce que les autres femmes ne peuvent pas dire et ressentent comme souffrances. Les femmes battues, il y en beaucoup chez nous. Je suis une voix qui s'élève quand on me donne la possibilité de m'exprimer, une voix qui dit avec force ce qui devrait changer chez nous. Parce qu'on a trop mal. Tout me fait mal. Quand un enfant est battu ou encore violé, c'est l'horreur. Il y a tellement de tabous chez nous que toute frustration sexuelle s'exprime par la violence. C'est épuisant. Après tout ce que l'on a vécu, on n'est par prêt de subir encore des souffrances. On est allés à l'extrême de ce qui est supportable pour l'être humain. On ne peut plus accepter cela. Je dis simplement : regarder ce qu'il y a. J'attire l'attention des gens qui sont dans le droit et l'opinion publique, ceci sans aucune prétention. J'ai eu la chance d'étudier. L'Algérie a payé pour que je fasse des études à l'étranger. J'estime de mon devoir de défendre certaines causes.
Comment les spectateurs ont accueilli la pièce ?
Avec bonheur, sérénité et fierté à la fois. Là où nous sommes passés, nous avons été ovationnés. Pour les intéressés, j'informe que « Fatma » sera prochainement programmée dans plusieurs villes.*
Quels sont vos rêves de mises en scène ?
Si on me donnait les moyens, bien sûr, j'aimerai mettre en scène une pléiade d'auteurs, notamment Boudjedra, Mechakra, Mokaddem, Assia Djebbar, Kateb Yacine... et bien d'autres. Donner la possibilité à un auteur de s'exprimer, c'est mettre en avant-plan la culture algérienne. La mémoire est pérennisée. J'ai également des projets de festivals pour Béjaïa. Si on me sollicite, je ne dirai pas non. Par ailleurs, j'attends également que le ministère finance ma pièce El Khemssa.
Quel regard portez-vous sur le théâtre algérien actuel ?
Il aurait été plus simple d'être optimiste si nous avions la conviction que ce qui s'est passé avec la manifestation Alger, capitale de la culture arabe devienne une tradition. Si ce modèle d'organisation, décliné en quatre départements (administratif, communication, artistique et technique) était reconduit dans tous les théâtres et les maisons de culture, ça irait beaucoup mieux. D'abord, il y aurait du travail pour les étudiants de l'INADC, des Beaux-Arts ainsi que pour tous les artistes. Il faut décentraliser les décisions et surtout avoir une politique culturelle claire. Quelle culture voulons-nous pour nos artistes ? Il faut indemniser les artistes qui ne travaillent pas, éliminer l'humiliation et l'autocensure. Il faudrait permettre à l'Algérie de vendre son art. Les artistes algériens sont dans la même mélasse que les enseignants. Nous sommes à la traîne par rapport aux salaires, voire au statut social. Les énergies existent. Les deux tiers des artistes formés sont à l'étranger. Il faut renouveler les hommes et les femmes à la tête d'une structure. Il me semble qu'il y a eu des avancées en 2007 qui ne faut pas perdre. Il faut les garder et en faire une tradition. Il ne faut pas avoir peur des mots pour dire que notre théâtre est sous développé et qu'il n'est pas encore sorti de l'amateurisme, tout simplement parce que les professionnels du théâtre ont été écartés de la scène. Il me semble important qu'un metteur en scène occupe un poste important.
*Les 8 et le 14 mars à 18 h à l'université de Béjaïa. Les 9 et 10 à Tizi-Ouzou. Au TNA, les 12 et 13 de ce mois.
REPÈRES
Diplômée de l'université de Paris et de l'Institut supérieur de théâtre et de cinéma de Kiev en 1985, Hamida Aït El Hadj a monté depuis 1986 plusieurs pièces de théâtre du répertoire national et international. En février 2007, sa pièce Le Fleuve détourné, tiré du roman de Rachid Mimouni, est jouée en Algérie et en Jordanie et a obtenu le soutien de la critique et le succès auprès des publics. Hamida Aït El Hadj a occupé le poste de directrice de la Maison de la Culture de Béjaïa de 2006 à 2007.


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