Pris sous n'importe quel angle et mis en perspective avec les mutations rapides et radicales d'une mondialisation qui lamine progressivement les pays conservateurs et les systèmes retardataires, les discours officiels sur la culture, les médias et la communication apparaissent hors du temps. Définitivement. De plus en plus, la phraséologie culturelle étatique est figée, malgré le calendrier, le nombre grandissant de jeunes, de demandes très variées, dans les premières années de l'indépendance et du parti unique. Pour la société, les créateurs, les éventuels managers et investisseurs, les messages pathétiques, inopérants mais cyniquement têtus sont clairs. Il appartient à la seule administration sous-développée, à ses pseudo-intellectuels organiques de dire la norme. Les lignes idéologique, politique, créative de la production culturelle sont énoncées ex cathedra par l'administration et les différentes «tutelles» d'inégale importance, dont les pouvoirs fluctuent selon le parrain du jour, le moment et l'envergure politique des détenteurs des postes ministériels, dans l'ordre, des moudjahidine, des affaires religieuses, de l'intérieur et, enfin, de la culture. Et motif handicapant, c'est une femme qui dirige ce dernier département, au pays de la moustache qui frise, de la barbe en bataille et des CV rallongés par le nombre de voyages à La Mecque. Le créateur de Facebook à l'âge de 19 ans en a aujourd'hui 26 et pèse 6 milliards de dollars à lui tout seul. 48% de Français partent en vacances chaque année, visitent leur patrimoine, leurs régions et des pays étrangers. Dans ce pays, on a tenu en 2010 «les états généraux de la nuit» (spectacles, festivités, boîtes de nuit) pour sauver les 80 000 emplois nocturnes d'un secteur qui brasse 1 milliard d'euros de chiffres d'affaires. Notre-Dame de Paris attire 13,7 millions de touristes par an contre 8,4 au Louvre, 10,5 au Sacré-Cœur, 6,9 à la tour Eiffel, 10,5 à la Cité des Sciences de la Villette, etc. Dans la première puissance culturelle d'Europe, les théâtres français font le plein chaque année, et le nombre de spectateurs comme les recettes ne relèvent pas du secret-défense. Côté cinéma, le pays de Truffaut (disparu à 52 ans) produit deux fois plus de longs métrages que l'Allemagne ou l'Angleterre. Des spécialistes de la 3D français font un tabac et exercent leurs talents à Hollywood qui se les arrache.Et pendant ce temps, de quoi se gargarisent dans un ronron bureaucratique l'administration de la culture et celle censée contrôler la com et les médias ratatinés depuis longtemps par les chaînes satellitaires, généralistes ou d'information ? La TNT à une seule chaîne est l'alpha et l'oméga pour ceux, libérés d'un conseil de l'audiovisuel et d'une société civile réduite à néant, qui ne pensent qu'en termes d'importation d'émetteurs, réémetteurs et autres gadgets. Quant aux programmes et de nouvelles sociétés de programmes, c'est pour le jour où il sera impossible d'ajouter une seule parabole sur le dernier bidonville. Et c'est déjà fait. L'administration répartie sur plusieurs ministères désigne des gardiens du temple, des commissaires politiques, une police des consciences et des goûts qui mettent à l'œuvre l'article 5 de la loi sur le cinéma, rédigé par des «experts amoureux du cinéma», avec l'aval du silence veule de «cinéphiles» et autres chasseurs de postes, de cinéastes, de scénaristes, acteurs, etc. C'est que les administrations qui boostent censures et médiocrités tiennent la création par la subvention. Et peu leur importe si la qualité, les libertés et le pays régressent, pourvu qu'elles «contrôlent» au moment où des torches vivantes s'allument dans le silence sidéral des clercs qui «sucent la roue». Un jour, peut-être, quelqu'un dira aux Algériens le nombre de spectateurs (tous espaces confondus), le niveau des recettes annuelles (toutes salles confondues). Pour le moment, cela relève du secret d'un Etat, celui lamentable et tristounet dans lequel les créateurs et les créations sont le dernier souci d'une gouvernance qui n'a d'yeux que pour l'import-import, Sonatrach, l'avancée du béton et… 2014. Pour le cinéma, la recette miracle est trouvée : recruter des diplômés chômeurs pour en faire des fonctionnaires dirigeants de salles. A-t-on vu un fonctionnaire au monde suer sang et eau pour faire tourner un commerce ou une industrie ? Bientôt cet homme nouveau naîtra en Algérie. A. B.