M.Boudaoud Abdelhamid est président du collège national et maghrébin des experts architectes. Dans l'entretien qu'il a eu l'amabilité de nous accorder, il revient sur les principaux points inhérents aux travaux de réfection des bâtiments affectés par le séisme du 21 mai 2003. L'Expression : Des voix se sont élevées pour contester la manière avec laquelle s'effectuent les travaux de réfection des bâtiments touchés par le séisme du 21 mai 2003... M.Boudaoud : Effectivement, j'ai visité beaucoup de chantiers et j'ai constaté de visu la façon dont on a procédé au chemisage des bâtiments. La responsabilité ne peut être imputée qu'aux maîtres de l'ouvrage. Ils recrutent sans exiger de diplômes. Et pourtant, actuellement, il y a des centres de formation pour maçons, pour des techniciens supérieurs...etc pourquoi les chefs d'entreprises n'entrent-ils donc pas en contact avec eux, au moins dans le cadre du préemploi? Donc en l'absence des professionnels en la matière, les travaux de réfection ne peuvent être menés convenablement et à terme. D'autre part, au plan de l'expérience, les entreprises de bâtiment n'étaient pas prêtes pour ce genre de travaux. Mais il y a une part de responsabilité de l'Etat... Oui mais c'est relatif. L'Etat a octroyé une enveloppe financière pour les projets de réfection mais ce sont les maîtres d'ouvrage qui commencent à rechigner, à faire des économies de bouts de chandelle. Ils recrutent peu de personnels qui n'ont, de surcroît, aucune expérience et avec des salaires dérisoires. Pour les projets de moins de 50 logements, on ne demande que quelques techniciens supérieurs sur le chantier, au-delà de ce nombre, il faut absolument renforcer le chantier. De plus, le bureau d'études censé suivre les travaux, doit être en permanence sur chantier. La loi est claire sur ce point. Seulement, elle n'a pas été appliquée. Toutes ces imperfections constatées sur le terrain sont à l'origine des retards dans les travaux de restauration des maisons affectées par le séisme du 21 mai 2003.. D'ailleurs, si les maîtres d'ouvrage avaient correctement fait leur travail, on aurait créé beaucoup de nouveaux postes d'emploi. L'Algérie a renforcé son arsenal juridique relatif aux constructions parasismiques... En fait, ce n'est pas le séisme qui tue, mais les malfaçons dans les constructions. C'est bien d'avoir des normes de construction, mais ce qui manque c'est l'application. Appliquer, c'est à dire, recycler le personnel des administrations, les maîtres d'ouvrage, les techniciens, les ingénieurs, les architectes...ceux des APC, de l'Opgi, ceux de l'Eplf... la plupart de ces techniciens ne sont pas au diapason avec la technique. C'est des «techniciens administratifs», ils ne répondent pas aux besoins de la profession. A partir de là, pourquoi ne pas penser à passer des conventions avec des bureaux d'études reconnus. Passer par exemple un contrat avec un architecte qui les conseille, qui leur fait un bon travail et ensemble ils conjugueront les efforts. Chez nos voisins tunisiens et marocains, les APC ou bien les maîtres d'ouvrages, quand ils se sentent submergés, passent des conventions annuelles avec des bureaux d'études. Chez nous, ceci relève pratiquement du tabou. Le problème de la qualité des matériaux de construction a également été posé par l'opinion... En effet, c'est un problème qu'on a tendance à oublier. Maintenant si on ne vérifie pas la qualité du ciment et du béton qu'on importe, cela va nuire énormément à la qualité de nos constructions. En principe, dès qu'un bateau amarre, il doit y avoir un laboratoire chargé de procéder aussitôt à la vérification de la qualité du matériel importé. C'est les techniciens qui décideront par la suite si ces matériaux de construction sont valables ou pas. Autre chose qu'on doit désormais prendre en considération, c'est le fait qu'on n'a même pas une carte des sablières existantes sur le territoire national. Alors recensons d'abord toutes nos caves de sable et analysons-les dans des laboratoires, pour dire, par la suite, si ce sable peut être utilisé ou non. Recensons aussi les points d'eau et tant d'autres matériaux. Un deuxième point même si le laboratoire du quai donne son avis sur la qualité, il doit y avoir un autre laboratoire au sein même du chantier lequel aura pour mission de confirmer les analyses. Car quand on voit un projet de 40 ou 50 milliards, la somme d'un million de dinars que coûte l'installation d'un laboratoire s'avère alors minime. Et puis une entreprise qui détient un projet de 30 milliards et qui n'est même pas capable de mettre en place un laboratoire, c'est là une aberration...Les entreprises doivent avoir leurs staffs techniques sur le chantier.