Photo : Riad Par Samir Azzoug La santé est un droit fondamental pour tout citoyen. L'Etat a la charge de garantir à sa population la qualité de soins et un système de santé performant. En Algérie, le citoyen n'a de cesse de dénoncer les lacunes et les insuffisances du secteur. Malgré la réforme engagée depuis 2005, les hôpitaux restent surchargés, les services des urgences sont dépassés, la mauvaise prise en charge des malades persiste, l'hygiène est douteuse, le manque de moyens est dénoncé, des erreurs médicales sont signalées… (les maladies nosocomiales touchent près de 14% des personnes hospitalisées en Algérie). Des insuffisances que des journalistes ont tenté d'indiquer, dimanche dernier, au ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, lors de son passage au forum de l'ENTV. Sur la défensive durant toute l'émission, Amar Tou lance que «les réformes n'ont pas encore commencé», voulant signifier par là qu'il est encore trop tôt pour évaluer l'efficacité des opérations menées par son département, et prônant l'échelonnement des réformes en donnant la priorité à la prévention et aux premiers soins. Très prolixe en chiffres, le ministre a quand même tenu à présenter un bilan positif des avancées réalisées ces dernières années en matière de santé. Grâce à la réforme qui vise à «rapprocher la santé du citoyen et non l'inverse». De son avis, l'une des meilleures réalisations réside dans l'opération qui vise à décentraliser la prise en charge des malades notamment vers les régions des Hauts Plateaux et du Sud algérien. «Béchar et El Oued sont des exemples [dans le domaine] pour tout le pays. Le taux de médecins par habitant est supérieur à celui des grandes villes du Nord», explique-t-il en affirmant qu'il y a un médecin pour 479 habitants à Illizi contre 1 spécialiste pour 6 000 âmes à Alger, notant que la wilaya d'Illizi compte 40 000 habitants contre plus de 2 millions à Alger. Abordant le manque de praticiens dans certaines spécialités, le ministre reconnaît que le déficit touche la gynécologie, l'ophtalmologie, la réanimation et la radiologie. Sur cette dernière, et pour répondre aux questions des journaliste sur l'acquisition d'équipements radiologiques en mal d'exploitation, M. Tou fait état de 45 spécialistes en radiologie formés par an. «La faculté de médecine algérienne produit 4 000 généralistes par an et environ 1 000 spécialistes. Cela peut couvrir nos besoins jusqu'en 2025.» Concédant le fait que les services des urgences des hôpitaux soient en deçà des attentes, le ministre déplore que «les hôpitaux universitaires et les grands centres de santé fassent le travail des dispensaires», en prodiguant les premiers soins. «Depuis janvier, 4 000 salles de soins ont été créées. Et nous voulons atteindre le nombre de 15 000 sur le territoire national», informe M. Tou qui demande l'implication des communes dans cette démarche. Dans ce sens, et pour désengorger les services des urgences, le ministre annonce la création de structures sanitaires au niveau des grands axes routiers, notamment pour accueillir les accidentés de la route. Abondant dans le sens des bons points à mettre à l'actif du ministère, son premier responsable prend comme repère le taux de mortalité des parturientes et des enfants de moins de 5 ans. Un barème appliqué par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). En Algérie, 95,6% des accouchements se font en milieu hospitalier. «Une révolution culturelle», soutient-il. Une comparaison est effectuée entre les pays d'Afrique subsaharienne (A.S.) et l'Algérie. En A.S. il y a 690 femmes sur 100 000 qui décèdent à l'accouchement contre 88,9 en 2007 en Algérie. Pour les enfants de moins de 5 ans, 165 décès sont enregistrés sur 1 000 contre 24,7 en Algérie. Une évolution considérable si l'on compare ces chiffres à ceux enregistrés en 1999, où 117 femmes sur 100 000 mouraient et 117 enfants sur 1 000 dans notre pays. Au sujet des transplantations d'organes, M. Tou se félicite de la politique appliquée et qui s'est soldée par la réalisation de 484 opérations de cornée, 116 de rein et 131 implantations cochléaires. En matière d'investissement privé, de grands hôpitaux voient le jour à l'image de ceux en cours de réalisation par des Cubains (sept structures), un projet émirati à l'ouest d'Alger et un investissement privé national au sud de la capitale. S. A. Le privé et le public logés à la même enseigne Le ministre affirme recevoir plus de 5 000 lettres de requête et de dénonciation par semaine. «Je lis personnellement toutes les lettres. Même celles qui ne sont pas signées», déclare M. Tou qui assure qu'une fois exposées à la réunion de coordination hebdomadaire, en cas de besoin, des enquêtes sont menées par les 200 médecins inspecteurs à la solde du ministère. Pour les autres, en cas d'erreurs médicales, «le citoyen a le droit d'aller en justice». Poursuivant sur les erreurs médicales et les mauvaises prises en charge des malades par les médecins, M. Tou rappelle que c'est le rôle de la commission de l'éthique et de la déontologie qui décide de la sentence appliquée par l'Etat. «Le ministère doit faire des enquêtes.» Interpellé sur la fermeture de certaines cliniques privées, le ministre rétorque : «On a commencé par utiliser la manière pédagogique. Ensuite on est passé au durcissement des sentences et à l'assainissement du secteur», signalant des cas de cliniques où les registres dans lesquels on inscrit les noms des patients et des spécialistes étaient absents. «Il faut pouvoir établir les responsabilités.» «Dans certaines cliniques privées, le nom du chirurgien ne figure pas dans le bloc opératoire», déplore-t-il avant de minimiser l'importance de la chose en affirmant que le secteur privé ne représente que 3 000 lits contre 62 000 dans le public. sur 574 000 opérations réalisées en Algérie, seules 10% ont eu lieu dans le secteur privé. Pour éviter de faire croire à une «chasse aux sorcières» contre le privé, M. Tou soutient qu'«il n'y a plus de dualité public-privé. Ce sont les mêmes règles pour tous». «Renseignez-vous sur le nombre de responsables [du secteur public] qui ont été virés du secteur depuis trois ans. C'est un nombre affolant. Il y en a même qui sont poursuivis en justice.» Sur la crise des médicaments, particulièrement pour le cancer, le ministre réfute l'idée. «Il n'y a jamais eu autant de médicaments en Algérie. Le manque peut être enregistré au niveau des pharmacies centrales des hôpitaux. Mais il n'y a pas de rupture de stock ou alors il faut le prouver.» 2 400 000 entrées à l'hôpital sont enregistrées par année.