La nécessité et le souci de nouer des alliances sont apparus au cours même de la campagne électorale. La plupart des partis jugeaient alors prématurée cette perspective. Belkhadem par exemple n'avait eu de cesse de marteler qu'il fallait attendre les résultats pour en parler, en dessiner les contours. Hormis l'Alliance verte, chacun des partis politiques qui, pourtant, se différenciaient peu en matière d'identité politique ou de programmes, a préféré faire cavalier seul. Le courant nationaliste, islamiste ou démocrate se déclinait en de multiples formations. L'émiettement n'était plus l'apanage des courants d'extrême-gauche. Cela s'explique par le fait que des partis sont nés autour de personnes et ne résultent pas d'une maturation sociale qui voit des intérêts sociaux se cristalliser autour de revendications. Le souci de se regrouper vient pourtant de réapparaître. Les résultats des élections imposent un rapprochement tant de nombreux partis, sans s'agréger et unir leurs forces, ne peuvent avoir une influence quelconque sur le cours des événements. Belkhadem, lors de sa première conférence de presse, après l'annonce des résultats préliminaires, avait préconisé la création de nouvelles « alliances politiques ». C'est le même souci qui transparaît de l'appel du pied des dirigeants de l'Alliance verte en direction des autres partis de la mouvance islamiste. Faut-il s'attendre à d'autres démarches similaires, notamment au niveau de l'APN ? Et quelles sont la réalité et la portée de celles-ci ? La classe politique algérienne a été toujours diverse. Sous le mouvement national, le congrès musulman de 1936 regroupant les ulémas, les communistes et les élus de la fédération de France a été une forme d'alliance. Plus tard, le FLN s'est également voulu une alliance. Depuis l'apparition du multipartisme en Algérie, des actions collectives ont été entreprises, mais souvent sans lendemain. Ce fut, notamment, le cas en 1997, quand des personnalités de toutes obédiences sortirent dans la rue pour protester contre la fraude qui avait, selon eux, entaché les élections législatives de cette année-là. On peut ranger dans cette logique de recherche inaboutie d‘un consensus, la conférence de Sant'Egidio même si elle avait été remise en cause par de nombreux acteurs politiques. De nos jours, cette quête s'avère toujours difficile. Les alliances sont ponctuelles, limitées à des parrainages de listes électorales comme ce fut entre l'ANR, le MDS et l'UDR ou à la constitution des fronts de refus d'une situation politique comme c'est présentement le cas. 14 partis ont décidé de boycotter l'actuelle APN et de former un « front national pour la sauvegarde de la démocratie ». C'est ce que Mme Louisa Hanoune désigne comme « l'unification de l'action ». Cette logique sous-tendait même l'action de l'alliance présidentielle. Chaque membre était soucieux de son autonomie au point qu'ils n'ont jamais pu élaborer des listes communes. Le parlement est un espace privilégié pour des tractations qui, sans préluder à des alliances en bonne et due forme, permettent de se concerter sur des attitudes communes lors du vote des projets de loi. En la matière, l'alliance présidentielle a excellé depuis sa naissance en février 2004. Cela semble une évidence qu'il est difficile de nouer des alliances quand de profondes divergences liées davantage au leadership qu'aux programmes minent le champ politique. L'animosité entre le FFS et le RCD et le refus opposé par Djaballah aux sollicitations de ses pairs sont une preuve éclatante. En attendant, beaucoup de partis s'attellent à mettre de l'ordre dans leurs rangs déchirés avant d'y penser.