Depuis une vingtaine de jours, la guerre fait rage dans le camp islamiste. Des combats ont opposé la faction Jaich al-Islam, participant aux pourparlers de Genève, et l'alliance entre Faylaq Al-Rahmane et le Front al-Nosra. « Plus de 300 combattants des deux bords, en plus de dix civils, ont péri dans cette lutte d'influence pour le contrôle de la Ghouta (est de la capitale) depuis le 28 avril », a rapporté dimanche dernier l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). De puissantes explosions, provoquées par le groupe terroriste Daech, ont secoué également, lundi, le champ gazier de Chaer, l'un des plus grands dans la province de Homs (centre). A une cinquantaine de kilomètres de là, Palmyre, reprise en mars par les forces gouvernementales, a fait l'objet d'une nouvelle offensive de Daech. A Alep où un cessez-le-feu temporaire a expiré jeudi dernier, le siège du quartier rebelle de Boukhari se poursuit. Face à cette flambée de violence, constatée un peu partout en Syrie, Moscou et Washington se sont engagés à « redoubler d'efforts » pour aboutir à un règlement politique du conflit. La feuille de route prévoit, en urgence, la consolidation de la « cessation des hostilités », l'accès à l'aide humanitaire et la relance de la transition politique. Si, vaille que vaille, les deux premiers objectifs ne rencontrent pas beaucoup de réticences, les divergences achoppent sérieusement sur le départ du régime de Bachar al-Assad, présenté en préalable par l'opposition, ou son maintien jugé incontournable par Damas. « L'objectif pour août est d'avoir un cadre en place, un cadre convenu, pour une transition politique », a réaffirmé un haut responsable du département d'Etat aux journalistes à Vienne. Mais, cette date butoir (1er août), prévue par la résolution onusienne pour l'émergence d'un nouvel organe syrien consensuel, est aléatoire. La ligne de fracture entre les deux parties au conflit, soutenues par des puissances régionales et mondiales rivales dûment représentées dans le GISS, un groupe de 17 pays et trois organisations internationales piloté par la Russie et les Etats-Unis, complique la donne. « Nous sommes loin aujourd'hui de la ligne d'arrivée », a déclaré, lundi dernier, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov. « Mais si tout ce qui a été décidé sous les auspices du GISS et du Conseil de sécurité des Nations unies est mis en place honnêtement, il y a de fortes chances que la situation ne reste pas comme elle est », a-t-il précisé. A son arrivée à Vienne, le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a estimé que « nous devons trouver un moyen pour revenir au processus politique » tributaire d'une amélioration des conditions d'un cessez-le-feu et de l'aide humanitaire, d'un retour de l'opposition à la table des négociations. De Genève à Vienne, le processus politique est en panne sèche, à l'issue de 3 sessions de pourparlers sans progrès notable. Dans une interview, le coordinateur de l'opposition syrienne, Riad Hijab, a estimé, la semaine dernière, « difficile pour l'opposition de pouvoir justifier un retour à Genève sans qu'il y ait des évolutions concrètes sur le terrain ». L'impasse est donc tangible. Mais, l'Europe, reléguée à l'arrière-plan et pour certaines puissances lâchées par Obama tournant le dos au scénario catastrophique de l'intervention armée, est ébranlée par la crise migratoire sans précédent. Un drame humanitaire sans pareil provoqué par la guerre imposée à la Syrie.