Un des rares sages des temps modernes, dont je ne me rappelle plus le nom, aurait bien fait de conseiller aux intellectuels d'essayer par tous les moyens de gagner la sympathie des médias. Mais quand ces médias sont les moyens les plus orientés vers la destruction de ces derniers, que faut-il faire ? Continuer à les courtiser ? Décidément, je ne saurais répondre à cette question. Ce que j'aimerais, en revanche, avancer est plutôt relatif au danger que représente la machine destructrice médiatique, particulièrement en Algérie, qui, en s'investissant dans la corruption et la désarticulation de notre imaginaire collectif, la dilapidation de notre capital symbolique ainsi que la création d'univers carcéraux à l'intérieur de notre système psychique, programme, à long terme, la disparition –déjà en cours- de la nation algérienne. Il y a quelque semaines, dans un entretien qu'il a accordé au Quotidien privé El Watan, le célèbre journaliste Arezki Ait Larbi, la langue sans os, à déclaré que la presse algérienne n'a qu'un seul rédacteur en chef, le DRS en l'occurrence. C'est faux ? Absolument pas et ceci d'autant plus que cette information a été vérifiée à plusieurs reprises lors notamment des grands « dévoilements » qu'a connus l'Algérie. Cependant, une question se pose : pourquoi le rédacteur Suprême d'El Watan ne censure-t-il pas Arezki Ait Larbi lorsqu'il dévoile, d'une façon aussi brutale, une telle information sensée discréditer toute la presse nationale, machine de propagande pro-militaire par excellence et s'acharne-t-il à censurer, avec des ciseaux bien affûtés, Djamel Zenati lorsqu'il dit «Faut-il rappeler que la philosophie libérale, fondement de la démocratie occidentale, tire ses racines du christianisme. Pourquoi l'islam serait-il alors un obstacle à la démocratie ? Pourquoi ce qui est admis pour le christianisme ne le serait-il pas pour l'islam ? » « Je reste convaincu que l'islam, tant dans son corpus que dans son histoire, recèle énormément d'idées et de faits à même de contribuer à fonder ce que l'on pourrait appeler la voie algérienne de transition démocratique. Sur diverses questions l'islam est en avance sur beaucoup de philosophies se réclamant de la libération de l'homme. » « Ce qui est universel c'est l'aspiration de l'homme à la liberté et au bien être. Et il s'y emploie à les atteindre par des chemins toujours plus singuliers les uns que les autres et c'est ça qui est passionnant dans l'Histoire. » « Une chose est cependant certaine, l'Algérie est condamnée à faire sa transition démocratique. Regardez le monde. Des grands ensembles se créent, des alliances se nouent, des stratégies s'ébauchent et des dynamiques se développent. Doit-on et peut-on rester en marge de cette effervescence planétaire et se complaire dans cette hallucination collective ? » Le DRS a-t-il compris que le peuple algérien représente un danger fort considérable pour la survie du régime capitalo-militaro-totalitaro-esclavagiste en place plus quand il sait ce qui ne va pas en lui-même que quand il sait ce qui ne va pas autour de lui ? Le DRS a-t-il compris qu'il est plus salvateur pour le peuple algérien de savoir ce qu'il est, ce qu'il n'est pas et ce qu'il veut que de savoir que c'est l'ANP qui fait la pluie et le beau temps dans tous les domaines de la vie en Algérie ? Le DRS a-t-il enfin compris que les propos de quelques rares « Djamel Zenati » qui existent un peu partout en Algérie sont plus « révolutionnaires » que ceux des nombreux « Arezki Ait Larbi » qui n'arrêtent pas de battre tous les pavés sans que le moins du monde le peuple s'intéresse au bruit de leur fureur ? Décidément, c'est toute la problématique du changement dont tout le monde et que la majorité dessert-par ignorance ou par lâcheté- qui s'exprime dans cette optique. Intervenant au congrès du PPS (Maroc), récemment, en s'interrogeant sur la réalité de la militance dans les pays du Maghreb ainsi que sur l'avenir de cette région de l'Afrique, Hocine Ait Ahmed a vivement mis le point sur les deux aspects, intrinsèques et extrinsèques, relatifs à la question du changement en déclarant en fait que « Entre des archaïsmes, que l'adoption des nouvelles technologies croit pouvoir masquer judicieusement, et la loi d'airain d'un monde sans pitié pour les faibles, militer pour un monde meilleur, ici et maintenant, passe par une douloureuse et constante explication. Explication, sans cesse repoussée, par des pouvoirs politiques que leurs choix enchaînent à des postures autoritaires puis répressives puis carrément hostiles à l'égard de sociétés qu'ils ne cherchent même plus à comprendre. Explication biaisée, au sein même de nos sociétés, où elle finit par se confondre avec la longue litanie de tout ce qu'il faudrait changer autour de nous et qui oublie de commencer par ce qui doit changer en nous. » Nous n'avons nullement envie, à travers cette remarque, de porter préjudice à quoi que ce soit. Mais, faut-il le dire, la différence entre Arezki Ait Larbi et Djamel Zenati est que le premier croit pouvoir changer le système en le dénonçant et que le deuxième, conscient de la rigidité de notre système socio-culturel, essaie de donner aux Algériens quelques instruments heuristiques, méthodologiques et intellectuels pour se changer d'abord eux-mêmes, étant donné que « l'illusion démocratique » à elle seule ne peut jamais façonner le comportement citoyen d'une personne et ce aussi imprégnée soit-elle de l'esprit de la démocratie, à faire ensuite sortir l'Algérie de l'impasse historique dans laquelle elle se trouve. Ceci, nous le disons non pas pour désapprécier l'un et hisser au pinacle l'autre, la réalité étant que nous apprécions la rigoureuse quête démocratique des deux, mais seulement, dans un esprit de pédagogie citoyenne, pour mettre le point sur la démarche « tendancieuse » du premier dont l'optique militante est à prédominance berbériste, ce qui rime parfaitement avec la logique sectarisante du même DRS qu'il dénonce sans cesse, ainsi que pour démontrer, un tant soit peu, la stratégie communicative pour le moins nihilisante de notre presse nationale. Revenons maintenant à notre chère presse nationale, presse de propagande pro-militaire et instrument majeur de corruption de notre imaginaire collectif. En fait, alors qu'elle boycotte les activités d'un mouvement politique derrière lequel se trouvent des personnes intègres et qui prônent une ligne d'action pacifiste, légaliste et nationaliste, Rachad en l'occurrence ; alors qu'elle ne souffle aucun mot ni sur Salima Ghezali, ni sur Salah-Eddine Sidhoum, ni sur Abdelkader Dehbi, ni sur Mohammed Ziane Cherif, ni sur Mohammed Samraoui auquel on dénie même son droit de réponse à des calomnies insidieuses publiées dans le Quotidien El Watan, etc. ; alors qu'elle ne parle presque jamais des activités des partis politiques de l'opposition démocratique, elle s'érige en porte-parole de tous les mouvements extrémistes à l'image du MAK dont elle n'a pas hésité à qualifier le leader comme étant « le Roi de la Kabylie » combien même le mouvement qu'il dirige ne bénéficie de quasiment aucune sympathie en Kabylie, et s'ingénie à être une véritable tribune de prédication pour les mouvements que l'on qualifie communément de « terroristes » en entretenant, religieusement, le fantasme de la terreur et du massacre à travers la propagation à outrance d'informations terrorisantes. Par ailleurs, force est de constater que, depuis quelque temps, le réseau Internet est devenu un vrai point de rencontre entre les Algériennes et les Algériens. Conçu initialement par les Services spéciaux qui ont œuvré dur comme fer pour son amplification, comme instrument, au même titre que la presse, de corruption de notre imaginaire collectif à travers l'introduction d'idées perverses, notamment les sites pornographiques qui, selon une petite enquête que nous avons nous-mêmes réalisée dans le milieux universitaires algérois, sont les plus visités par les étudiant algériens, ainsi que certains sites extrémistes prêchant le ritualisme militant d'une certaine frange d'islamistes, Internet semble avoir échappé à ses contrôles du DRS. La presse nationale perdant de plus en plus de sa crédibilité pourtant mal entretenue dés le départ, tous les espaces d'expression et de manifestation étant fermés, les militants algériens, ou encore ceux qui veulent que l'Algérie soit ce que ses vrais « libérateurs » ont voulu en faire, s'intéressent de plus en plus aux débats, aux forums, aux différentes discussions organisées en ligne, ce qui fait rageusement peur à notre police politique. Mais que faut-il faire pour empêcher les Algériennes et les Algériens qui, après s'être libérés de tous leur fantasmes dans le petit espace de liberté que leur offert Internet, commencent à se poser des questions sur leur avenir commun et donc à faire de la politique ? Fermer Internet ? Une mauvaise solution qui risque de salir l'Algérie au plan international et ce d'autant plus que El Watan, le fidèle porte-parole du DRS, est là pour ne s'occuper que de la sale besogne. En fait, ce journal qui semble être une référence pour tous les Algériens en matière d'information, d'opinion et d'analyse va consacrer un dossier à Internet. L'intitulé ? C'est choquant : Internet sous haute surveillance. Cliquez vous êtes surveillé. A bien lire ce dossier qui, d'apparence, dénonce la restriction des libertés, on ne saurait ne pas se rendre à l'évidence. En lisant, dans les colonnes du journal « référence » des phrases comme « Tout est écouté : les e-mails qui, de toute façon, ne sont pas cryptés (sauf dans le cas du https), les chats du genre MSN, où les conversations sont cryptées mais décodées grâce un algorithme dont on dit qu'il a été fourni aux Algériens par les Américains et toutes les plateformes sociales, Twitter ou Facebook, ou même la téléphonie par Internet comme Skype. « Aucun système n'est inviolable », expliquent encore les experts en la matière », « On peut même, à distance, sourit malicieusement un expert, activer le microphone du PC et écouter ce que vous dites chez vous, dans votre salon, ou tout voir, dans le cas où une webcam est présente », « Le top ? Ecouter un téléphone portable éteint, dans lequel on a intégré un logiciel qui active la transmission audio et la retransmet en direct au centre de contrôle », « L'équipement installé serait l'un des plus sophistiqués au monde », « Ne souriez plus, les services de sécurité sont chez vous. », on ne peut pas ne pas poser des questions sur les non-dits qu'elle recèle. En effet, dans un livre-phare écrit par l'immense philosophe Michel Foucault, surveiller et Punir, beaucoup de questions ont été abordées, notamment celles consistant à démontrer, à travers des exemples et une certaine stratégie analytique joignant le questionnement perçant aux nouveaux instruments de la psychanalyse et des sciences sociales, comment peut-on construire un univers carcéral, une prison, dans le système psychique d'un individu et l'amener ainsi à se résigner devant le fait accompli. Si l'on se fie à la réflexion foucaldienne qui est fondée sur des exemples concrets tirés de la réalité socio-historique de la France, on déduirait facilement que, en disant tout ce que nous avons cité, El Watan veut essentiellement semer la peur et la panique dans les esprits, les démobiliser psychologiquement et briser en eux toute velléité révolutionnaire ou simplement qui vise au changement. Cette idée ne nous est pas tombée du ciel ; au contraire, c'est à travers l'observation, à base de faits concrets, que nous y sommes arrivés. Cliquez chers concitoyens et concitoyennes, participez à la réalisation de la si attendue transition démocratique, l'Algérie de demain vous attend.