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Angela Merkel orwelienne ?
Du monde post-vérité au monde post-Orwell, les déclinaisons d'un impérialisme en fin de course
Publié dans La Tribune le 02 - 05 - 2017

Le mardi 25 avril 2017 nous apprenions l'élection de l'Arabie saoudite au Comité des droits des femmes de l'ONU. «Elire l'Arabie saoudite pour protéger les droits des femmes est comme désigner un pyromane chef des pompiers de la ville», a fustigé Hillel Neuer. Deux jours plus tard, nous apprenions le «regret» du Premier ministre belge Charles Michel : «Si c'était à refaire, le gouvernement aurait plaidé pour qu'il n'y ait pas le soutien (à l'Arabie saoudite), il n'y a aucune ambiguïté là-dessus. J'ai donné des instructions afin qu'à l'avenir l'appréciation politique de ce type de dossier ait lieu au plus haut niveau.» C'est qu'il y a eu polémique en Belgique. Pas en France ni en Suède, ni ailleurs. 47 pays sur les 54 qui forment ce comité ont voté pour cette acceptation de l'Arabie saoudite au rang des garants et gardiens des droits des femme
Angela Merkel mettra-t-elle fin à la fortune posthume d'Orwell ? Elle comptait s'entretenir avec la société civile saoudienne lors de son voyage en Arabie saoudite dimanche passé, 30 avril 2017. Société civile ? En Arabie saoudite ?
Mais pas seulement. Elle pourra atteindre des objectifs plus réalistes comme s'entretenir avec des femmes d'affaires saoudiennes, ce qui est fort possible. La richesse des membres de la famille royale nous le laisse croire volontiers et encore plus les dépenses des princesses sur le marché parisien du luxe en particulier et sur le marché européen en général. Londres n'est pas en reste.
Mais enfin, des femmes d'affaires saoudiennes, c'est infiniment plus plausible qu'une société civile saoudienne.
Je n'ai pu m'empêcher d'avoir une pensée émue et attristée pour Hegel et Marx, illustres compatriotes de Merkel, premiers théoriciens du concept de «société civile» concept qui n'a rien à voir avec l'usage actuel du mot. Ils ont quand-même les larges espaces de leur génie pour intégrer quelques ruses de la déraison.
Ils resteront, quand-même, interdits de stupéfaction si leur parvenait l'information que Merkel a proposé de former des Saoudiennes policières. En terre allemande. Vous n'en revenez pas ? Ce n'est pas la seule absurdité de ces derniers jours.
Le mardi 25 avril 2017 nous apprenions l'élection de l'Arabie saoudite au Comité des droits des femmes de l'ONU (1). «Elire l'Arabie saoudite pour protéger les droits des femmes est comme désigner un pyromane chef des pompiers de la ville», a fustigé Hillel Neuer.
Deux jours plus tard, nous apprenions le «regret» du Premier ministre belge Charles Michel : «Si c'était à refaire, le gouvernement aurait plaidé pour qu'il n'y ait pas le soutien (à l'Arabie saoudite), il n'y a aucune ambiguïté là-dessus. J'ai donné des instructions afin qu'à l'avenir l'appréciation politique de ce type de dossier ait lieu au plus haut niveau.» (2)
C'est qu'il y a eu polémique en Belgique. Pas en France ni en Suède, ni ailleurs. 47 pays sur les 54 qui forment ce comité ont voté pour cette acceptation de l'Arabie saoudite au rang des garants et gardiens des droits des femmes.
Ce qui fait courir Merkel et… l'industrie allemande
Angela Merkel n'a pas fait le voyage en solitaire, évidemment. Une délégation de grands patrons allemands l'entourait. Et la rencontre avec la société civile et les femmes d'affaires saoudiennes devait se dérouler autour des objectifs du plan de réformes économiques projeté par Salman, fils du roi et postulant agressif à la succession immédiate.
Le plan dénommé «Vision 2030» est un véritable démantèlement des ressources pétrolières saoudiennes pour les mettre au service du projet idéologique de la guerre permanente contre l'Iran maquillée en guerre contre le chiisme.
Une manne extraordinaire s'affiche disponible pour acheter ou récompenser toute alliance qui permettrait la pérennité du régime saoudien ou la neutralité bienveillante de puissances externes à la région.
En dehors des USA, bien sûr qui ont droit au plus gros des faveurs saoudiennes. Le 15 mars Libération, sous la plume de Hala Kodmani, nous annonçait : «Ils auraient essentiellement discuté affaires, selon un communiqué de la Maison-Blanche à l'issue de la rencontre. Les programmes économiques envisagés concernent l'énergie, les infrastructures et la technologie. Ils impliqueraient des investissements saoudiens de 200 milliards de dollars aux Etats-Unis pendant les quatre prochaines années. Une somme qui aiderait considérablement Donald Trump à tenir ses promesses de création d'emplois grâce au lancement de grands chantiers.» (3)
Il faut bien sûr rajouter ces sommes faramineuses à l'argent des contrats d'armements qui atteignent réellement des sommets. Comparez avec les 8 milliards d'euros des échanges commerciaux entre l'Allemagne et l'Arabie saoudite. Et avec la dette publique allemande en mars 2016 : 2 150 milliards, soit 71,2% du PIB.
La France a en contrat avec l'Arabie saoudite 3 milliards de dollars de contrat d'armement et une dette publique encore plus élevée que celle de l'Allemagne à 97% de son PIB.
A ce niveau de problèmes, oui Merkel peut trouver cette miraculeuse société civile saoudienne et échanger des propos avec des femmes d'affaires à Ryad.
Orwell doit compatir aux abîmes d'interrogation de Hegel et de Marx. Il en sait quelque chose.
Une région qui décide du sort du monde
Des femmes en quête d'un droit minimum à la vie tout court ne manquent pas dans la région. «Au moins 1 enfant meurt toutes les 10 minutes de maladies qui peuvent être évitées, comme la diarrhée, la malnutrition et les infections respiratoires. Aujourd'hui, le système de santé de ce pays est sur le point de s'effondrer : moins d'un tiers de la population yéménite a accès à des soins médicaux, moins de la moitié des établissements de santé sont opérationnels, et les travailleuses et les travailleurs de la santé n'ont pas touché leur salaire depuis des mois. La violence et le conflit ont inversé les importants progrès réalisés au cours de la dernière décennie dans la santé et l'alimentation des enfants yéménites. Des maladies, comme le choléra et la rougeole, se sont propagées et, compte tenu du nombre peu élevé d'établissements de santé opérationnels, ces épidémies frappent durement les enfants.» (4)
Mais le Yémen fait marcher les affaires et les femmes là-bas, peuvent s'acheter quelques affaires exposées dans les grands magasins londoniens ou parisiens ?
Angela Merkel a parlé dans un système du paradoxe. Le plus riche des pays arabes, l'Arabie saoudite, 646 milliards de dollars en 2015 - 6 fois le PIB de la France - allié aux autres pays arabes les plus riches, les pays du Golfe agressent le pays arabe le plus pauvre et l'un des pays les pauvres du monde.
Ils peuvent crever les enfants yéménites. Leurs mères aussi dans les cérémonies funéraires, dans les écoles, sur la route, dans les mosquées, en tous lieux et à toute heure.
La France est là pour vendre les armes, l'Angleterre aussi. L'Allemagne doit surmonter des obstacles légaux et éthiques.
La Commission des droits des femmes de l'ONU vient de blanchir tous les vendeurs d'armes amis de l'Arabie saoudite. D'autant que le projet de Trump de légaliser l'Union (à peine) secrète d'Israël et de l'Arabie saoudite (et avec les concubines toutes aussi riches des autres émirats du Golfe) mettent en chantier le projet d'une OTAN du Moyen-Orient dirigé contre l'Iran, c'est-à-dire contre la Russie qui refuse les avances en dollars des Saoudiens et des Qataris.
Vous vous imaginez le marché des armements qui en découlerait et les «à côté» non moins rémunérateurs ?
Le silence de tombe qui recouvre les crimes les plus ignobles commis contre un des pays les plus pauvres de la planète a un rendement élevé.
Vous comprenez la chose ? Mais aussi que des centaines de prisonniers palestiniens fassent grève de la faim sans que cela dépasse quelques lignes à la rubrique «Chiens écrasés» dans les grands médias ?
La grande affaire reste qu'un séisme risque de frapper fort au cœur de l'Europe. En France. Où on hurle au fascisme.
Comme je suis contre les ingérences je vous ai choisi deux extraits : «Le néolibéralisme est cet économisme total qui frappe chaque sphère de nos sociétés et chaque instant de notre époque. C'est un extrémisme. Le fascisme se définit comme l'assujettissement de toutes les composantes de l'Etat à une idéologie totalitaire et nihiliste. Je prétends que le néolibéralisme est un fascisme car l'économie a proprement assujetti les gouvernements des pays démocratiques mais aussi chaque parcelle de notre réflexion. L'Etat est maintenant au service de l'économie et de la finance qui le traitent en subordonné et lui commandent jusqu'à la mise en péril du bien commun. L'austérité voulue par les milieux financiers est devenue une valeur supérieure qui remplace la politique. Faire des économies évite la poursuite de tout autre objectif public. Le principe de l'orthodoxie budgétaire va jusqu'à prétendre s'inscrire dans la Constitution des Etats. La notion de service public est ridiculisée. Le nihilisme qui s'en déduit a permis de congédier l'universalisme et les valeurs humanistes les plus évidentes : solidarité, fraternité, intégration et respect de tous et des différences. Même la théorie économique classique n'y trouve plus son compte : le travail était auparavant un élément de la demande, et les travailleurs étaient respectés dans cette mesure ; la finance internationale en a fait une simple variable d'ajustement.» (5)
Ce n'est pas exactement ce qui définit Marine le Pen mais caractérise parfaitement Macron. Et pour le vote, Bruno Guigue sait en général de quoi il parle : «Macron, rempart contre le “fascisme” ? On pourrait discuter de ce vocabulaire, mais si Le Pen c'est le fascisme, alors Macron c'est Von Papen. Que l'on sache, le Casanova de la finance est le serviteur attitré d'une oligarchie qui a sorti le FN de la naphtaline, l'a nourri au grain, et l'engraisse tous les jours en dévastant la société française. Même si elle en profite, ce n'est pas l'extrême-droite qui a mis les travailleurs en concurrence, détruit les emplois industriels et plié devant le diktat des marchés financiers. C'est cette même bourgeoisie, cramponnée à ses privilèges de classe, qui prétend aujourd'hui nous guérir d'un cancer dont elle est la cause. Qu'elle assume ses turpitudes !
Lorsqu'on nous conjure de combattre Le Pen en votant Macron, c'est comme si on prescrivait un remède dont on est sûr qu'il achèvera le malade, ou comme si on nommait un pédophile directeur d'école. Une imposture n'en chasse jamais une autre, surtout si elles se renvoient la balle. Il suffit d'ouvrir les yeux pour voir que l'antifascisme de Macron n'est que du vent. Macron a besoin de Le Pen pour se faire élire, car il est minoritaire dans le pays. Le Pen a besoin de Macron pour occuper la fonction protestataire que le PS lui a offerte et que Mélenchon a failli lui ravir.
Pour lutter contre l'extrême-droite, il faut aussi lutter contre Macron et ceux qui le soutiennent. Et si l'on veut purger la France du nationalisme identitaire, il faudra d'abord tordre le cou à l'oligarchie qui est son tas de fumier.» (6)
A bientôt.
M. B.


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