Les actes de bienfaisance sont nombreux durant le mois sacré. Il y a ceux qui invitent dans leur demeure à titre individuel des personnes démunies pour leur offrir le repas et d'autres riches ouvrent des restaurants de la rahma. Nous avons partagé le f'tour dans l'un des ces restaurants où une véritable ambiance règne entre les organisateurs et les " invités ". Initié par l'une des entreprises les plus fructueuses en Algérie, dont les produits se vendent même à l'étranger, le limonadier Hamoud Boualem, un gigantesque chapiteau a été installé dans le parc zoologique de Ben Aknoun à Alger. Fini le temps des restaurants rahma ouverts à la va-vite et qui donnaient des soupes populaires presque infectes. Aujourd'hui, dans la plupart de ces foyers du cœur, les démunis, les ouvriers originaires des autres wilayas, les étudiants qui n'ont pas rejoint leur village d'origine ou tout simplement les riverains de tout bord, sont comme les invités d'une fête de mariage. Et cela se confirme. " L'approvisionnement des légumes et des viandes se fait tôt le matin ", affirme Ahmed, un jeune bénévole habitant Belcourt. " Les tâches de chacun ont été édictées par un responsable nommé pour organiser l'opération. En fait, les cuisiniers, les serveurs et les agents de sécurité ont été désignés à leurs postes, selon leurs vœux et leurs compétences ", ajoute le jeune bénévole. Dans l'arrière chapiteau, les cuisiniers préparaient la traditionnelle chorba et le plat de consistance. Les salades figuraient également au menu. Une trentaine de préparateurs animait la cuisine d'une manière digne des restaurants de 5 étoiles. Et chaque rôle était détenu par une ou deux personnes. Les serveurs préparaient de leur côté les tables pour accueillir les citoyens. En dehors du chapiteau, on pouvait distinguer différents types de profils. Grands, petits, personnes âgés, jeunes, hommes et femmes attendaient le signal pour entrer. Au moment du adhan el maghrib (appel à la prière), on pouvait compter au moins 1000 personnes reparties sur 100 tables. Dattes et l'ben pour rompre le jeune étaient servi par des jeunes, qui se sont portés bénévoles pour cette noble cause. La chorba était délicieuse. Les cuisiniers ont excellé dans sa préparation. Quant au plat de consistance, c'était une ch'titha l'hem, soit de la viande avec des légumes trompés dans un sauce. Les boissons coulaient à flot. Les serveurs ne cessaient d'effectuer des va-et-vient pour s'enquérir du bon déroulement du f'tour. Ils demandaient à chacun si rien ne lui manquait. Tout le monde avait l'air ravi de venir dans cet endroit et de partager ces moments sous les rythmes de la musique chaâbi. Au moment du f'tour, huit grands écrans de télévision plasma étaient allumés. La musique châabi accompagnait les jeûneurs donnant ainsi un véritable cachet de fête à ramadhan. Ce jour-là, c'est les paroles de Abdelmadjid Meskoud et de son orchestre qui donnait une ambiance encore plus fraternelle au dîner. Que ce soit Aissa, Rachid, Mimoun, Abdekka, Mourad, Saïd, Salah, et tant d'autres citoyens présents sous le chapiteau, la satisfaction se lisait sur leurs visages. " Dieu merci, tout est propre, le dîner du f'tour était délicieux et les organisateurs nous donnaient de l'estime ", affirment-ils à l'unanimité. Des jeunes filles présentes étaient en sécurité. Personne n'osait jeter un regard malveillant sur elles. Avant de rejoindre leur quartier grâce à des minibus mis à leur disposition, on offrait un thé aux " invités " tout en leur demandant de revenir pour le prochain f'tour. On peut aussi trouver également une salle de prière jouxtant le chapiteau. Sur l'ensemble du territoire national, il existe des hommes et des femmes aisés qui pensent à autrui. C'est là l'esprit de solidarité incarnait par les algériens qui tiennent à la préservation des valeurs d'autrui. Les restaurants rahma sont pour eux une occasion de faire le bien en ce mois béni. Et ils en sont heureux.